Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

PONYO SUR LA FALAISE de Hayao Miyazaki

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (1 vote)
5 /10
6 /10
Miyasaki bénéficie d’une aura et d’un rayonnement qui lui semble acquis de fait. Il suffit d’ailleurs de lire les critiques presse pour s’en persuader. Tout comme Wong Kar-Wai à une époque, il paraît interdit de dire du mal des films du maître sans passer au mieux pour un insensible qui a perdu son âme d’enfant, au pire pour un inculte réfractaire aux autres cultures. Pourtant « Ponyo sur la falaise » est à l’image de « My BlueBerry Nights » pour Wong Kar Wai le film qui remet en questions nos certitudes, tant celui-ci semble être un retour en arrière de plus de 10 ans.

Sur la forme pas grand chose à redire, tant que Miyasaki connait son sujet et que l’utilisation de l’aquarelle lui permet de renouveler avec brio son expression visuelle sans pour autant la dénaturer. L’univers est toujours onirique, intégré à une réalité dans laquelle le fantastique est culturellement acquis. On s’y sent bien tout en étant intrigué, en alerte permanente, le tout dégageant une poésie aussi lumineuse que sombre.

En revanche au niveau du fond, je ne peu cacher ma déception. Autant « Le Voyage de Chihiro » était un conte métaphysique empli de symboles et de métaphores, un vrai dessin animé brillant à double niveau de lecture, autant « Ponyo sur la falaise » a du mal, malgré sa richesse visuelle, à être autre chose qu’un film pour enfant. Le scénario d’à peine 1h30 est très light. La majorité des personnages ne sont absolument pas développés (le père de Sosuke, la mère de Ponyo). Pire encore le père de Ponyo, personnage qui est censé incarné le « méchant » reste complètement opaque : il veut d’abord détruire les hommes parce que ce ne sont qu’un ramassis de merde (jusque là on ne peut pas lui en vouloir) puis tout d’un coup il pense à autre chose à l’amour entre Ponyo et Sosuke, un amour qui pourrait sauver la Terre de cette lune menaçante. Euh il manquait des sous-titres où Miyasaki lui même ne sait pas de quoi il parle ? Il se dégage vraiment de ce 13ème long métrage un sentiment d’inachevé, de presque bâclé.

Il ne suffit pas d’être un génie visuel pour réaliser des grands contes. Il faut aussi des « gentils » attachants et des « méchants » angoissants et intrigants (cf Muska dans « Le Chateau dans le ciel »). Là on a très envie de mettre des claques à Ponyo (surtout lorsqu’elle ressemble à un poulet) et d’inventer nous même une histoire aux personnages secondaires abandonnés. La galerie de personnage n’est pas assez étoffée alors qu’il y avait vraiment matière à construire un mythe intriguant notamment avec toutes les petites soeurs de Ponyo. Où est cette ambiance à la fois si planante et si mystérieuse qui entourait les films de Miyasaki ? Et surtout où est passée cette incroyable poésie ???

Bon pour conclure, tout le monde l’aura compris, ce « Ponyo sur la falaise » manque de sexe et de violence ;)

Note : 5/10

8 commentaires
  • Anonymous
    20 avril 2009
    Miyasaki a deux facettes.

    Il fait des films plutôt pour adultes qui ressemblent à des films pour enfants, et des films pour enfants que les adultes peuvent regarder s’ils ont su garder leur âme d’enfants.

    Ponyo rentre totalement dans la 2° catégorie, dans la lignée de « Mon voisin Totoro ».
    Je comprends donc ta déception, mais à mon avis cette simplicité qui t’a ennuyé est totalement voulue.

  • Vincent
    20 avril 2009
    Moi je suis totalement d’accord avec toi, c’est certes joli par endroits (le scène du bateau avec le « CRETINNNNNNNN ») mais c’est surtout très niais et assez mou. Et le pire, c’est que quoi que fasse Miyazaki, ses défenseurs lui trouveront toujours une excuse. A quand du cul et du trash dans son cinéma ?!, je suis bien d’accord !

  • Herwann
    20 avril 2009
    je suis entièrement d’accord, il y a trop eu de battage autour de ce nouvel épisode qui est très loin d’être son meilleur. Aucune comparaison avec la poésie de Totoro, les rapports à la nature de Chihiro et de Princesse Mononoke ou de Nausicaa et la valée du vent…

  • Anonymous
    20 avril 2009
    « A quand du cul et du trash dans son cinéma ?! »

    Tu t’es trompé de salle en allant au ciné toi, le film pour les gros bofs fan de tunning et de nenettes en string c’était la salle d’à coté.

  • Benjamin F
    20 avril 2009
    Lol, y a vraiment des lecteurs qui comprennent pas l’ironie. C’est le manque de poésie qu’on lui reproche ici ;)

  • Vincent
    20 avril 2009
    Vivement que Miyazaki réalise Fast and Furious 5 alors. (ironie, devra-t-on le préciser à chaque fois?)

  • Anonymous
    24 avril 2009
    Les adultes sont perdus pour la plupart.
    Lorsqu’on arrive à la fin de sa vie, la vanité des discussions entre adultes apparait plus claire, et les personnes agés ont souvent plus à dire aux tout petits enfants.

    Je lisais une interview de Michel Tournier qui disait que pour lui Proust ne signifiait pas grand chose en comparaison du Petit Prince de St Exupery.

    Quand on veut changer le monde (et quand on parle de Miyazaki c’est le sujet) on s’oriente vers l’education, les enfants, les « êtres purs ».

    Derrière l’apparente simplicité du scénario, moi je vois un film sur les opposés, masculin/féminin, Terre/Mere, etc… et leur réunion. C’est n’est pas « la possibilité d’une ile » c’est la possibilité du couple.

    Cela parle essentiellement d’amour. Un amour qui va vers l’autre, le différent. L’humain qui quitte les hommes pour aimer un monde différent, la reine de la mer qui n’a pas peur d’aimer les hommes et qui réconcilie un de ses amant avec ce monde là. Dans ce film les femmes liquides vont vers la terre solide, et les hommes vont vers la femme…

    Miyazaki a deja réalisé ses films militant ecologiques, à mon avis ils est à un age où ce qui compte plus que tout pour lui c’est la simplicité, pour parler d’amour aux enfants.

    jf

  • Benjamin F
    24 avril 2009
    Jf, ce que tu dis est toujours ultra-pertinent et bien écrit. Je vais pas te le dire 100 fois. Quand est-ce que tu lances ton blog ?

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