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Certains artistes sont-ils condamnés à rester bloqués dans une zone temporelle définie, une zone temporelle qui s’appellerait les années 90 ? Comme si une musique pouvait être juste « inadaptée » à une époque. Contrairement à ce que doivent penser bien des gens qui ne connaissent que Marilyn Manson à travers les frasques et les accusations qui faisaient, à l’époque, le bonheur des médias américains, l’ex protégé de Trent Reznor a été (est) de ses artistes qui comptent. Ici la question n’est pas tellement de savoir si « The High End of Low » est un mauvais album (il ne l’est clairement pas), mais plus de comprendre pourquoi le jeu est fini, pourquoi l’on y croit plus. Et non je n’aurais pas de réponse à cette question !

Après 3 grands albums (« Antichrist Superstar », « Mechanical Animals » et « Holy Wood (In the Shadow of the Valley of Death) », Marilyn Manson a fait tout ce qu’il ne fallait pas faire en terme de gestion de carrière : en 2003, l’abum sur-produit qui tombe dans l’auto-parodie (« The Golden Age of Grotesque »), puis en 2007 l’album de la réorientation qui ne mène nulle part (« Eat Me, Drink Me »), le tout ponctué d’un best-of inutile.

Aujourd’hui « The High End of Low » marque le fameux « retour aux sources » : moins facile et markété que « The Golden Age of Grotesque », retrouvant la personnalité perdue sur « Eat Me, Drink Me », l’opus est clairement une excellente surprise. Car oui la majorité des titres évite les écueils propres au « retour aux sources », ces écueils dans lesquels tous les groupes aiment se vautrer. « Devour » introduit le disque dignement en signifiant clairement au monde le retour de Twiggy Ramirez dans le groupe. « Pretty as a ($) » affirme le retour des grosses guitares et de la voix grave/nasillarde si particulière de Brian Warner. « Leave a scar » est plutôt funky en mode « Mechanical Animals ». « Four Rusted Horses » avec sa guitare bluesy et son dark beat est un titre très réussi, curieux et novateur. « Arma-Goddamn-Motherfuckin-Geddon » est un single qui synthétise bien tous l’univers Marylin Manson : des rythmiques martiales, une ambiance glam malsaine et des riffs heavy et dissonants. « Blank & White » sans être très original est un des titres les plus dynamiques de l’album.

A ce stade, « The High End of Low » convainc. Malheureusement, à la septième piste c’est le drame : « Running To The Edge Of The World » est une ballades écoeurante dénuée de songwriting où Brian Wagner tombe bien bas. Ce qui aurait pu rester le « seul » mauvais titre de l’album casse toute la dynamique, et remet en cause presque l’intégralité du disque. Il fait douter de l’intégrité, de la démarche, et l’on en finit par se demander si tout ça n’est pas simplement un dernier volte-face du révérend. En fait le cas Marilyn Manson reste passionnant à étudier. Marketeur de génie, Brian Wagner n’en reste pas moins subversif. Dans le clip de « Arma-Goddamn-Motherfuckin-Geddon », il s’auto-parodie volontairement en mettant en scène des images inspirées de l’esthétique Antichrist Superstar mais en remplaçant le logo électrique par des dollars, prouvant combien la thématique de l’instrumentalisation de son succès est toujours au cœur de sa démarche artistique. A la lisière du divertissement et de l’art, le personnage reste insaisissable.

La deuxième partie de l’album est encore plus réussie que la première. « I Want To Kill You Like They Do In The Movies » dure plus de neuf minutes et propose une sorte de post indus rock hypnotisant, le genre de titre à la hauteur de Nine Inch Nails. « Wow » et ses sonorités électroniques confirme effectivement que l’affiliation avec Trent Reznor est toujours d’actualité, il y a presque un côté « Closer » ici. « Wight Spider » et « We’re from America » sont d’excellents morceaux métal énergiques. « I have to look up just to see Hell » fait monter une pression Korniene et l’album se termine sur « 15 », un titre electro-pop-indus intrigant qui prouve, si besoin était encore nécessaire, que la créativité n’a pas quitté le groupe américain.

Avec cette quantité de bons titres et cette cohérence qui n’est entachée que par « Running To The Edge Of The World », « The High End of Low » possède la parure d’un grand disque. Et pourtant (et je reviens ici à ma première question : pourquoi l’on y croit plus ?), il manque indéniablement quelque chose à ce nouvel opus, quelque chose que je ne saurais expliquer mais qui ne permet pas de le mettre au niveau de l’âge d’or de Marilyn. Je ne sais pas… En fait je crois que « The High End of Low » souffre d’un déficit d’âme, il est trop prévisible dans ses réussites, dans ses expérimentations, dans sa variété. Peut être est-ce moi qui ai vieilli ou peut être que les années 90 sont belles et bien révolues, qu’il est trop anachronique de s’extasier devant cet esprit qui indirectement renvoie au néo métal. Je ne sais pas… Enfin bon, ne tergiversons pas trop : dans les grandes lignes, il s’agit d’un très bon album de métal. C’est juste qu’il ne me prend pas suffisamment à la gorge pour marquer mon année.

Néanmoins, je trouve dommage que cette sortie passe complètement inaperçue dans la presse spécialisée. Comme d’habitude, les médias musicaux classiques ne s’abaisseront pas à chroniquer ce disque, comme si Marilyn Manson (et ce type de métal en général) n’était pas suffisamment de bon goût pour recouvrir les pages de leurs magazines. Pourtant à bien des égards « The High End of Low » n’offrira jamais l’occasion d’ouvrir les vannes du cynisme et du mauvais esprit, mais sera plutôt l’occasion de prouver que Marilyn Manson possède toujours une vraie crédibilité (indépendamment du fait que le disque n’arrive pas à me toucher comme il le devrait).

Voilà il n’est peut être pas très avenant de trouver plus de talent à Marilyn qu’à beaucoup de folkeux en herbe encensés par les Inrocks, mais bon je suis sur mon blog et je n’ai rien à cacher. D’ailleurs je vous le dis d’ores et déjà, j’attends beaucoup du nouveau Korn ;)

Note : 6,5/10