Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

DOMINIQUE A – La musique et la matière

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
8,5 /10
De par sa nature même le nouvel album de Dominique A me met à l’aise tant il soulève une question qu’il est complètement inhabituelle de se poser: Qu’est ce que le nouvel album de Dominique A ? Est-ce « La Musique » ? Ou est-ce « La Musique et La Matière » double album dont les entités fonctionneraient de manière indépendante. « La Matière » n’est pas un nouvel album en soi puisqu’on ne peut pas l’acheter tout seul, on ne peut donc pas parler de deux nouveaux albums à part entière. De même, on ne peut pas dire que « La Matière » soit, au vue de sa qualité et de sa densité, un simple album bonus, un cadeau réservé aux fans. De ce fait, je considérerai pour ma part que le nouvel album est un double album dont les deux parties sont indissociables. Ce n’est peut être pas ce qu’a voulu l’artiste mais tant pis pour lui, il avait qu’a être plus clair dans sa démarche.

Si l’on devait faire dans l’infâme formule toute faîtes (et c’est manifestement ce que les lecteurs attendent des blogs aujourd’hui), je dirais « Alain Bashung est mort, c’est pas grave il nous reste Dominique A » ; formule que je ne cautionne évidemment pas, mais qui tendrait à prouver la place capitale qu’occupe aujourd’hui Dominique A dans le paysage de la chanson française.

Outre ses textes toujours de très haut niveau mais dont l’analyse tiendrait plus du commentaire de texte que de la critique de disque, « La Musique et La Matière » repose sur des instrumentations magiques qui, au miracle pour de la chanson à texte, pourraient amplement se passer du texte. A titre d’exemple la montée en puissance de Nanortalik est d’une telle richesse qu’elle cloue sur place bon nombre de post-rockeux chiant à mourir. C’est en ça que Alain Bahsung (deuxième de notre classement des meilleurs disques de 2008) et Dominique A composaient l’élite de notre chanson française : écrire des textes poétiques, plein de sous-entendus et de figure de style, chantés sur des instrus qui se suffisent à elle même sur des instrus dont les cordes et les guitares peuvent toucher aussi vite et aussi intensément que les mots.

« La Musique et La Matière » est donc un double-album aussi long que passionnant dont la complexité « scénaristique » de chaque chanson mériterait une étude des plus poussées (« Le sens », « Il ne dansera qu’avec elle ».) Cette manière de raconter une histoire sans jamais sentir la contrainte du format « chanson » est définitivement sa marque de fabrique. Dominique A sait même se faire entraînant, présenter une démarche rock sans aucune guitare électrique (« Hasta que el cuerpo aguante »), et juste après taper dans de l’electro-pop minimaliste (« La Musique ») sans jamais perdre la cohérence, une cohérence acquise de fait par la richesse de son univers et sa voix. A partir de là, il peut tout se permettre comme le quasi-indus « Je suis parti avec toi » et ce sans le moindre faux pas. Aucun remplissage, que des titres forts ; l’écoute de « L’imprudence » a définitivement permis à l’artiste d’acquérir une nouvelle dimension.

Maintenant que le grand Bashung nous a quitté, Dominique A est seul à porter le flambeau. La tâche est ardue mais je pense que le provinois a les épaules assez larges pour s’en acquitter. Maintenant je ressens quelque chose de paradoxal et de triste à l’écoute de « La Musique et La Matière », plus l’album avance, plus les titres sont magnifiques, plus je me dis que Bashung me manque énormément et que sa mort m’a vraiment touché. Peut-être suis je le seul à ressentir cela, de par la complémentarités quasi gémellaire que j’éprouvais en écoutant les deux artistes, je ne sais pas… Là on tombe vraiment dans du ressenti émotionnel très personnel, un terrain sur lequel je ne souhaite pas m’engager. Non la seule chose à retenir de ce Dominique A, c’est qu’il est somptueux et qu’il fait honneur à la chanson française.

Note : 8,5/10

13 commentaires
  • JS
    11 mai 2009
    Whaouh, je dois avouer que tu viens de me mettre l’eau à la bouche. J’avais lâché Dominique A après Remué (je ne sais pas pourquoi car cet album est fantastique) et là, ça me donne juste envie d’y revenir.

  • Benoit
    11 mai 2009
    et dire que Bashung lui a refusé « Immortels »…

  • Rob
    11 mai 2009
    Une fois n’est pas coutume, je vais parler de skeuds (c’est bien comme ça que disent les fans de Green day, nan ?).
    C’est pour l’instant mon album favori de 2009, supplantant laaaargement Dent May et Eugene McGuinness (c’est de 2009 Eugene McGuinness ?).
    Les textes sont étonnamment moins littéraires que sur des albums comme « Tout sera comme avant » (j’ai lu les paroles de « Trouver le sens » avant de l’entendre, j’avais presque peur, et en fait, bim, magique, ça fonctionne), la simplicité prime, et pourtant ça n’a presque jamais semblé aussi abouti.
    Et, contrairement à « Tout sera comme avant » et son petit frère « Tout n’est plus comme avant », il n’y a pas de déséquilibre entre les deux disques. Les deux sont liés et aussi bons l’un que l’autre.
    Ça va sans doute devenir mon album préféré de Dominique, devant, tu l’auras compris, « Tout sera comme avant ».

  • Anonymous
    12 mai 2009
    Pour ce qui on l’habitude des bons disques de Dominique A d’antan, grosse déception à l’écoute de « La musique et la matière ». Les textes se font plus fade que jamais et plus éphémère à la mémoire. Un ensemble conventionnel, qui se laisse écouter mais sans rien, vraiment sans rien de plus à apporter… Incomparable à mon sens au magnifique Bleu Pétrole que nous laisse Alain Bashung qui laissera une image à jamais surannée dans nos cœurs.
    La musique et la matière 3.5/10

  • Benjamin F
    12 mai 2009
    Les textes sont peut être un peu plus fades mais ils sont plus scénaristiquement suivis. Après si je compare Bashung et Dominique A, je suis loin de penser que La Musique et la Matière atteint le niveau de Bleu Pétrole (5ème de mon top 2008).

    Maintenant les instrus, elles, n’ont rien de conventionnelles et démontrent vraiment une réflexion plus en avant sur ce que doit être la chanson française de qualité.

    C’est marrant, je pensais que cet album ferait plus l’unanimité.

    Merci pour ton commentaire en tout cas…

  • Anonymous
    12 mai 2009
    Je ne suis pas du tout d’accord avec ta critique sur cet album, et je reste sur mon point de vue en tout cas. Je pense que l’ensemble de cet album est très conventionnel et apporte peu de choses à la créativité. Il reste très loin, à mon sens, d’une œuvre scénaristique. Il ne présente pas d’histoire suivie de la première à la dernière chanson, je pense en tout cas. Déçu quand on connait Dominique A et ses albums passés. Il reste néanmoins écoutable, en ambiance de fond ou autre.
    Mais encore une fois, tous les goûts sont dans la nature.
    Merci.

  • Vino
    13 mai 2009
    A croire qu’il n’est pas encore digne d’être présenté comme le successeur de Gainsbourg…

  • XXX
    15 mai 2009
    Je suis d’accord avec anonyme, c’est fade, grosse déception pour moi, on ne peut que être déçu quand on le suit depuis longtemps. Je ne suis pas seul à avoir été déçu à l’écoute.

    C’est comme le dernier Bashung, meilleur mais je ne comprends, quand on écoute l’Imprudence ou Fantaisie Militaire, vous ne pensez pas que Bleu Pétrole est en dessous, surtout que je le trouve bien moins fluide à part quelques chansons mais comment lui en vouloir…

    Pour Dominique A, je n’irai pas le voir en concert, il s’est enlisé… J’espère que c’est un passage à vide de courte durée le temps d’un album.

  • Thibault F.
    17 mai 2009
    Heureusement que Bashung lui a refusé Immortels, car c’est pour moi la seule vraie bonne chanson de cet opus (C’est une tuerie par contre, y’a pas de doute). A l’inverse de beaucoup, je ne le connaissais pas avant ce disque, et donc difficile pour moi de comparer avec ses albums précédents. La comparaison avec Bashung est de toute manière un peu inutile, tant les différences entre les deux sont énormes.
    On sent bien que Dominique A n’est ni Cali, ni Christophe Maé, mais l’album est quand même plutôt banal et surtout ennuyant. Les compositions sont parfois intéressantes, ces sonorités n’étant pas si courantes dans la chanson française, mais le tout manque terriblement de personnalité. J’ai beaucoup de mal avec sa voix, qui hormis sur l’immense Immortels, ne me touche absolument pas. Pas trop ma tasse de thé donc.

  • Andrés Rocamora
    6 août 2009
    Je suis espagnol est c’est la première fois que j’écoute Dominique A. Je suis bien surpris de sa musique, de sa voix, de ses lettres. Le disque est vraiment fabuleuse.

  • Anonymous
    17 novembre 2009
    Reponse d’un anonyme à un autre anonyme.
    Je suis allé voir Dominique A en concert a l’épicerie moderne de Feyzin, c’était juste fantastique.
    Mélange de sons rock et plus synthétique très année 80 new wave et parfois noisy pop.
    Sa voix jamis forcée toujours tres claire m’a vraiment touchée.
    Il à interprété des morceaux avec une grace rarement vue dans la chanson françaice

  • Anonymous
    19 juillet 2010
    Merci à vous pour ce texte. Dominique A a happé mon oreille il y a peu de temps sur Fip avec une chanson « Le sens ». C’est rock et poétique. Carole

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