Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

FROZEN RIVER de Courtney Hunt

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (1 vote)
7,5 /10
7 /10

Grand prix du jury du festival Sundance 2008, markété comme il se doit avec la citation suivante de Quentin Tarantino sur l’affiche : « Le thriller le plus excitant de l’année… A vous couper le souffle ! », vendu par certains comme un film proche du « Fargo » des frères Coen, « Frozen River » n’est en réalité pas grand-chose de tout cela. Il ne s’agit ni d’un thriller, ni d’un polar, il ne possède ni violence ni humour noir, et s’il couple le souffle c’est grâce à son ambiance pesante et non via d’hypothétiques scènes d’action. Enfin bon que voulez-vous, les voix du marketing sont impénétrables.

Reprenons depuis le début, « Frozen River » est donc le premier film de Courtney Hunt, une femme de 43 ans au parcours atypique (elle a d’abord fait du droit). Il s’agit d’un drame social sombre qui rappelle « It’s A Free World » de Ken Loach de par cette thématique d’une femme qui confrontée à la misère va être amenée à se tourner vers l’illégalité et à jouer un rôle dans le commerce de travailleurs clandestins. Cependant là où Ken Loach fait souvent preuve de lourdeur en forçant la leçon de morale, Courtney Hunt au contraire ne juge jamais ses personnages. Ainsi, on se retrouve vite dans un drame humain porté par la superbe Melissa Leo qui via une larme, une démarche mal assurée ou encore un gros plan sur son visage ridé transmet avec tact et émotion le désespoir de sa situation.

« Frozen River » est un peu l’archétype du film indé avec ses défauts (des plans un peu trop appuyés, une mise en scène qui prend son temps) mais aussi ses qualités (un niveau d’écriture servant à compenser la faiblesse du budget). Planant dans une ambiance dont les codes sont parfaitement maîtrisés, le film utilise le froid, les mobil home, les stations essence ou encore les routes désertes pour créer le contexte qui donnera la force au récit. Entre un plan sur un paysage blanchi et quelques notes de guitares acoustiques d’obédience folk, le spectateur est saisi par une beauté qui n’a rien de misérabiliste. Courtney Hunt ne filme pas la pauvreté pour faire pleurer, elle la filme pour servir son histoire et ce de manière noble. On ne tombe jamais dans le too-much à l’américaine. Non le bébé ne sera pas retrouver mort dans le froid, non Jimmy ne mourra pas d’asphyxie sans avoir eu aucun cadeau pour Noël, non Ray ne prendra pas 10 ans de prison, non TJ n’ira pas en maison de redressement pour une bêtise d’adolescent. Le drame est d’autant plus fort qu’il colle à une réalité.

De même, on appréciera combien les personnages ne sont jamais jugés et comment la thématique de la discrimination s’incorpore à l’ensemble sans leçon. TJ irai bien casser du Mohawk, l’héroïne pense que les pakistanais sont tous des terroristes, les asiatiques ne veulent pas être conduits par une femme, les indiens et les chiens ne font pas confiance aux blancs. Bref dans la pauvreté, le communautarisme est ici une attitude naturelle pour la simple et bonne raison que ce film ne traite pas du bien et du mal mais de la survie. La question sur le bien-fondé de l’action de Ray n’est jamais posée, car peu importe la morale, elle fait ce qu’elle a à faire, ce qu’elle peut faire.

Ainsi « Frozen River » s’impose comme le film indé de cette nouvelle année 2009. Il aurait peut être juste fallu un soupçon de poésie supplémentaire pour vraiment que le film emporte l’adhésion totale (la scène finale où TJ finit de réparer le manège aurait pu être mise plus en valeur), et un chouia d’humour dans les dialogues aussi, car pour ce qui est du « sérieux », « Frozen River » se pose un peu comme un modèle du genre.

Note : 7,5/10

5 commentaires
  • Aïda
    21 janvier 2009
    Assez d’accord avec ta chronique..Nous l’avions vu avec tes parents. Donc, il y avait le film qui éait bien et la compagnie qui, elle, était excellente!!!

  • Rob
    22 janvier 2009
    Je l’avais vu un jour de grosse neige. C’était pile dans l’esprit, et ça n’a fait qu’ajouter à la qualité du film.

  • H
    27 janvier 2009
    oui, j’ai aps été aussi emballé que ça au final par Frozen river, un peu du déjà vu même si je ‘narrive pas à mettre la main sur un titre de film, je vois le rapprochement avec I’s a free world mais ce dernier est carrément plus dur… enfin c’est vrai que le thème de la frontière est au coeur de pas mal de tourments. PS : cela n’a rien à voir mais dans le genre superbe même si complétement décalé et parfois étrange, Des idiots et des anges de Bill Plympton, un petit bijou qui ne restera pas longtemps à l’affiche

  • Laternamagika
    30 janvier 2009
    par rapport à la conclusion de l’article, je pense qu’heureusement il n’y a pas d ‘humour dans ce film. ca n’aurait pas coller du tout. J’aime l’ambiance du film. Au départ, le misérabilisme de la peinture sociale est carrément excessif mais le film prend une tournure intéressante. Je trouve la réalisation assez convenue mais Melissa Leo porte parfaitement le film. C’a a été une excellent surprise !PS : Effectivement, rien à voir avec Fargo. Pourquoi pas Un plan simple et les films polaires avec le Père Noël tant qu’a faire. Par contre la comparaison avec It’s a free world – que j’aime beaucoup – me parait intéressante.++Benoît

  • Thibault F.
    31 janvier 2009
    Le film emballe et fonctionne. Comme tout le monde l’a déjà dit, le fait d’éviter le misérabilisme à trois francs six sous à chaque fois qu’une trame dramatique est posée, ça fait du bien. C’est d’ailleurs presque drôle de voir comme chaque passage qui sent le drame à plein nez, ne reste qu’un simple suspens sans rien au bout. A croire que Courtney Hunt prenait du plaisir à les dénoncer. Pour le reste, c’est plutôt cool, sans trop savoir pourquoi. J’aime bien T.J, généreux et débrouillard. Le personnage n’est pas développé plus que ça, mais il fait aussi parti du récit. Un bon film indépendant, un peu convenu sûrement, mais assez court pour ne pas se lasser. Assez d’accord avec ta chronique pour le coup.

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