Film américain / 2009. Encensé et adulé avant même sa sortie, annoncé comme le film de l’année, auréolé de 14 nominations aux Oscars, « L’étrange histoire de Benjamin Button » n’en est pas moins une cible facile pour les critiques, pas mal de mes camarades s’étant d’ailleurs déjà prêtés à l’exercice ici et là. Effectivement, on peut en premier lieu reprocher à ce nouveau Fincher ce côté trop « courses aux Oscars », cet aspect bien policé. Ensuite on peut ouvertement se plaindre du manque d’émotion que dégage le film et de l’étrange banalité de son scénario. Car la première bizarrerie du nouveau Fincher est que le thème central de son film (le fait que Benjamin Button naisse vieux et rajeunisse au fur et à mesure) n’impacte quasiment pas sur le déroulement du scénario. Même l’histoire d’amour Benjamin / Daisy s’inscrit finalement dans un déroulement sentimental des plus classiques où la particularité de Benjamin aurait bien pu être remplacée par n’importe quelle maladie ou situation qui rendraient leur amour impossible. A ce sujet, on sent d’ailleurs bien combien Fincher n’est pas à l’aise avec la thématique de l’amour. Combien de temps représentent les vrais moments d’épanouissement amoureux des deux personnages : un petit quart d’heure sur deux heures trente cinq ? Et encore il s’agit d’un quart d’heure en mode montage où (comme dans n’importe quelle illustration du bonheur) Brad Pitt et Cate Blanchett passent leur temps à se peinturlurer la gueule plutôt que d’avancer sur la rénovation de leur appartement. Manifestement il faut toujours en passer par là pour montrer qu’on est amoureux (Ce qui remet donc fortement en cause la force des sentiments que j’ai pu développer par le passé pour certaines femmes).
De manière générale « L’étrange histoire de Benjamin Button » rappelle beaucoup de films du même calibre. « Forest Gump » bien sûr avec qui il partage le même scénariste et une évolution similaire du récit (enfant différent qui a du mal à se déplacer et à fréquenter le monde extérieur, premier lien d’amitié avec une jeune fille qui deviendra l’amour de sa vie, puis séparation, voyage, évolution, retrouvaille…) et surtout la même mise en valeur des effets spéciaux invisibles (le vieillissement/rajeunissement d’un côté, l’infirmité de Gary Sinise de l’autre). Mais aussi « Titanic » pour ce côté histoire d’amour transgénérationnelle racontée par l’héroïne vieillissante. Là aussi Fincher n’est pas à l’aise, les scènes dans le présent étant peu inspirée. On pense bien sûr également à « The Fountain » pour ce traitement pseudo-philosophique via des images que certains trouveraient ampoulées.
Enfin bon voilà, ne pas aimer « L’étrange histoire de Benjamin Button » peut paraître légitime. On peut dire que Fincher a sorti un film « commercial », qu’il est passé à côté de son sujet, oui on peut le dire, après de là à avoir raison…
Reprocher à « L’étrange histoire de Benjamin Button » de manquer d’émotions, c’est comme reprocher à Converge de manquer de mélodies. Fincher un film avec de l’émotion ??? Et puis quoi encore ? La majorité des films de Fincher ont pour premier leitmotiv un défi visuel : couleurs sablées et ambiances pluvieuses pour « Seven », effets stylistiques pour « Fight Club », plans séquences à foison pour « Panic Room », perfection de la reconstitution pour « Zodiac ». Ainsi comme à son habitude « L’étrange histoire de Benjamin Button » est avant tout un film sur l’image où Fincher s’essaye à un univers à la lisière entre le baroque et le classicisme ; il y a du Jeunet et du Caro là dedans, voir du Terry Gilliam. Fincher. C’est comme des solos dans un groupe de Free Jazz, ça s’apprécie juste pour la technique, pour les plans parfaits, pour la photographie exemplaire, pour le souci du détail, pour tout ce travail, pour cette amour de l’image. En ces temps où les réalisateurs se font paresseux, où le minimalisme vient cacher les négligences, il est toujours plaisant de contempler le travail d’orfèvre, d’un type qui accorde son implication à ses ambitions.
Il faut vraiment faire sa fine bouche pour ne pas se laisser captiver par les retrouvailles nocturnes entre Brad Pitt et Tilda Swinton, pour ne pas sourire devant le gag récurent de l’homme toucher par la foudre, pour ne pas contempler ces beaux moments de poésie visuelle, pour ne pas se ravir du rajeunissement de Brad Pitt. Et puis, il y a cette galerie d’acteurs, ces gueules, Cate Blanchett en tête. (J’exlue Julia Ormond qui est trop fade dans ces scènes dans le présent dont je n’ai toujours pas compris l’intérêt). Enfin si le scénario ne brille pas toujours pas son originalité, on ne peut pas y déceler la moindre incohérence, ou encore s’agacer sur des dialogues bâclés. C’est propre et carré, et c’est déjà plus que la majorité des films américains récents.
A mes yeux, « L’étrange histoire de Benjamin Button » est un film « Bigger Than Life » dénué de niaiserie comme peu peuvent en réaliser. Il me rappelle « Big Fish » de Tim Burton ou bien « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » de Jean-Pierre Jeunet, et représente le point d’équilibre parfait entre un cinéma d’auteur dont la pâte du réalisateur est présent à chaque plan et un cinéma populaire de qualité. Il n’est pas question de passage à la maturité (Fincher a-t-il vraiment toujours été immature ?) mais plus de prolonger une filmographie qui au vu de la personnalité des œuvres qui la composent prouve combien David Fincher est exigent, ambitieux, et peut, sans rougir, prétendre souhaiter entrer dans le top ten des réalisateurs mondiaux.
Note : 9/10







9 commentaires:
09 février, 2009
Je crois en fait qu'il y a un sacré consensus sur ce film.
Le seul défaut que je lui trouve c'est la date de sortie... avec tous ces films "à oscars" qui sortent j'ai l'impression que nos blogs perdent beaucoup de leur acide... Mais bon, on ne va faire dans la mauvaise foi gratuite. :)
09 février, 2009
j'ai trouvé que c'était une belle histoire, tout ça, mais c'est quand même très long et très académique, bref, Fincher pour faire ce genre de film c'est pas Tim Burton... bon, faut que je développe sur mon blog.
10 février, 2009
j'ai franchement bien aimé, c'était super cette course à l'envers du temps, un autre point de vue mais aussi beaucoup de solitude... très beau film.
10 février, 2009
C'est drôle parce qu'en lisant la majeure partie de ta chronique, on se demande pourquoi tu mets 9/10...
On a beau comparer ce film à BIG FISH, à ceux de Gilliam, de Jeunet/Caro... je suis d'accord avec ces comparaisons, mais en fait, le film est bien plus fade que les références que tu cites... Bien sûr, le type de la foudre, mais la situation n'est pas touchante... on sourit simplement les 3 premières fois, mais la 4ème, c'est juste trop facile, ce n'est même plus drôle!
Donc on a beau matraquer ce film de références, essayer de trouver des qualités à Fincher, il est passé à côté de son truc, désolé...
SysT
10 février, 2009
Salut Benj,
C'est vrai qu'on se demande pourquoi tu mets 9/10 avec tout ce que tu balances... Moi aussi je suis bien d'accord avec toutes tes références (Forrest, Titanic, Big Fish...) et moi aussi j'ai l'impression qu'il manque quelque chose, un je ne sais quoi... en fait si je sais... une musique qui laisse une empreinte. Dans Forrest Gump par exemple, la musique nous emporte, là non, et c'est peut-petre ce qui manque. Il n'empêche que l'on oublie souvent de constater la quantité de thèmes traités dans ce film (la mort, l'amour mais aussi l'abandon, le temps qui passe, le voyage, le carpe diem, l'adoption, la différence...) qui font que plusieurs jours après la vision du film je continue d'y réfléchir.
Et sinon ce n'est pas Gary Oldman mais Gary Sinise qui joue l'infirme dans Forrets Gump.
A+
Ju
10 février, 2009
Hey Ju,
Ouch la boulette pour Gary Sinise ; c'est corrigé. Je sais pas pourquoi j'ai pensé à Oldman en écrivant.
Pour ma critique qui est un peu sévère en première partie, je voulais marquer que j'avais beaucoup aimé en pleine connaissance de cause des lacunes et défauts du film. Je pense vraiment que c'est un film qui mérite qu'on passe outre son côté scolaire...
Je trouve ça cruel de prétendre que ce film est plat justement au vu, comme tu les cites, de toutes les thématiques abordées.
A bientôt,
Benjamin
11 février, 2009
Ah mais le film n'est pas plat au vu des thématiques abordées! Il est plat, point. Il n'y a pas d'histoire, tout est téléphoné et franchement, je me suis ennuyé! Mon 3,5 / 5, c'est parce qu'on sent la maîtrise d'un Fincher et son esthétique!
17 février, 2009
Critique intéressante, même si je ne partage pas ton enthousiasme... C'est typiquement un film que j'aurais aimé aimer, mais ça n'a pas fonctionné. Je pense surtout que le film est trop long et aurait gagné en concision, mais aussi que l'aspect technique a trop pris de place dans le film et que le réalisateur n'a pas vraiment su qu'en faire...
Dommage, vraiment, car l'idée était bonne...
15 avril, 2009
Belle histoire touchante, un film "esthétique", et enfin des effets spéciaux, qui pour une fois, ne sont pas utilisés pour en foutre plein la gueule (voir le cinéma bourrin de Michael Bay par exemple).
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