Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

THERE WILL BE BLOOD de Paul Thomas Anderson

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
8,5 /10

Par rapport à son homonyme Wes Anderson, PT Anderson est un réalisateur qu’il est encore difficile de cerner, sa courte filmographie n’étant composé que de films aussi divers dans leur fond que dans leur forme. Et effectivement ce n’est pas ce « There will be blood » qui nous apportera des explications. Nous avons ici à faire à un film mélangeant classicisme et modernité, sobriété et violence. Cette histoire qui conte la vie d’un exploitant de pétrole empli d’ambition et de conviction, est l’occasion pour Anderson de dérouler sa réalisation méticuleuse, qui sait prendre son temps tout en s’accélérant au moment opportun et ce sans perdre son sang froid. Que ce soit la longue introduction sans dialogue, la mise en scène des flammes, la bande son de Jonny Greenwood ou les pointes de violences, tout s’incorpore parfaitement dans le classicisme du schéma narratif choisi par Anderson. En ce sens « There will be blood » est le film ambitieux d’un réalisateur qui ne ressent pas le besoin de faire de l’esbroufe et articule, tout son travail sur le détail et la perfection, un peu à la manière des frères Coen sur « No country for old men ». Au niveau acteur, je crois qu’il n’est pas nécessaire de revenir sur l’interprétation habitée de Daniel Day Lewis, les prix qu’il a reçu étant déjà largement explicatifs. Non, le point intéressant à creuser dans « There will be blood » c’est ce thème de l’imposture. Effectivement, après visionnage l’imposture se révèle comme le fil conducteur du film, elle le justifie, elle donne du sens à tous ces errements, à tous ces personnages. Daniel Plainview ne cesse de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, il manipule les foules pour obtenir leurs terres, il les attendrit avec l’image de son fils. Le frère qui se présente à lui, n’est finalement qu’un usurpateur qui veut profiter de sa richesse. Son fils n’est finalement pas son fils mais un garçon abandonné qu’il a recueilli. Quant au prophète, il semble, que toute sa vie, Plainview est été dans l’expectative de faire tomber son masque et de révéler son imposture, de le voir avouer qu’il était un faux prophète. La fin du film où Plainview l’assassine est une conclusion magnifique, c’est le meurtre de l’imposture, c’est la condamnation de celle-ci à tel point qu’elle en devient un motif de peine de mort. Tuer le faux prophète, en revient pour Plainview plus à se suicider plus qu’à prouver qu’il n’était pas le seul à porter le masque. Sans rentrer plus dans l’analyse, « There will be blood » est un film beau et intelligent qui mérite les superlatifs qui lui sont un peu partout attribués.

Note : 8,5/10

8 commentaires
  • Dasola
    12 avril 2008
    Merci pour votre commentaire sur mon blog. Votre billet sur ce film est remarquable, concis, clair et j’aime bien la thèse de l’imposture, je suis tout à fait d’accord. Bravo encore.

  • Neil
    13 avril 2008
    Oui, en effet There will be blood est un film sobre et classique, et c’est ce qui fait sa force. Ton analyse est d’ailleurs très pertinente. Un des meilleurs films de 2008.

  • Jrom
    13 avril 2008
    Je te trouve bien gentil ;)

  • Anonyme
    14 avril 2008
    J’avais proposé qu’on aille le voir avec tes parents. finalement, nous avons vu un autre film.Mais ta chronique me donne envie de le voir.Bravo pour ton talent de chroniqueur. Tu as la plume qui parle….

  • Marien
    16 avril 2008
    Mec, je voulais juste te féliciter à mon tour pour cette chronique : une des plus pertinentes jusqu’à maintenant! J’apprécie aussi cette vision de l’imposture, tu as pu transcrire en mot ce que j’ai ressenti en voyant ce film sans réussir à me l’expliquer à moi-même! thx :)

  • Benjamin F
    17 avril 2008
    Merci les gens pour vos commentaires trop gentils ;)

  • E. Jumbo
    4 juin 2008
    Oui, excellente critique/analyse ! Un très bon film à la conclusion époustouflante.

  • Elodie
    3 novembre 2009
    Bon, et bien: certes j’interviens un peu après la « tempête »… certes. Mais, je ne l’ai vu que dimanche soir, à la télé sur Canal (oh mon dieu!). Nous avions décidé de le regarder sur conseil de monsieur qui a accroché avec le synopsis. Je regarde rapidement les critiques presse et me dis aussi: hummmmm, une bonne soirée cinématographique en perspective.
    Et puis.
    Rien.
    Ou plutôt si: 1 question, puis 2, puis 3, puis 4… des questions à n’en plus finir. La première et non des moindres: avons-nous vu le même film que tout le monde?! Réponse: pas de doute possible, c’est le bon film. Deuxième question à l’écoute de la seconde note du générique: tu veux pas remettre le synopsis, là, parce que bon, j’étais censée voir quoi là. Et cette musique, cette musique!! Arrrgh, elle m’en fait encore des frissons tellement elle arrivait tel un bon gros cheveux sur la soupe. Une « musique » qui se voudrait alternative (?) mais qui n’arrange rien à ce tableau sordide. Un film malsain, ennuyeux, que j’ai pourtant regardé jusqu’au bout « pour voir », pour voir quoi? Je me le demande encore… Pourtant une idée originale au départ. Absolument aucun intérêt, on est loin de la grande fresque dépeinte par les critiques.

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