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PUBLIC ENEMIES de Michael Mann [3/10]

Policier américain / 2009. C’est toujours un peu le même problème avec ce genre de film estampillé « tiré d’une histoire vraie ». Dès que vous les attaquez sur les faiblesses de leur scénario, on vous rétorque, « Oui, mais tu comprends le réalisateur a voulu rester fidèle à l’histoire ». Bullshit, on ne réalise pas des films comme « Public Enemies » pour en faire des manuels scolaires, pour compter la vie d’un homme en n’entachant en rien la réalité et en ne cessant de prendre des gants avec la personnalité des personnages. Michael Mann nous avait promis un duel au sommet entre Johnny Depp et Christian Bale, quelque chose qu’on ne pouvait imaginer autrement que comme une version rajeunie du moment de cinéma entre De Niro et Al Pacino dans « Heat ». Au lieu de ça, il nous sert un biopic sans âme où les acteurs ne sont que des pantins noyés dans un film dont ils ont l’air d’être les premières victimes.

Le scénario est creux, vu et revu, dénué de la moindre prise de risque. Michael Mann place « Public Enemies » sur des rails et ne fait que s’assurer de temps à autres que le film n’a pas changé de trajectoire. Les dialogues sont inexistants, et l’émotion est loin de passer par le silence. Qui a envie d’entendre Johnny Depp demander à une Marion Cotillard nue dans son bain, si cette dernière souhaite qu’il la rejoigne avec son gros calibre ? Un peu de sérieux tout de même ! Même Fred Copula écrit de bien meilleures répliques ! Ainsi les acteurs ont l’air de s’ennuyer autant que les spectateurs. Eux aussi, enchaînent les casses de banque, les passages en prison et les fusillades avec l’inévitable monotonie de ceux qui savent qui sont condamner à aller jusqu’au bout du film. Christian Bale fait ici l’acteur secondaire totalement sous exploité tandis que Johnny Depp est inexpressif comme pour donner une aura à un personnage qui n’en a aucune. Michael Mann dira sûrement qu’il a voulu montrer la face sombre de l’acteur, mais combien l’on fait avant lui avec tellement plus de talents (Jim Jarmush / Tim Burton) ?

Malgré l’apathie qui envahit le spectateur, Michael Mann sauve évidemment son film du désastre via une réalisation qui, comme toujours chez lui, prend les rênes. C’est simple, réaliser un joli plan a toujours l’air plus important que de donner du corps à un personnage. Ainsi visuellement parlant ce « Public Enemies » est un pur régal. On sent les longues heures de réflexions derrière chaque image, et on savoure en vrac : la scène de l’extradition avec sa colorimétrie si particulière, les guns fight filmés en DV, Johnny Depp marchant seul dans le commissariat, contemplant les photos de ses collègues décédés, et puis surtout la séquence dans le cinéma où la légende hollywoodienne crée un inévitable parallèle avec la réalité, via une jolie mise en abyme.

Mais surtout, et c’est peut être la seule chose à retenir de « Public Enemies », les morts des personnages sont sublimées, c’est le seul moment où on entrevoie leur regard, c’est le seul sujet que John Dillinger et Melvin Purvis aborderont lorsqu’ils se croiseront furtivement quelques secondes. Avant leur mort, les personnages ne sont que des marionnettes anonymes qui courent partout le fusil à la main : la mort leur donne la vie et leur confère une identité, une place dans le film.

Dommage que la caméra ne serve pas aussi de machine à écrire… Car sorti de ça le film enchaîne les faux pas, les moments de non émotion, les cassures de rythmes liées à une utilisation accrue de la DV qui rend fade les autres passages (comme la rencontre John Dillinger / Billie Frechette). A la fin, lorsqu’on apprend lors de l’épilogue textuel que Melvin Purvis finira par se suicider, on n’est presque étonné de ne pas l’avoir deviné nous même tant le personnage a été bien développé dans le film (sic).

Donc maintenant ça suffit, il faut arrêter de se mentir. Ok Michael Mann est un technicien hors-pair, ok « Heat » a donné un sacré coup de jeune aux duels flics vs bandits, mais à part ça, hein ? « Le Sixième Sens » n’a pas très bien vieilli, « Révélations » peine à s’imposer comme un thriller économique, « Ali » n’est rien de plus qu’un un honnête biopic calibré cérémonie des oscars, « Collateral » est plombé par un dénouement ridicule et tellement prévisible et « Miami Vice » est une grosse bouse américaine qui comme ce « Public Enemies » n’est sauvée que pas sa réalisation à l’avenant.

Au jeu du « je mise tout sur l’esthétique visuelle » je préfère cent fois le dernier David Fincher. Michael Mann n’est pas des réalisateurs qui comptent, il serait temps de l’officialiser.

Note : 3/10

21 commentaires:

  Rob Gordon

14 juillet, 2009

Pour résumer, on est d'accord, sauf que je me suis un tout petit peu moins emmerdé que toi.
Même certains gros fans de Mann commencent à déchanter, c'est dire.

  Marien

15 juillet, 2009

'sixième sens' > michael mann ?...

  Benjamin F

15 juillet, 2009

Tu confonds "Sixième sens" de Night Shyamalan et "Le sixième sens" de Michael Mann (version originelle de "Dragon Rouge" et préquel du "Silence des Agneaux")

  Cécile

15 juillet, 2009

Le truc avec Mann c'est que je retiens surtout The Insider et Le Sixième Sens c'est à dire des films qui datent un peu...

  Marien

15 juillet, 2009

aaaaah, 'LE' sixième sens... donc pas celui de m nyaïn shïalamalaïne ;)

  Anonyme

15 juillet, 2009

il serait "temps" plutôt non?
relachement orthographique ces derniers temps j'ai remarqué

  Benjamin F

16 juillet, 2009

Un relâchement du temps plus spécifiquement... En revanche je crois que les coquilles d'orthographes sont présentes depuis l'ouverture du blog ;)

  Anonyme

16 juillet, 2009

Moi je trouve ça particulièrement bien écrit et agréable à lire, rien à voir avec l'article incompréhensible des Cahiers sur le même film. Bravo !

  Benjamin F

16 juillet, 2009

Ah ce dernier com me fait plaisir ! C'est la critique des Cahiers du Cinéma qui m'a donné envie d'attaquer si sévèrement Michael Mann ;) Je suis donc flatté par ta remarque anonyme.

  dr frankNfurter

16 juillet, 2009

je sais pas si c'est mon cœur de midinette qui parle, mais j'aime bcp "le dernier des Mohicans"(enfin j'aimais ça fait très longtemps que je ne l'ai eu l'occasion de le revoir, peut-être qu'aujourd'hui je changerais d'avis... tout comme "The insider" que je trouvais efficace en dehors de qq grosses ficelles)

Pour "le sixième sens", moi je dis "Manhunter" sans autre explication, histoire de confirmer mon pseudo snobisme lol

Sinon effectivement, sans aller jusqu'à une telle charge, ça fait une paire d'années que chez Mann la forme a totalement phagocyté le fond, "Miami Vice" étant le plus bel exemple selon moi... bel objet mais alors creux... une vacuité abyssale.

Pour finir, de toute façon, rien que de savoir qu'il y a cette baudruche charismatico-anémiée de C. Bale (oui je l'aime bcp...) et J. Depp qui a perdu pas mal de plumes depuis qq années, ça calme déjà mes envies d'aller voir ce truc. J'irai même jusqu'à dire que finalement, le casting chez Mann suit la même pente descendante que sa mise en scène, un peu (beaucoup?) de poudre au yeux pour faire illusion et rameuter le gogo moyen et à part ça?

  Voisin Blogueur

19 juillet, 2009

Assez décevant oui...La réalisation ne fait pas tout. Cette love story à coups de "Bye bye Blackbird" : god!!! Pas que du mauvais dans ce film néanmoins...

  Julien Lafond-Laumond

21 juillet, 2009

Non seulement je suis surpris d'un avis si marqué (même si je le comprends) mais je suis encore plus surpris que ton papier ne fasse pas polémique.
Je pense que c'est un peu le but, mais une phrase comme "Michael Mann n’est pas des réalisateurs qui comptent, il serait temps de l’officialiser" me donnent envie de me défenestrer, haha. Théoriquement, c'est un des réalisateurs les plus passionants des années 2000, avec entre autres Shyamalan justement. Deux réalisateurs qui ont complètement laisser tomber leur potentiel oscarisable pour se concentrer sur la singularité de leur cinéma.
Le conventionnel du scénario, le caractère absent des personnages, c'est à mon sens un choix artistique plus qu'un raté d'amateur, cf le très subtil Miami Vice.

  Benjamin F

21 juillet, 2009

Julien, il va falloir que tu développes sur le "le très subtil Miami Vice" !!! Tu parles de la réalisation. Rien n'est subtil chez Mann, souviens toi de la fin de Collateral !

Après c'est possible que je sois complètement passé à côté du concept conceptualisant du film mais, en tout honnêteté, ce Public Enemies m'a vraiment laissé froid.

On en reparle ;)

A+ Ju

  Julien Lafond-Laumond

21 juillet, 2009

Difficile d'expliquer cette subtilité sans tomber dans le trip du post-modernisme et du métafilm digne des cahiers ou de chronicart...

Je continue la comparaison avec Shyamalan car ça me semble important. Lui et Mann ont prouvé plus d'une fois qu'ils savaient faire du cinéma efficace, du cinéma "incarné". Heat, signes, ce sont des grosses performances narratives tout de même.
Je pense que ces deux-là ont suffisamment prouvé pour qu'on prenne leur cinéma d'aujourd'hui très au sérieux. Car ce qu'on leur reproche – le vide narratif chez Mann et la série Z naive chez Shyamalan – ne me semble pas être une faiblesse, un manque de talent, mais bel et bien un authentique choix artistique.
Après, on adhère ou pas. Je sais que chez Mann, rien ne me plaît plus que ses derniers films, qui ne sont volontairement pas oscarisables. Miami Vice, le scénario le plus basique de la terre, le héros à la coupe la plus nulle, c'est délibéré. On sait bien sûr qu'il est capable d'écrire quelque chose de plus fouillé qu'une épisode de la série originale, qu'il est capable de vraiment s'intéresser à ce qu'il fait ("révélations"). Mais voilà, Miami Vice est une table de laboratoire : on y pose un scénario de lycéen, une caméra de haute-volée et on voit ce que ça donne. Moi ça m'émeut aux larmes, parce que je me prends une claque esthétique en même temps que je comprends pourquoi ces stéréotypes scénaristiques existent : ils touchent effectivement des points sensibles, des mythes.

Cela étant, il n'y a pas que ça dans Miami Vice, ce choix de la distanciation apporte également des choses plus philosophiques voire politiques. Mann est un des premiers à filmer la globalisation. Tout chez lui n'est que réseau, observation d'une fourmilière contemporaine. Pas de prise en compte de la subjectivité, oui, mais ce n'est pas anodin !

  dr frankNfurter

22 juillet, 2009

personnellement mettre Mann dans le même sac que Shyamalan, je suis pas certain que ça sert finalement le cinéaste de "Heat"... au contraire, on voudrait être vache, on ferait pas mieux XD
Faut dire que Shyamalan...
Enfin tout est possible, moi qui n'avait que mépris pour l'ensemble de l'œuvre de Fincher a aimé son dernier, donc bon... même les cas les plus désespérés... enfin merde, "Signs " quand même... burps...

  Benjamin F

22 juillet, 2009

Merci Ju pour ton développement super intéressant.

Je veux bien admettre que tout chez Mann ne soit plus que choix libérés m'étant en exergue une sur-stylisation visuele qui peut se passer d'un scénario et de toute psychologie chez ses personnages. Ok la démarche artistique est dans ce cas intéressante, mais en terme d'émotions ressenties, on ne peut pas me reprocher de trouver ça d'une froideur extrême.

Sur quoi débouche le positionnement de Mann : du cinéma pop-corn esthétisant (esthétique à côté de laquelle passe d'ailleurs la majorité des spectateurs) ? C'est comme dans l'art contemporain, parfois le concept finit par prendre le pas sur le sens.

Maintenant si ça te touche, c'est que Mann a réussi un sacré tour de force : faire du cinéma porté par la seule force de la caméra.

Pourtant je suis hyper sensible à la technique mais là c'est comme un album de Satriani, la technique n'est plus au service de l'oeuvre, elle n'est au service que de la technique et là on tourne fichtrement en rond.

Maintenant, j'essaierai de rematter "Miami Vice" en me focalisant sur ce que tu viens de dire ;)

Sinon cher Dr Franknfurter, j'espère que le dernier Fincher, t'as donné envie de revoir les précédents et d'y apporter un regard neuf, parce que "Fight Club" ou "Zodiac" ce sont quand même de sacrées monuments ;)

  raphaelB

22 juillet, 2009

Deuxième critique avec laquelle je tombe d'accord, allez hop dans mes rss. Je préparais un papier pour l'ouvreuse, je mettais 3/10 aussi...

Sauf que miami vice, quand même, c'est excellent :)

  pomme

25 juillet, 2009

j'ai adoré ce film contrairement à tout le monde visiblement ici
j'ai trouvé le film classique et moderne à la fois et les personnages secondaires plus développés qu'il n'y parait!
Mon père fan d'Eastwood et de Verhoeven(période hollandaise)a beaucoup aimé le personnage du flic "un puritain tourmenté" et l'acteur (qui avait l'air de sortir tout droit d'un vieux polar selon lui) l'a beaucoup amusé avec son accent du sud(on l'a vu en VOST)
Franchement c'est nettement mieux que le clinquant et vide Miami Vice(avec un Colin Farrel très pouilleux)ou l'académique Ali sauvé par Will Smith mais pas encore "Heat" car ici nous avons 2 bons acteurs à la mode alors que sur "Heat",nous avions 2 légendes pas encore fanées!
Si vous aimez le James Gray ou le "zodiac" de Fincher ,ce film est pour vous!

  V

29 juillet, 2009

Je viens de voir le film ce soir à Bangkok…
J'aime beaucoup M.Mann… je n'ai vu aucun film (même à la télé) depuis six mois… je pensais donc passer un savoureux momment… surtout aprés avoir lu les critiques sur l'esthétique du film. Ce ni qui n'est pas surprenant venant de M.Mann.
Bien que n'ayant pas compris la plupart des dialogues en anglais, je n'ai pas eu l'impression de rater quoi que ce soit…
Le film comporte deux faux raccords, dont un tellement énorme que j'en conclue qu'il y a un parti pris derrière.
Visuellement, je dois dire que je suis passé à coté de cette soit disant "nouvelle esthéthique" et j'en ai été surpris. J'aurais peut être du m'installer au fond de la salle du multiplex…
Pas du tout convaincu par le choix des acteurs. Depp a toujours l'air d'être dans un film de Tim Burton et rien ne laisse penser que Bale finira par se suicider et d'ailleurs on s'en fout un peu…
Les larmes de Cotillard sont tout aussi ridicules que ce "bye bye Black Bird" qui sonne faux et tente en toute fin de nous faire croire que le film fut émouvant.
J'en suis resté à Miami Vice, une vraie merveille visuelle avec en toile de fond la globalisation. L'histoire est creuse, mais ce n'est pas le propos du film, c'est un film ethnologique et sociologique, même ci je ne comprends pas très bien ce que je veux dire par là. Hélas, la critique et beaucoup de gens sont passés à côté du film en raison des préjugés habituels.
Collatéral et The Insider sont de bons films.
Heat, le renouveau d'un genre et un grand classique.
Le Dernier des Mohicans, un film de divertissement trés lyrique, et qui m'avait beaucoup plu, et je n'ai appris que plusieurs années aprés qu'il été signé Mann.
Ali, pas vu et pas envie.
Et Manhunter! Le film culte pour les cinéphiles fans de Mann… un film qui a extrêmement mal vieilli, presque un véritable navet.
J'ai vu deux fois Miami Vice coup sur coup et le reverrai une troisième fois avec délectation. Les cadrages et le montage du film sont fantastiques. A mon deuxième visionnage, c'est à dire le lendemain, en regardant la beauté de chaque plan, dont certain durent moins d'une seconde, je me disais que M.Ciminino en aurait tiré un mauvais film de 9 heures si on en lui en avait confié les rush. Je me rappelle notamment le plan de la nuque d'un homme, plan très furtif, mais très efficace pour nous faire ressentir la virilité brute de cette homme. Aussi, ce moment ou le convoie de 4X4 aux vitres tintées traverse une rue ou les enfants d'un quartier défavorisé joue avec les emballages en pollyestirène blanc qui inondent la rue, comme des nuages de coke. Ces images précaires sont vu seulement au travers des écrans de contrôles placés à l'intérieur du 4x4 du ponte de la mafia. Et bien sûr tout les plans de crépuscules, de ciels, de sensualité, d'actions… Rien que le rapide coup de caméra de haut en bas sur le speed boat est remarquable.

  Boebis

07 septembre, 2009

Jolie critique. Par contre, je le mets dans le meme sac que Fincher. Des réalisateurs plein d'idées visuelles mais incapables de faire de vrais bons films avec des personnages et de l'émotion. C'est brillant, mais scolaire et prévisible jusque dans les petites audaces. UN peu comme le dernier Tarentino d'ailleurs...

  laternamagika

07 septembre, 2009

Je me suis refait toute la filmo de Michael Mann et j'ai parlé de chacun de ses films en détail cet été. Pas du tout d'accord avec ton analyse même si, il y a justement quelques semaines, j'aurais approuvé tes commentaires a propos de Collateral, Miami Vice et le Sixième sens. Mais il y a je crois une vraie cohérence dans tous ses films. AU final, Public Enemies me laisse maintenant un peu plus sceptique par rapport à quand je suis sortit de la salle. Il me semble aujourd'hui le moins bon des films de Mann, mais ca reste un excellent film à mes yeux.

Je suis encore moins d'accord avec le commentaire précédent. Le cinéma de Michael Mann est vraiment chargé d'émotion, la psychologie de ses personnages est très finement affuté... Rien de scolaire dans le style etc. Je ne dirais pas ca de 9/10 du reste de la production hollywoodienne...

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