Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

CLARK – Totems Flare

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (2 votes)
8 /10
9 /10

Les artistes phares de la scène électronique contemporaine ont souvent trouvé refuge sur le label Warp. Terre d’exile pour les esprits malsains dont le cerveau fourmille d’idées et de blips, le label anglais, qui a abrité Aphex Twin, Boards Of Canada, Autechre, Plaid, Squarepusher, Broadcast, a toujours été pour moi une référence absolue sur la manière dont un label pouvait devenir une marque de fabrique et de qualité.

Malheureusement depuis quelques temps, la donne a légèrement changé. Richard D James semble toujours perdu dans des sphères atmosphérique, Autechre est de plus en plus inaccessible et Squarepusher semble obnubilé par l’idée de faire de la techno-jazz-bass un style de musique à part entière. Du coup, d’autres groupes, bien éloignés des territoires électroniques, ont depuis rejoint les forces anglaises et consolidé les rangs, des troupes d’élites composés entre autres de Maximo Park, de Battles, de Gravenhurst… mais aussi évidemment des grands Grizzly Bear.

En 2006 « Body Riddle » de Clark fut mon album Warp de l’année (car oui, tout comme, chacun a besoin de déterminer son meilleur album de l’année, il faut bien aussi annuellement décider de son meilleur Warp), cependant « Veckatimest » oblige, l’exploit ne sera par réitéré cette année. Pourtant « Totems Flare » n’en est pas moins un des meilleur opus électronique de l’année. Certes, il est caractéristique d’un style de musique qui ne sait plus trop vers où évoluer : anachronique, donnant l’impression d’être un disque du début des années 2000 (un comble pour une musique si futuriste), à la limite du manque de d’inspiration et de l’absence de renouvellement, il serait finalement assez facile de s’en prendre à Clark.

Mais voilà, je vois dans « Outside Plume » un titre dancefloor bien plus ambitieux que les derniers Prodigy et Birdy Nam Nam (enfin je parle plus d’IDM). La montée en puissance a beau mettre du temps à se mettre en place, les beats ne tardent pas à s’immiscer dans la tête et à interagir avec chaque neurone ; l’âge d’or d’AFX n’est pas loin. Cependant « Growls Garden » casse cette puissante dynamique. La voix robotique ralentit la rythmique et pourrait presque sembler ridicule, néanmoins elle rappelle les grandes heures de l’electro dark voir de l’EBM, on se croirait presque dans un mix entre Front 242 et Skinny Puppy ; un titre étonnement obscure en ce début de disque qui en plus se permet de jouer la carte de la coupure net en plein milieu. Étrange mais passionnant !

« Rainbow Voodoo » déroute complètement lors des premières écoutes mais n’en devient pas pour le moins ultra additif. La fin a beau rappeler les pires égarements de Squarepusher, l’auditeur reste quand même plus qu’intrigué par cette étrange puzzle. « Look Into The Heart Now » fait dans le plus pur Clark et assure à « Totems Flare » les repères dont il avait besoin.

« Luxman Furs » est une digression électronique martiale et angoissante, mais qui est trop vintage (l’effet Fruity Loops) et donc légèrement dispensable. Au contraire « Totem Crackerjack » fait remonter la pression, ça blaste vite et ce en toute discrétion, les boucles sont infernales, le rythme cardiaque s’emballe et lorsque l’on croit que ça s’arrête enfin, ça recommence de plus belle. « Future Daniel » est l’enchaînement parfait, de la pure Intelligent Dance Music réalisée dans les règles de l’art. Après un court interlude, « Talis » se rapproche à nouveau de l’electro-indus pour un titre difficile, qui n’a pas pas peur des changements de styles. Après une dernière salve (« Suns Of Temper »), « Totem Flare » se termine comme il se doit sur de l’electronica ambiant avec « Absence ».

Clairement ce dernier Clark est souvent décousu, comme un labyrinthe qui aurait été construit au fur et à mesure sans aucune conception préalable. Du coup on se perd souvent dans « Totems Flare ». On est surpris et déstabilisé, on se dit que tout cela manque de retenu, de sens, de cohésion et pourtant, quand par miracle, on trouve la sortie du labyrinthe, une seule idée nous traverse l’esprit : y retourner.

Note : 8/10

8 commentaires
  • Thibault F.
    3 août 2009
    Tiens, je connaissais pas du tout. Cependant, je suis pas très amateur de musique électronique et la description que tu en fais me donne l’idée que le tout est difficilement accessible … ?

  • JS
    3 août 2009
    Ça fait longtemps que je ne considère plus Warp comme un gage de qualité (j’aurais jamais cru dire ça un jour), mais je vais m’empresser d’écouter, tes références à l’EBM et Front 242 m’ayant donné envie de savoir à quoi ça ressemble. :)

  • Julien Lafond-Laumond
    3 août 2009
    Si ça t’intéresse JS t’as aussi le Tim Exile sorti en tout début d’année aussi chez Warp. Il fait uniquement son blé là-dessus, l’IDM-EBM bien dark.

    Sinon pour Clark, chronique à venir dans les prochains jours sur Goute Mes Disques !

  • JS
    3 août 2009
    J’avais pas du tout aimé le Tim Exile (présenté dans la bio comme un croisement entre Depeche Mode et Aphex Twin, pour un résultat plus que moyen). Là je viens d’écouter le Clark et je confirme, c’est une vrai bombe ce truc. J’adore. :)

  • Nathan
    3 août 2009
    Album impressionnant.
    « Rainbow Voodoo » est mon tube de l’été.
    Aux premières écoutes ce disque semble décousu, mais pus on avance, plus une cohérence nait.
    Clark il fait danser les synapses.

  • Benoit
    3 août 2009
    Je suis pas trop client, je trouve ça assez « épais » pour ne pas dire « lourd » au bout du compte, même si je reconnais que sur deux ou trois titres ça passe bien, mais sur la longueur, ça me fatigue un peu. Dans le genre on aurait pu citer Plaid aussi… en plus aérien.

  • Gëist
    20 août 2009
    Dense. Très (trop?) dense même, une écoute ne suffit clairement pas à donner un avis définitif.

    Les sonorités sont intéressantes, mais elles me font un peu trop penser à Aphex Twin (surtout sur Totem Crackerjack qui aurait pu figurer sur Drukqs, avec son passage final au piano)

    Malgré tout il mérite vraiment qu’on se penche dessus.

  • Pierric Note
    7 juillet 2011
    9 /10
    Tres bon album !  » Growls Garden  » est tout simplement geniale !

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