Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

EL GRUPO NUEVO DE OMAR RODRIGUEZ LOPEZ – Cryptomnesia

/ /

Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
8,5 /10
Ok on récapitule, ça s’appelle donc El Grupo Nuevo De Omar Rodriguez Lopez et le line-up est le suivant : Omar Rodriguez Lopez (guitariste/compositeur de The Mars Volta), Cedric Bixler-Zavala (chanteur de The Mars Volta), Juan Alderete (bassiste de The Mars Volta), Zach Hill (batteur de Hella et accessoirement l’un des 5 plus grands batteurs de rock du monde) et Jonathan Hischke (claviériste de Hella). Donc pour la faire simple The Mars Volta + Hella = El Grupo Nuevo De Omar Rodriguez Lopez. En sachant qu’il est déjà écrit sur les albums de The Mars Volta « The Mars Volta is Omar Rodriguez Lopez & Cedric Bixler-Zavala », on ne voit d’abord pas très bien où Omar Rodriguez Lopez veut en venir avec ce projet débuté en 2006 et dont « Cryptomnesia » est le premier opus d’une trilogie. En fait je crois juste que Omar Rodriguez Lopez est vraiment entrain de s’imposer comme un génie égocentrique et suractif de la musique contemporaine, une sorte de Franck Zappa incapable de canaliser ses idées et pouvant sortir trois disques par an, sans aucune démarcation entre eux.

Lorsque « Tuberculoids » démarre, l’auditeur n’est pas pris en traître et obtient exactement ce qu’on lui avait promis, c’est-à-dire du Mars Volta sous acide porté par une batterie épileptique. C’est en presque désagréable tant on arrive pas à cerner au départ les différences fondamentales qui séparent Le groupe du side-project. La déception essaye de s’introduire en soulevant des questions qu’on refoulait depuis longtemps : est-ce qu’Omar Rodriguez et Cedric Bixler Lopez ne vont pas finir par nous épuiser ? Cette voix, ces riffs, ces constructions proches du bœuf, ces coupures nettes sans aucune mise en garde… ne sont-ils pas entrain de refaire inlassablement le même film ? Voilà les tristes questions qui assaillent à l’écoute de « Half Klepto ». Finalement on se dit que les détracteurs avaient peut être raison, que comme beaucoup de musicien à l’ambition aussi disproportionnée que leurs prédispositions techniques, le duo latino-américain ne sait pas canaliser son talent et écrire de vraies chansons. The Mars Volta (désolé pour l’association mais c’est bien d’eux dont il s’agit) souffrirait-t-il au fond d’une déficience de songwriting ? La question est légitime et « Cryptomnesia » y apporte immédiatement la réponse. Et la réponse est la suivante : le songwriting d’Omar et Cedric, on s’en bat juste la race ! El Nuevo Grupo d’Omar Rodriguez arrache de bout en bout : psychédélique, bourrin, rapide et transcendant, il ne laisse finalement aucune place à la réflexion et aux questions !

« They’re coming to get you, Bar » est un instrumental monstrueux totalement math-rock rappelant les meilleures compositions d’Hella, un instrumental où guitare et batterie se livrent un duel sans merci, un affrontement sans pitié dont personne ne sortira indemne. « Punky Humans » malgré son titre et ses 2 minutes 38 au compteur n’a rien d’une chanson d’At The Drive In mais à tout du concentré d’idées Mars Voltiennes sur une durée la plus courte possible. Pourtant aussi courte soit la décharge, elle n’empêche pas le titre d’explorer une dizaine de directions différentes, qui débouchent sur « Shake is for 8th Graders » sa suite directe, un diptyque infernal utilisant des samples de voix un peu à la From Monument To Masses (malgré des sons de crissements parfois pas très agréables). Sur « Noir », Zack Hill déploie ses rythmiques incroyables dans un titre mystico tribal qui emmène l’auditeur dans les entrailles de la musique noisy. Dans sa deuxième partie : on se croirait presque chez Fantomas ; l’influence des folies de Mike Patton se faisant d’ailleurs ressentir à maintes occasions. « Paper Cunts » et « Elderly Pair Beaten With Hammer » offrent leurs beaux moments de démonstration technique, avec notamment un duo saxo / batterie aussi oppressant que brillant.

De manière assez incroyable cette fusion The Mars Volta + Hella est bien égale à la somme des talents qui la composent. En raccourcissant ses formats, en évitant les digressions interminables et en se focalisant sur un créneau quasi inoccupé (le psyché math-rock jazzy), El Nuevo Grupo d’Omar Rodriguez retrouve la ferveur punk des débuts. Un disque à la fois spontanée, technique, réfléchis et surtout ultra efficace. Si « The Bedlam in Goliath » m’avait fait fléchir la jambe gauche, « Cryptomnesia » me met juste à genoux en donnant à The Mars Volta la respiration dont leurs 3 derniers albums manquaient.

Note : 8,5/10

6 commentaires
  • Eddie Du Choix Du Même Nom
    10 juin 2009
    Bah oui on s’en bat *insérer ici ce que vous voulez* de leur songwriting tant qu’il balance des tueries noisy-crazy géniallissimes. De toute façon quand ils essayent de faire de vraies chansons avec de vraies mélodies, ça donne la moitié de « Octahedron », et… et ben personnellement je n’aime pas.

    Je file me procurer le disque, merci de l’info, il m’était passé complètement à côté !

  • Dans Mon Mange Disque
    10 juin 2009
    Olala oui heureusement que ce disque génial est sorti cette année, car la nouvelle livraison Mars Voltaienne de fin juin me déçoit beaucoup. Je n’en dis pas plus, je te laisse le découvrir en temps et en heure ;)

    François

  • SysTooL
    11 juin 2009
    Je commence vraiment à lâcher avec Rodriguez-Lopez… MARS VOLTA me saoule de plus en plus, alors s’ils commencent à créer d’autres groupes avec – comme tu l’as dit – quasiment la même formation, bof quoi…

    SysT

  • Sfar
    13 juin 2009
    ça fait assez Amputecture, vu que ce fut écrit juste après.
    Concernant le nouvel album de The Mars Volta il y a d’excellents morceaux le seul problème c’est que cela manque de souffle sur l’ensemble de l’album.

    Quel excellent boulot de vrai chroniqueur, je découvre ce site !
    bravo.

Participez


Aucune note sélectionnée