Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

INGLOURIOUS BASTERDS de Quentin Tarantino

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (2 votes)
4 /10
8,5 /10

Bien que peu de personnes semblent s’en offusquer (à part peut-être Benjamin Rozovas), « Inglourious Basterds » marque la fin du règne de Quentin Tarantino dans le traitement de la pop-culture comme forme d’art absolu. Au travers de ses six premiers films, le réalisateur avait toujours réussi à se situer juste en dessous de la limite qui sépare un film ultra référencée mais à l’identité propre du pastiche de série b de mauvais goût. Aujourd’hui cette ligne semble clairement être franchie. Quentin Tarantino était jusque là un cas d’école, il était quasiment le seul réalisateur au monde à concevoir des films artistiquement parfaits (que ce soit en terme de réalisation, de structures narratives et de rendu visuel), tout en conservant comme objectif ultime le plaisir du spectateur, la jouissance immédiate. Le réalisateur américain ne prenait jamais le public de haut sans pour autant minimiser sa capacité à interpréter ses films, il réalisait des films pour nous, pour lui et pour la postérité. Il ne faut pas sous estimer la difficulté à réaliser un chef d’œuvre qui soit aussi un divertissement, l’alchimie parfaite qu’il faut entre deux univers que tout oppose. Par exemple, « Un prophète » de Jacques Audiard (l’autre film « important » du mois d’Août) nie clairement la notion de divertissement pour arriver à ses fins ; le film a beau être exceptionnel, il ne se place que du côté de l’œuvre.

« Inglourious Basterds » laisse perplexe. On a dit que pour la première fois, Quentin Tarantino a réalisé un film qui lui est propre, qui n’est ni un hommage ni une succession de références, et qu’en ça, il s’agit de son premier vrai film. Cette analyse me semble peu pertinente, et si elle l’était, elle indiquerait juste que depuis « Reservoir Dogs » nous avons été dupés. La principale caractéristique du film est qu’il est nombriliste. Le metteur en scène, dont le nom était devenu un adjectif synonyme de jouissif, puissant et énorme, a réalisé un long métrage qui est tout sauf tarantinesque. On le voit s’amuser avec ses acteurs, se lancer dans des dialogues vaudevillesques, rigoler des accents de ses personnages, et assouvir comme il se doit son fétichisme pour les pieds, mais à aucun moment on ne le sent ambitieux, nerveux, à la recherche de l’équilibre parfait.

A bien des niveaux, « Inglourious Basterds » ne répond pas à la promesse vendue. La seconde guerre mondiale ressemble ici à une scène de théâtre de boulevard, et aucun des acteurs interprétants des personnages historiques ne sont à la hauteur de leur modèle. On s’attendait à une boucherie, à la « Une nuit en enfer » avec des Nazis, à une dose extrême d’adrénaline, à un « Full Metal Jacket » qui se serait clos sur un duel violent Brad Pitt / Hitler. Au lieu de ça, on se retrouve avec un scénario étonnamment banal où il est question d’un énième attentat contre l’état major allemand, avec des agents infiltrés, déguisés, essayant de masquer leurs langues natales. On y trouve des scènes un peu lourdingues comme le rendez-vous dans le bar avec Diane Kruger, des scènes où les dialogues, spécialités du maître, tombent à plat. En fait toute les scènes avec Mélanie Laurent et cette histoire de cinéma viennent amputer le film de son fun. Dans la cinquième partie, on se croirait presque dans un mauvais Steven Soderbergh (« Ocean’s Twelve » au choix). Les personnages des Basterds sont sous développés / exploités et à peine présentés. Le casting est pour la première fois excessivement décevant avec des seconds rôles fades et des nazis en carton pâte. Seul Christoph Waltz tire son épingle du jeu livrant un personnage fantasque aux répliques excellentes.

Alors certes, le film ne manque évidemment pas de virtuosité technique et on frissonne lorsque que le film de Shosanna est projeté sur la fumée émanant de la salle en flamme, et oui la manière dont Quentin Tarantino joue avec l’Histoire est succulente. Mais on aurait définitivement souhaité que la « vengeance juive » s’exprime autrement que par cette métaphore autour de ce cinéma transformé en four.

Ainsi on finit par ne voir dans « Inglourious Basterds » qu’une version haut de gamme et plus violente de « La grande vadrouille », une farce qui fait parfois sourire, mais qui reste le plus souvent grossière voir ennuyeuse. Quentin Tarantino devait revisiter la seconde guerre mondiale… il n’arrive même pas à revisiter son propre univers. Un septième film qui met un terme à une filmographie jusque là sans faille et qui me rappelle combien il est attristant d’être abandonné par l’un de ses réalisateurs phares.

Note : 4/10

21 commentaires
  • Cécile
    4 septembre 2009
    Je vais peut être te surprendre mais je n’ai vu qu’un film de Tarantino que je n’ai pas du tout aimé c’est Pulp Fiction. Du coup j’ai un sacré retard sur la situation, mais justement Inglorious Basterds m’a l’air d’être un de ces films les plus accessibles depuis ces dernières années. J’ai décidé d’aller le voir pour ne pas mourrir idiote sans avoir été voir autre chose que Pulp Fiction. Je te donnerai mon avis une fois que je l’aurai vu.

  • Anonymous
    4 septembre 2009
    Mais non c’est film magique, un patchwork intégral de 50 ans de cinéma, de Chaplin à Johnnie To !

  • Absolument !
    4 septembre 2009
    En suis en partie d’accord avec ton analyse, de toute manière très déçu même si au final ça reste quand même un bon film (si j’avais dû le noter j’aurias mis 6 ou 7). En revanche je ne te suis pas pour la scène du RV dans le bar qui est (bien que longue) ma préférée du film.

    Le fait est qu’il est difficiel de ne pas être déçu quant on est comme moi archi-fan de QT…

  • Louis
    4 septembre 2009
    Ah enfin ! Dans ce monde de critiques qui s’extasient sur le talent de Tarantino comme si dire du mal de lui impliquait de passer pour un con, ça fait du bien de lire une critique qui parle de la bouffonerie qu’est Inglourious Basterds. J’aime bien cette notion de limite entre le patckwork réussi, et le pastiche raté, c’est tout à fait ça.

  • Jérôme
    4 septembre 2009
    L’exigence envers ceux que l’on aime conduit à une sévérité parfois déméritée.
    Les scènes sont certes inégales, le maître n’a pas répondu aux attentes ; peut-être que ce film est un tournant pour Tarentino, voudrait-il passer à autre chose ? (mais quoi !)

  • Benjamin F
    4 septembre 2009
    En fait je crois que j’ai été « gêné » par tout ce côté américains et anglais déguisés en allemand qui se font démasquer à cause de leur accent, de leurs gestes. Cela m’a rappelé trop de films de guerre, et cela rend le tout un peu prévisible. Quand Brad Pitt parle en Italien, j’ai eu l’impression de le voir entrain de se faire prendre dans un Ocean’s…

  • Valoche
    4 septembre 2009
    Bon j’ai pas lu la critique (parce que je veux quand même aller le voir) mais ce 4/10 me donne presque envie d’y aller.

    Parce que selon moi Tarentino est tout simplement le cinéaste le plus surestimé de sa génération. Un petit polar sympa, un petit polar brillant.

    Ensuite, ensuite j’aimerai vraiment savoir qui aurait aimé la suite sans savoir que c’était le maiiiiiitre Tarantino.
    Qui est un génie c’est sûr: celui de la com et de sa mise en scène.

    Quant à boulevard de la mort, c’est un des films que j’ai le plus détesté et c’est très très très rare que je déteste un film. Avec le sentiment très fort qu’on se foutait de ma gueule…

  • Erwan
    4 septembre 2009
    C’est pas plutôt avec Boulevard de la Mort qu’il a franchi la limite? Ce film était indigne de Tarantino.
    J’ai plutôt aimé celui-ci, notamment la magistrale scène d’ouverture très « sergioleonienne ». C’est pas du grand Tarantino mais 4/10 c’est peut-être un peu sévère.

  • Alexis F
    4 septembre 2009
    à noter quand même la première scène du film qui est quand même exceptionnelle.

    Sinon très bonne critique, t’as bien fait de ne pas l’avoir écrit de suite en sortant du film (et si c le cas, ben bien joué quand même)

  • Nathan
    4 septembre 2009
    Oui, la première scène du film est une merveille.
    Ce qui m’a déçu dans ce Inglorious Basterds, c’est cette rupture de rythme au milieu, avec cette scène ennuyeuse dans le bar que Diane Kruger n’arrive pas à sauver. Elle est inutile et trop longue.
    La fin est jubilatoire, mais arrive trop tard.

    Mais c’est bien loin d’un Reservoir Dogs.

  • Arbobo
    4 septembre 2009
    première fois qu’un tarantino ne me plait pas, ne me fait rien.
    parfaitemet d’accord avec ton 4/10

    tarantino traverse des styles, les malxe, se les réapparoprie, et avec boulevard de la mort il a puisé dans un cinéma « bis » assez faiblard et à peine destiné à un revival inderground (two lane blacktop et vanishing point, qui sotn ses 2 inspiraitons assulées, sont à voir une fois mais certainement pas deux).
    mais là…
    la valeur ajoutée? la touche tarantinesque?
    pfff, introuvables.

    Mélanie Laurent est parfaite, mais son personnage tout en violence rentrée est trop limité pour soulever le film.
    aucun vrai moment de bravoure cinématographique en plus de 2 heures.
    aucune construction barjo pour lesquelles il est si doué,
    c’est pas qu’on s’ennuie (la scène d’ouverture est superbe) c’est juste que ça ressemble à un film de studio fait par n’importe quel mec.

    sans intérêt.

  • Olivier Morneau
    4 septembre 2009
    Eh merde, je suis le seul qui a vraiment aimé? C’est peut-être pas son meilleur film mais pourtant, les dialogues m’ont semblé solides et toujours autant mailaisant (surtout la scène du bar avec les cartes dans le front). Peut-être l’aspect de parodie historique m’a trop enchanté étant donné que j’aime ce genre de film mais bon, je l’ai vu deux fois et prévois y retourner encore. Vulgaire, parodique et vachement absurde, ça reste un défouloire mondial.

  • Mathieu
    5 septembre 2009
    Je l’ai bien aimé, un peu longuet, mais je suis rentré dedans. En fait j’ai l’impression que le personnage principal du film ne sont pas les Basterds du titre mais bien le Hans Landa, très bien joué par Christopher Waltz. J’ai trouvé la mise en scène un peu plus sobre que celle de Kill Bill qui m’avait lui par contre assez gonflé.

  • Jumbo
    5 septembre 2009
    Eh bien moi je l’ai beaucoup aimé. Je n’en attendais absolument rien, parce qu’aiment beaucoup Tarantino (je n’ai pas vu Deathproof) mais ne le trouvant pas si génial que ça, j’ignorais un peut toute son « actu »… Alors j’y suis allé comme ça et j’ai adoré.

  • Thibault F.
    6 septembre 2009
    Au delà de Tarantino ou pas Tarantino, le film souffre d’un problème de rythme énorme et d’une hétérogénéité franchement pénible. Le découpage en chapitres est pour moi la pire idée qu’il est eu. En découpant son film en séquences indépendantes (bien que faisant toutes parties de la même histoire), on a l’impression de se retrouver devant des courts métrages plus ou moins réussis. Parce que le traitement de chaque chapitre fait qu’on obtient rarement deux séquences consécutives de qualités. Beaucoup de longueurs et trop peu de scènes excitantes et renversantes made in Tarantino. Ses personnages sont en plus un peu effacés par rapport à d’habitude, sans grand fond. Hormis le fait qu’il soit tombé amoureux d’une Mélanie Laurent effectivement magnifique, seul Waltz sort son épingle du jeu. Brad Pitt se débrouille pas mal mais on sent comme un recuclage de son perso débile de Burn After Reading. Trop peu de croustillant à se mettre sous la dent, dommage.

  • Eddie Du Choix Du Même Nom
    6 septembre 2009
    Excellente critique.

    J’ai pas vu le film, mais j’ai adoré te lire et malgré le 4/10 parfaitement bien argumenté, ça me donne encore plus envie de me faire ma propre opinion.

    Bises :)

  • Laternamagika
    7 septembre 2009
    Effectivement nous ne sommes pas du tout sur la même longueur d’onde concernant ce film.

    J’ai vraiment pris un pied énorme, peut-être parce que j’étais avant de le voir extrêmement sceptique quand à la réussite de ce long-métrage. La bande-annonce ne m’avait pas du tout convaincu et hop, je me suis laissé quand même emporté.

    Ca fait deux film de suite maintenant que Tarantino divise profondément son public et je crois que c’est une excellente chose. Du moins, un excellent indice du fait qu’il prend de réels risques et s’en sort très bien.

    Jusqu’a Kill Bill, ca me gavait franchement cette unanimité autour de son cinéma. Soudain, sa filmo prend (plus de)du relief.

    Ce n’est pas cet argument falacieux qui nourrit ma vision je te rassure (surtout que ma critique, je l’ai écrite en plein coeur du festival de Cannes, sans avoir été corrompu par l’avis de quiconque, j’y ai bien veillé ;))

    Benoît

  • Pomme
    18 septembre 2009
    c’est bavard,c’est long(les scènes s’étirent en longueur) et le casting soit peu employé(Brad Pitt 20 min de présence se fait bouffer par Eli Roth et Tiel machinchose qui sont très bons dans ce qu’ils font)soit pas crédible(les filles:qu’on m’explique comment le personnage tête à claques de Mélanie Laurent fait pour ne pas être démasquée ou l’intérêt du personnage de l’actrice allemande)mais reste des bonnes choses chose:l’allemand polyglotte(il aura un Oscar!),la scéne de Mr Lapatite,le cours d’italien et le scalp!

  • Ph
    1 novembre 2009
    Ah dommage cette note si sévère.
    Oui ça n’est pas un chef d’oeuvre mais comme c’est si bien dit c’est un film qui se met du côté des spectateurs. Alors c’est sûr que si on est un incontionnel et spécialiste de Tarantino on peut être déçu.
    La première scène, pfiou le ton est donné (bon ok le soufflet retombe). J’ai bien aimé la scène du bar et ce vieux Paris avec des enseignes comme Antésite dans la brasserie. Bref… le film a le mérite d’être vu rien que pour Christoph Waltz. Rien que pour lui tu aurais pu lui mettre 5/10 ;)

  • Elodie
    3 novembre 2009
    4/10 c’est tout de même y aller un peu fort, non?

    Je suis entièrement d’accord sur l’inégalité concernant la rythmique du film.

    Mais la 1ère scène est tellement… à couper le souffle (littéralement) que, pour moi, cela efface toutes les autres erreurs.

  • Hervé
    16 décembre 2009
    Bon les gars, quand faites vous place au plaisir ?
    Parce qu’il n’est question que de ça dans ce film. Pour ça : le meilleur film de l’année !

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