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BILL CALLAHAN - Sometimes I wish we were an eagle [8/10]

Folk Américain / 2009. Bill Callahan a sorti une bonne dizaine d'album sous le nom de Smog, et puis un jour comme ça, en 2007, il a décidé d'arrêter de porter ce nom plein de consonances et de publier sous son vrai patronyme. Pourquoi une telle décision ? Ce n'est tout de même pas anodin dans la vie d'un artiste. Derrière ce changement se cache sûrement une explication logico-psychologique pleine de profondeur, et j'imagine que des tonnes de journalistes aux questions plus pertinentes les unes que les autres ont déjà posé la question et ont torturé l'homme pour connaître les tenants et les aboutissants d’un tel choix. Peut-être ont-ils réussi à lui tirer des explications, peut être que non. Des chroniqueurs ont sûrement même avancé des thèses et des théories : la crise de la quarantaine, un besoin nouveau de reconnaissance, un changement dans son approche musicale... des explications un peu toutes faîtes qui tapaient peut être en plein dans le mille, ou peut être pas.

En fait je ne sais rien de ce changement d'identité, et ce pour une simple et bonne raison, je ne me suis absolument pas renseigné ! Depuis quelques temps, j'ai décidé, aussi souvent que possible, d'arrêter de faire des recherches sur les artistes que je vais chroniquer : je ne lis plus les bios des attachés de presse, je ne me rends plus instinctivement sur Wikipedia, je ne recherche pas les interviews, et pis encore, outre celles de mes confrères blogger, je ne lis même plus les critiques des « grands » (Pitchfotk, Inrocks...). Et je peux vous garantir que ce n'est pas par paresse ou par manque de rigueur professionnelle.

La vérité, c'est que l'excellent billet de Sylvain sur Parlhot (qui avait pour prétexte une chronique de l'album des Elderberries dont au fond il ne parle finalement que très peu) me pousse à réagir et à faire une légère digression par rapport à mon sujet initial.

Tout d'abord, comme Sylvain, je ne supporte plus ces biographies de groupes aussi mensongères que putassières où la course aux superlatifs et aux comparaisons extravagantes est devenue un sport national, une compétition dans laquelle chaque agence de presse semble un peu plus chaque jour impliquée. Oh je ne nie pas l'importance de bien vendre et de marketer un album mais franchement est-ce bien raisonnable de s'abaisser à des « untel est le meilleur espoir mondial de la pop » ou « untel réalise la synthèse parfaite entre Radiohead et les Beatles » et ce pour n'importe quelle bouse qui a piqué chacun de chez riffs chez un autre groupe.

Deuxièmement, mais cela n'engage vraiment que moi, je n'ai plus envie de connaître par coeur la vie d'un artiste avant même d'avoir posé son disque dans ma platine. Je veux rester l'esprit frais et curieux, conserver la magie qui entoure des chansons sorties de nulle part. Ne pas savoir d'où vient le groupe, ne pas savoir qui le compose ou de quel courant il se revendique. Bien sûr, cela est parfois impossible tant l'information nous transperce de toute part, mais dans la pratique j'essaye vraiment de prendre connaissance des éléments connexes à l'artiste et aux disques qu'une fois ma chronique finalisée. Je m'en sers alors éventuellement pour compléter un point « informatif » mais cela n'influe jamais sur ma note.

Enfin, et là en revanche Sylvain ne sera sûrement pas du tout d'accord avec moi, je crois que je déteste lire des interviews. En faire oui, car il est passionnant et grisant d'échanger en face à face avec un artiste, mais en lire non ! Toutes ces interviews conventionnelles avec toujours les mêmes questions me sortent par les yeux. « Considérez vous blabla comme votre meilleur album? » ; « Comment vivez-vous le départ de votre batteur nul qui jouait à une main ?» ; « Envisagez-vous une tournée européenne ?» ; « Que pensez vous de la politique actuelle américaine ? Et la sexualité de Paris Hilton, avez-vous un avis sur la question aussi? Et Hadopi, hein Hadopi ça vous dit un truc ?». Le pire étant bien sûr quand le journaliste essaye de piéger l'artiste en comparant son album avec un disque obscur dont le musicien en question n'aura évidemment jamais entendu parler. Oui grande nouvelle on peut être musicien et ne pas se coltiner toutes les sorties de disques. Du coup les interviews mènent souvent aux conclusions suivantes : soit que l'artiste a beau être un virtuose en terme de composition, qu'il n'en est pas moins débile et que évidemment il n'y connaît rien ni en politique, ni en musique (mais bon en même temps personne ne le lui demandait), soit que le journaliste a pris pour habitude de poser exactement les mêmes questions quelque soit l'artiste. Je caricature évidemment et il ne s'agit pas d'un billet polémique. La majorité des journalistes font très bien leur taffe et je ne veux attaquer personne. J'essaye juste de mettre en exergue un fait réel : lire des interviews m'emmerde. Aujourd'hui je ne lis plus que les interviews de Sylvain, parce qu'elles sont vraies, parce qu'elles creusent des points essentiels, parce qu'elles s'acoquinent parfois avec la psychologie. Et encore est-ce je les lis parce qu'elles m'intéressent vraiment ou parce que j'aime le personnage de Sylvain et sa manière d'écrire?

Découvrir l'artiste qui se cache derrière un disque c'est se risquer à la déception, à la destruction de la magie, c'est lire et écouter des réponses factices répétées inlassablement. A mes yeux, il n'y a aujourd'hui que deux possibilités : soit ne rien savoir, soit tout savoir.

Mon propos n'est peut être pas suffisamment construit et étayé car il s'agit d'une chronique de disque et que même si le sujet me passionne, je ne veux pas écrire un billet dédié à ce sujet. Je reste fidèle ma ligne éditoriale : de la critique et rien que de la critique. Enfin bon, du coup, où je voulais en venir c'est que je ne sais pas pourquoi Smog est devenu soudainement Bill Callahan, que je m'en fous royalement et que je n'ai même pas eu envie d'aller chercher sur Internet les raisons du pourquoi du comment. Tout ce que je sais c'est que ce « Sometimes I wish we were an eagle » est un putain d’album.

Poignant du début à la fin, les années ont affiné la qualité du sonwriting de Callahan et ce dernier livre ici une version épurée et complémentaire du travail d'Andrew Bird. « Eld Ma Clack Shaw » est popisant sans jamais baisser la garde sur l’émotion. « The wind and the dove » démarre sur une intro arabisante mais c’est pour mieux se jouer de l’auditeur et le plonger dans de la grande chanson très proche de « Noble Beast ». « Rococo Zephyr » est plus classique mais pas moins belle. « Two Many Birds » est une belle métaphore où du moins j’aime la voire comme telle. « Friends » commence sur une intense montée et rappelle un peu la sensibilité d’écorché vif de Daniel Darc. « All Throughts are prey to some beast » est peut être mon titre préféré où énormément d’instruments s’entrechoquent (cordes et percussions) et où une guitare vengeresse rappelle qu’à n’importe quel instant tout pourrait partir dans la violence. « Invocation of Ratiocination » est un instrumental angoissant dont le titre est un appel à une vision artistique supérieure, quelque chose d’assez normal pour un mec qui cherche depuis toujours la chanson parfaite. Quant à « Faith/Void », il clôture l’album en longueur et beauté.

Voilà Bill Callahan, je ne sais au fond pas vraiment qui tu es mais je sais que ton disque va m’accompagner tout au long de l’année, et c’est bien là l’essentiel !

Note : 8/10

22 commentaires:

  Quo Vadis

04 mai, 2009

Ca m'a donné envie tiens. C'est partie pour une écoute :)

  Rod - Le HibOO

04 mai, 2009

rejoins le hiboo, j'adore ! :)

  Benjamin F

04 mai, 2009

Rod, même si tu trouvais que c'était de la merde, tu me le dirais pas, pour m'amadouer. On voit que t'as côtoyé du blogger et que tu sais jouer avec les égo de chacun ;)

  Thibault F.

04 mai, 2009

This is a fucking album. Et je suis quasiment, si ce n'est entièrement d'accord avec toi (en tout cas pour la partie critique). "All Throughts are prey to some beast" est certainement un des meilleurs titres de l'année.

Pour revenir à ton regard sur les ITW, biographies, etc,etc..., je suis plutôt d'accord sur le principe de ne pas trop se renseigner sur qui fait quoi, etc, etc ... Mais y'a quand même certaines infos qui me paraissent essentielles. Genre le nombre d'albums sortis et depuis quand le groupe est crée. Pour ma part, ça influence ma notation, où en tout cas ma critique.

A +

  Anonyme

04 mai, 2009

"soit que le journaliste a pris pour habitude de poser exactement les mêmes questions quelque soit l'artiste" y a bien qu'un blogger prétentieux pour sortir ce genre de conneries. Les vrais journalistes font exactement le contraire de ce que tu décris, ils se documentent, ils bossent la vie des artistes pour leur poser de vraies questions. Bref tous les trucs que vous les bloggers ne saurez jamais faire, et pourquoi ? Parce que contrairement à ce que vous croyez tous, être journaliste c'est un métier et ça s'apprend.

  Alain G

04 mai, 2009

On doit pas connaitre les mêmes journalistes alors :)

  Cécile

04 mai, 2009

Cette chronique est une excellente réflexion sur notre rôle de blogueur (réflexion que je vais essayer de mettre un peu plus en forme dans les jours qui viennent). Peut être qu'en cherchant ce que l'artiste a fait avant, deux trois détails sur sa vie, j'arrive à bien mieux attaquer mes chroniques. Les recherches (en dehors des interviews que je ne lis pas non plus de peur d'en savoir trop sur leurs idées politiques ou opinion sur HADOPI dans le cas d'artistes français ^^) m'offrent un formidable angle d'attaque, une substance qui me permet de rester connectée à ce que la musique est avant tout : une histoire humaine. Mais bon après chacun fait comme il le sent. D'ailleurs je vais devoir te dire que j'ai lu ta chronique surtout pour ta réflexion plus que pour l'album ;-)
Mais de toute façon nous autres blogueurs semblons faire un travail qui n'arrivera jamais à la cheville des journalistes si on en croit le courageux anonyme. Je dirais tout de même qu'être journaliste c'est bien, blogueur c'est pas mal non plus, c'est juste une liberté en plus il me semble. D'autre part, blogueur n'est pas un métier mais un jour je suis persuadée que cela fera partie du cursus universitaire de monter son blog sous wordpress, blogger ou autre et d'apprendre à écrire. C'est déjà le cas.
Je m'en retourne donc à mon média de merde, mes chroniques documentées avec les pieds, et mes délires.

  JS

04 mai, 2009

Oui "anonyme", je suis bien d'accord avec toi puisque je suis moi-même journaliste dans ma "vraie vie", la recherche d'infos, le tri, leur hiérarchisation, c'est indispensable.

Mais pourtant dans un domaine aussi artistique que la musique, j'aime bien aussi tout simplement me laisser emporter par un disque. Ne pas savoir de quoi il s'agit quand je le mets sur ma platine et voir ce qu'il se passe. Quitte ensuite à me renseigner de manière très détaillée sur l'artiste si son oeuvre me plait.

Et puis très franchement, si tous les journalistes musique étaient aussi conscienceux que cela, ça se verrait non ?

  Jérôme F

04 mai, 2009

Ce n'est pas parce que vous avez de la liberté, caché derrière vos ordinateurs et vos pseudos, que vous faîtes pour autant un travail plus subversif que les journalistes, bien au contraire. C'est facile d'avoir des prises de positions fortes, quand on sait qu'on aura pas à les assumer vu qu'on a pas de lecteurs (je ne compte pas comme "lecteurs" ses autres amis blogger). Être journaliste dans un vrai média, c'est travailler dans un cadre beaucoup plus complexe, avec de vrais contraintes rédactionnelles. Sûrement que vous faîtes un travail "complémentaire" au nôtre, mais en tout cas il s'agit sûrement d'un travail plus facile.

  JS

04 mai, 2009

Là dessus je te rejoins complètement Jérôme F. Le cadre d'un blog est bien plus libre que celui d'une vraie rédaction, avec une logique d'entreprise derrière.

  Anonyme

04 mai, 2009

"Caché" avec s. Comme quoi les vrais journalistes, c'est comme les bloggers, ça sait écrire mais ça sait pas se relire ;)

  Benjamin F

04 mai, 2009

Merde j'avais l'impression que ça allait partir dans un débat bloggers vs journalistes, qu'on allait former deux équipes et se serrer les coudes entre bloggers face à l'ennemi, et là boom, même pas dix commentaires et JS passe de l'autre côté de la frontière ; traître. Tout ça parce que t'es journaliste dans la vraie vie. Pfff...

Blagues mises à part. Tu as tout à fait raison Jérôme, je ne me permettrais pas la moitié des choses que je dis si j'avais 10000 lecteurs quotidiens. En revanche le peu de lecteurs que j'ai vient sûrement pour cette liberté d'expression.

  vino

04 mai, 2009

Je suis content les mecs que vous me rappeliez qu'un blog est plus libre qu'une vrai rédaction. Avec ces propos je comprends définitivement la valeur ajoutée du journaliste, l'enquête de "terrain".
Moi qui croyait qu'un blog avait pour but de remplacer les inrocks, le Monde et le Times...

  Benjamin F

04 mai, 2009

Sinon on attend toujours la réaction de Sylvain, la guest-star du billet ;)

  JS

04 mai, 2009

Bah moi je suis les deux, donc bon, je suis forcément un peu tiraillé. Après je pense que pas que ce soit l'audience qui y change quoi que ce soit, mais bel et bien le fait si tu en vis ou pas.

Regarde, depuis que Rod vit de son site, il ne dit plus que de la merde. :p

  Romain

04 mai, 2009

Le Monde et le Times, faut pas déconner... en revanche les Inrocks, why not ? Lol

  Benjamin F

04 mai, 2009

JS, j'ai presque envie de Tweeter ton dernier commentaire tellement qu'il est beau ;)

  JS

04 mai, 2009

Je savais qu'il te plairait, c'est même une spéciale dédicace tiens ! :)

  Rob Gordon

04 mai, 2009

Benjamin, en tout bien tout honneur, je t'aime. Je ne lis plus non plus les articles des pros avant de chroniquer, et je fuis les interviews, non seulement pour les raisons que tu cites, mais qui plus est parce que j'en ai marre de ces gens qui pondent des oeuvres incompréhensibles et/ou nulles, mais qu'on excuse un peu ou beaucoup tout ça parce qu'ils en parlent bien en interview.
Moi-même, j'ai eu l'occasion de pratiquer l'exercice de l'interview, bin je suis même arrivé à m'ennuyer moi-même. Alors oui, certes, c'est sans doute parce que je n'ai aucun talent d'intervieweur, que je n'ai pas appris à être journaliste, que d'ailleurs je ne suis PAS journaliste, mais c'est peut-être aussi parce que l'exercice en lui-même m'emmerde et qu'il y a trop de choses à lire, voir ou écouter pour ne pas perdre son temps avec des tissus de langue de bois. Non mais.

  SysTooL

04 mai, 2009

C'est marrant parce qu'en voyant la pochette de cet album, j'ai pensé à Noble Beast, le dernier album d'Andrew Bird, auquel tu compares Callahan, justement...

C'est quoi, ces élans naturalistes? C'est la mode en 2009? :-)

SysT

  Eddie

05 mai, 2009

Très bon billet, je redirai pas ce que les autres ont dit.

Moi non plus j'aime pas les interviews, sauf quand c'est moi qui les fais : http://www.lechoix.fr/interview/2009/04/30/interview-les-choix-eddiefiants-de-sebastien-schuller/

Pour en revenir à ce qui compte, j'ai pas encore écouté le Bill Callahan mais tu me donnes envie.

(fin de phrase à ne pas citer hors-contexte)

  arbobo

05 mai, 2009

à vrai dire, avant de me lancer dans mes interviews fleuve d'une demi-heure, une heure, en podcast,
je n'en lisais pas toujours tant que ça ^^

après, on trouve parfois des gens dont on aime le ton, la manière d'amener les artistes à se livrer, et on lit ou écoute plus régulièrement leurs interviews,

mais bon, si personne ne nous lit ou écoute, mais que les artistes qui le méritent trouvent leur audience, c'est le principal ^^

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