Film anglais / 2009. L’histoire se répète, un teaser qui donne envie, la promesse d’une sombre noirceur ponctuée d’humour anglais, des critiques élogieuses… et moi qui une fois de plus me retrouve au ciné devant un Ken Loach, l’un des réalisateurs contemporains les plus surestimés. Tout commence donc avec cette bande-annonce excitante qui vend une promesse que le film ne tiendra pas, à savoir de longs et passionnants dialogues entre Eric Cantonna et un homme au bout du rouleau. C’est simple, cette BA est encore plus mensongère que la nouvelle pub TF1 qui précédait le film (et qui en soit est mieux réalisée et beaucoup plus drôle). Comme tous les films de Ken Loach « Looking for Eric » est un film sur la détresse humaine sous fond de misère sociale. Que l’angle d’attaque soit celui de la tragédie, du drame, de la comédie ou bien celui de psychologie magazine, Ken Loach refait inlassablement le même film. Mais le vrai problème de ce nouveau long métrage qui succède à « It’s a free world » vient du fait - qu’en plus d’accumuler les clichés et de simplifier au possible les traits de caractères des personnages secondaires - qu’il manque totalement de ligne directrice. C’est tellement décousu que ce n’est pas à un Ken Loach auquel nous avons le droit mais bien à trois films différents et non complémentaires. 1) « Loooking for Eric Cantona ». A ça pour le chercher on le cherche le Cantona. C’est vrai ça où est-elle passée la grande star du film ? Car si cette première partie du film est la plus conforme à la bande annonce - à savoir un homme au bord de la crise de nerf qui va s’inventer une relation imaginaire avec Cantona, afin de recevoir conseils et reprendre confiance en lui – elle n’en met pas moins rapidement en exergue la vérité : Cantona est plus une running joke que la thématique du film. Il apparaît peu et se contente de lancer ici où là un proverbe cantonien, (non sans humour et autodérision, il faut bien l’avouer). Même lors de la scène de danse où on s’attend à un grand moment entre les deux Eric, le film passe en mode flashback et Canto quitte à nouveau l’écran. C’est comme si le footballeur n’avait été présent que pour deux petits jours de tournages et qu’il avait fallu tourner au plus vite ses scènes.
2) « Looking for Lily ». A la fin de son premier tiers, le film prend une orientation complètement différente et se refocalise sur l’histoire d’amour entre Eric Bishop le héros et sa première femme Lily. Canto est censé faire le coach mais à part deux, trois conseils idiots et un jogging dans les bois pour garder la forme, il ne sera pas d’une grande aide. Non vraiment quelle idée brillante de Ken Loach de traiter en 45 minutes une histoire d’amour s’écoulant sur 30 ans. Ca ne donne pas du tout l’impression de voir quelque chose de bâcler. Ainsi de manière assez prévisible, on se retrouve encombré de dizaines de raccourcis scénaristiques, où le réalisateur invente des excuses psychologiques à son personnage comme dans une mauvaise parodie d’un Woody Allen. Même les sous-entendus sur la répétition des erreurs sont d’une lourdeur incroyable.
3) « Looking for Ryan ». Dans sa dernière partie « Looking for Eric » sombre tellement dans le n’importe quoi qu’on en reste abasourdi. Ryan, le beau fils d’Eric, traîne avec des caids et se laisse embarquer dans une sale histoire où il est obligé de cacher une arme au sein du domicile « familial » (j’ai mis des guillemets en hommage à la relation entre Ryan et son frère Jess complètement éludée dans le film). Eric Bishop essaye d’intervenir mais échoue (oui à 15 minutes de la fin, les conseils de Cantona n’ont pas encore porté leurs fruits), les flics débarquent, Lily est écœurée, bref c’est la merde et en plus il ne reste plus beaucoup de temps pour trouver une conclusion au film. Du coup, Ken Loach lance l’opération « Vaudeville » : Eric Bishop et tous ses potes fans de foot débarquent avec trois cars chez le caïd, en mode hooligans avec sur la gueule des masques à l’effigie de Cantona, tout ça pour lui repeindre la gueule en rouge et le menacer de mettre la vidéo de cette humiliation en ligne sur You Tube. Comme je le disais du pur vaudeville !
Alors oui, certes le résultat est moins catastrophique que si nous avions réalisé le même film en France. Là avec Francis Weber à la réalisation, Daniel Auteil qui aurait pris son chèque pour jouer le rôle du dépressif et David Douillet qui aurait essayé de prouver qu’il y avait une vie après le judo et qu’il n’était pas qu’un acteur de pub télé, on aurait eu le droit à du bon gros navet à la française où même la misère humaine aurait été prétexte à rigoler.
Enfin pour conclure, comme à son habitude Ken Loach véhicule des clichés et de la rhétorique de bas étage au point d’en devenir insultant. Ici le foot serait l’opium du peuple, les rares moments de bonheur accordé à un homme dans sa vie (c’est Eric Bishop qui le dit lui-même). Le foot rassemblerait les hommes, leur donnerait une raison de vivre et au final, il n’y aurait pas tant de raisons que ça de s’inquiéter. Je rappelle à ce stade que Ken Loach est censé être un réalisateur engagé sur les thématiques sociales. Ici, on a juste l’impression qu’il a baissé les bras.
Heureusement le film est sauvé par la prestation exemplaire de Steve Evets et par mon affinité avec les difficultés au sein du milieu postalo-postal. Ces deux éléments permettent quand même au film de récolter la modique somme de 3 points.
Note : 3/10







9 commentaires:
28 mai, 2009
ahahah bien dit !
Je n'aurais pas fait mieux ;)
28 mai, 2009
pas mieux. Enfin si. T'aurais pu mettre 1/10 ... ce film est une bouse, point. Bien sur les branletteux vont encore parler de génie et tout ... mais quand un film te donne envie de dormir et te faire rire 0 fois ... le feeling prime sur l'intellect.
28 mai, 2009
eh bien moi je te trouve bien dur. En effet le rôle de Cantona est assez anecdotique (quoique fil rouge) mais c'est finalement pour servir le film et son propos. La quête de soi est touchante (ou en tout cas m'a touché moi)
28 mai, 2009
Salaud(s).
C'est un Loach mineur mais ça reste un divertissement d'excellente facture, souvent drôle et touchant. Et la mise en scène est fort correcte. Et non, cher Hiboo, zéro intellect dans tout ça, les critiques les plus enthousiastes n'ayant pas franchement disséqué le film de façon approfondie, mais juste évoqué deux heures de plaisir immédiat, surtout pour qui apprécie un tant soit peu King Eric...
En réaction, je prépare mon top 5 Ken Loach.
28 mai, 2009
Genre Rob, t'aime les divertissements maintenant ;) Pour ce qui est de la mise en scène, j'avoue que tu suscites le débat : peu de jolis plan, aucun cadrage amitieux, des angles d'attaques faciles et évidents. Je ve vois en quoi la mise en scène pour un type qui a l'expérience de Ken Loach est "fort correcte".
De toute façon, c'est bien fait, c'est pour la fois où tu n'as pas aimé le Fincher ;)
T'aurais du venir avec Violette, Rod et moi, on aurait eu un joli débat au resto après. Là on était tous les 3 d'accords, c'était pas drôle.
28 mai, 2009
28 mai, 2009
Je pense que j'aurais fini par vous balancer des sidekicks façon Canto ;)
31 mai, 2009
Ca donne bien envie d'aller le voir tiens...
01 juin, 2009
Jusqu'à la moitié du film, j'aurais trouvé de quoi te contredire. Jusqu'à la moitié du film, le portrait de ce pauvre Eric Bishop, entre cette famille recomposée et décomposée, son drame personnel, ses regrets, son idéalisme en la personne de Canto, tout ça, valait au moins un petit détour.
Et ensuite, on ne comprend pas bien... Lily reviens, l'histoire absurde de gangster, les vandales déguisés en Cantona, Cantona qui ne sert absolument plus à rien. Incompréhensible.
Un peu de gâchis ce film. Même si je ne partage pas ton avis sur la réal que je trouvais parfois intéressante, et que dans l'ensemble je ne me suis pas trop ennuyé ; je déplore en revanche en effet le récit complètement défait et incohérent. Le film est un peu à l'image des citations de Cantona en fait.
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