Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

BURN AFTER READING de Joel et Ethan Coen

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (2 votes)
6 /10
6 /10

Depuis le début de leur carrière, les frère Coen ont toujours alterné chefs d’œuvres (« Barton Fink », « Fargo », « The Barber » « No Country For Old Men » et films plus anecdotiques (« Arizona Junior », « Intolérable Cruauté », « Lady Killers »). Il ne s’agit pas de fautes de goûts mais d’un vrai mode de fonctionnement, les deux réalisateurs ayant envie de se faire plaisir et probablement de se détendre entre deux films ambitieux. Sachant ça, « Burn After Reading » fait clairement partie de la deuxième catégorie. Il s’agit d’un film court, léger et qui a plus l’apparat d’une blague potache que d’une cartographie de la bêtise humaine, le thème phare des deux frères.

A partir de là, on peut soit accepter ce constat et en prendre parti, ne pas bouder son plaisir et rigoler franchement devant le scénario alambiqué, les quiproquos permanents et la gallérie exceptionnelle d’acteur, soit se dire qu’il est temps que ça suffisse et qu’il y en a marre que les Coen perdent leur temps avec des broutilles pareilles.

Personnellement, je me situerais un peu entre les deux. « Burn After Reading » est un film léger mais qui propose des personnages géniaux, tous interprétés par la crème des acteurs américains qui n’hésitent pas à se tourner en dérision. Comme dans « O Brother » et « Intolérable Cruauté » George Clooney met toujours en avant un petit tic récurent comme le fait d’aller courir après le sexe, et se ridiculise avec plaisir notamment lors de sa fameuse roulade pour récupérer le flingue. Brad Pitt excelle dans son rôle de sportif écervelé et prouve comme Clooney qu’il est à des années lumière de son passif de jeune premier (même si à 45 ans, il en fait toujours 30) et Richard Jenkins porte sur lui le passif du looser attentionné. Les situations sont cocasses et les dialogues comme toujours de très bon niveau.

Le problème c’est que très vite on se dit que sans ses acteurs, le film ne serait tout de même pas grand-chose. Premièrement, il manque fortement de consistance et de corps. Deuxièmement, on ne peut pas dire que les frères Coen se soient vraiment foulés sur la mise en scène : la photographie est loin d’être au cœur du récit, la musique n’est pas forcément bien utilisée, et parfois l’impression de rythme est purement artificiel. Mêmes les cadrages laissent froid et les quelques plans sympas (notamment lorsque la caméra suit les personnages au ras du sol dans les locaux de la CIA) semblent piqués dans les précédents films du duo. Et puis comme souvent chez les Coen, tout cela manque tellement d’humanité et d’émotion qu’il en devient impossible de s’intéresser au devenir des protagonistes. A force de se fouttre de la gueule de tout le monde, de se lancer dans la parodie et dans la caricature à la moindre occasion, les frères Coen en oublient trop souvent ce qui fait normalement la force de leurs films : la poésie (cf « Le Grand Saut »).

Voilà un Coen mineur, forcément très sympa puisqu’il s’agit des Coen, forcément décevant parce qu’on attend mieux des Coen.

Note : 6/10

7 commentaires
  • Hervé Torchet
    11 décembre 2008
    J’étais dans une salle pleine qui a bien ri grâce aux acteurs et à un scénario qui fait semblant d’être machiavélique. Pas sérieux, mais délectable.Personnellement, j’ai trouvé le Grand Saur emphatique et guindé.

  • Stoni
    11 décembre 2008
    Ta phrase de conclusion résume bien la situation. Quant à la palette de stars qui s’adonnent volontiers à la dérision, c’est effectivement sympa. Mais ce n’est plus suffisant à l’atteinte d’une satisfaction. Car n’est-ce pas là le propre du comédien que de « jouer », donc de devenir quelqu’un d’autre face à la caméra en faisant abstraction de sa propre image?

  • Herwann
    12 décembre 2008
    yep je me doutais un peu de cela va savoir si je vais quand même aller le voir…

  • Noidor
    12 décembre 2008
    C’est souvent la monnaie de la pièce des raz-de-marée médiatiques, quand on commence à baver sur le scénario potentiel d’un film 4 mois avant sa sortie, bah forcément on est beaucoup beaucoup plus exigeant.(Et je parle même pas de la notoriété des Coen, comme quoi contre toute attente c’est pas parce qu’on est moins connu qu’il est plus difficile de contenter un public. Ca serait même l’inverse, tiens.)Personnellement, je suis une grande fan de Burn After Reading. Pas leur meilleur film, ça c’est clair et net, mais quand même plus réfléchi que ce qu’il veut bien laisser croire. Les personnages sont fichtrement superficiels (dans leur construction j’entends, et dans leur personnalité) mais j’estime que ça sert le propos du film.

  • VincentLesageCritique
    16 décembre 2008
    Oui c’est sûr, sans les acteurs le film perdrait énormément d’intérêt. Mais la grande comédie repose indéniablement sur les acteurs, sur les vedettes, et ça dès l’âge d’or, en cela Burn after reading est un régal.

  • élise
    17 décembre 2008
    Ce film est une petite arnaque, et sans George Clooney et son compère, vraiment pas grand chose d’intéressant…Ça ne serait pas les frères Coen, tu aurais mis 3/10.;)

  • Benjamin F
    17 décembre 2008
    Vous pourriez croire qu’Elise est une troll qui vient pouiller les bloggers dans les com de leurs articles, mais pas du tout, c’est juste mon ex, lol.;)

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