Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

MICKEY 3D – La Grande Évasion

/ /

Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (2 votes)
7 /10
7 /10

Le rock français a souvent fait débat. Handicapé par une langue qui est souvent inconciliable avec la grâce pop, il est avant tout caractérisé par des structures banales et une sorte de résignation face au poids de son carcan. Ce n’est pas pour rien si les meilleurs groupes français ont toujours choisi l’anglais (Air, Phoenix, Poni Hoax, Diving with Andy) : les maladresses d’écriture sont toujours moins choquantes dans la langue de Shakespeare. S’accaparer la rigueur d’écriture des grands paroliers français comme Dominique A et Alain Bashung pour les poser sur des rythmiques rock/folk est un pari difficile à gagner, la voix ayant alors automatiquement une fâcheuse tendance à rappeler des mauvais souvenirs de deux décennies de chansons qui n’ont pu faire leur trou que grâce aux quotas imposés à la radio.

Comme pour beaucoup je suppose, à part les vagues souvenirs d’un premier album sincère, Mickey 3D n’évoquait que des mélodies faciles et revanchardes, des textes faussement rebelles et exaspérants mis mal en pis par un lyrisme campagnard ou tristement bucolique. Pourquoi ai-je écouté « La Grande Évasion » ? Pourquoi m’être penché ne serait qu’une seconde sur le nouvel opus d’un groupe qui me paraissait si insignifiant ? Je ne sais pas. Mais je sais pourquoi j’ai envie de vous en parler, et c’est peut être là l’essentiel. Je vous en parle parce que médire sur ce disque reviendrait à abdiquer ! Ce serait crier haut et fort que non, il est impossible de chanter en français dans un environnement pop, folk et rock. Ce serait également se désintéresser à jamais de tout groupe ayant sorti deux mauvais albums consécutifs.

Une guitare et des sonorités américanisantes évoluent peu à peu vers un schéma directeur étonnant. Il ne s’agit plus pour Mickey 3D d’amuser la galerie française, le combat semble être tout autre. Dommage que les métaphores politiques ne soient pas de la plus grande finesse induisant dans « Playmobil » les mêmes défauts qu’on pouvait reprocher à Noir Désir à l’époque de « 666 667 Club ». Mais dès le deuxième titre, le groupe affirme ses intentions et « La Grande Évasion » est lancée. Plus poétique, plus stratosphérique malgré un aspect rock et brut, « Je m’appelle Joseph » traduit une mutation qui transforme des pantins de la radio, en machine folk-pop imprévisible. Une impression immédiatement confirmé par le touchant « 1988 » où la nostalgie adolescente est bien éloignée des insupportables versets de Vincent Delerm. La guitare et les sifflements mènent la barque avec pour cap l’idée de se débarrasser de cette image « chanson/rock français ». « Méfie toi de l’escargot » manque un peu de retenue dans sa rythmique mais fait preuve d’une belle énergie non-challante. Le court pont nosiy finit de convaincre.

« L’homme qui prenait sa femme pour une plante » construit un dialogue pop à la rythmique désenchantée où personne ne connaît personne. L’intro de « personne n’est parfait » rappelle les interludes de l’abstrackt hip hop avant de s’engager sur un texte sombre et dépressif appuyé par une basse légèrement post-punk. La chanson est efficace et compose un bel exemple de pop à la française. « La footballeuse de Sherbrooke » incarne la bricolo-pop chère à Mickey 3D et s’avère assez touchante. Malgré quelques phrases, un peu mal trouvées (« et je vois bien que tu trouves ça relou ») , « Yula (ma fiancée galactique) s’avère être une jolie ballade côtoyant le meilleure de la chanson française et rappelant à mon doux souvenir le « Vive l’amour » de Jean François Cohen. Entre naïveté et gravité, sur une guitare aux influences ethnico-folk, on s’accorde sur les « On ira voir les morts qui font semblant de vivre, et puis, tout nu dans le désert tu me feras la guerre un peu comme dans film ».

« Paris, t’es belle » et « Montluçon » cassent un peu la dynamique de l’album, la faute à une certaine rengaine française, des mauvais tics liés à l’utilisation de notre langue, et des accointances avec des artistes que j’estime peu. Cependant, les chansons n’ont rien de bancales ou plutôt si mais de par leur aspect bricolo ; bancales mais toujours en équilibre. « Chanson du bonheur qui fait peur » parait anecdotique au premier abord voir kitsh avec son clavier festif mais laisse également planer une jolie naïveté rafraîchissante. Le disque ne nie pas le cynisme, mais possède une approche mélodique qui n’essaye pas rentrer dans un moule et essaye de garder son instantanéité.

Mais c’est vraiment avec « La fille du cannibale » que « La Grande Évasion » reprend de la vigueur. Débutant comme un joli moment de folk à la française, le groupe se laisse envahir par une construction montréalaise où les instruments à vent font leur effet comme sur un Arcade Fire. Clairement, sur un tel titre, le gap qualitatif franchi par le groupe est impressionnant. Comptine noire ou noire comptine, le groupe est définitivement plus à l’aise dans ses histoires burtonniene que dans ses revendications politiques, en témoigne « L’arbre du petit chemin ». Les violons sur « Les vivants » font monter la pression pour conclure le disque. La construction du titre est ambitieuse et ne se contente pas de nous asséner un simple enchaînement de couplets/refrains. Quant au texte, Nul doute que Mickey 3D a travaillé dur pour enjolivé autant son style.

Devenu compteur d’histoires sur des instrumentations qui ne souffrent pas de complexes d’infériorité par rapport à leurs congénères internationaux, Mickey 3D s’impose là où personne ne pouvait l’attendre. Accompagné d’un disque homogène qui ne mise pas sa force sur un ou deux singles accrocheurs mais bien sur une succession de titres, le groupe marque des points là où M vient lâchement d’échouer. Fermer les yeux, masquer le chant français, et réfléchissez ! Avec une voix anglophone, cet album ne vous aurait-il pas enchanté de suite ? J’ai bien peur que si…

Note : 7/10

13 commentaires
  • Thevioletteroll
    10 septembre 2009
    Tu as osé ! Très bien, je publie Séverin :)

  • Thomas
    10 septembre 2009
    Donc pour toi un groupe (DWA) qui a sorti deux albums dont un auquel tu as mis seulement 7/10… c’est un des meilleurs groupes français ? Bah en effet, tu n’as pas l’air très fan des groupes français :-D

  • Anonymous
    10 septembre 2009
    Cet album a l’air génial, merci de nous mettre l’eau à la bouche avant sa sortie !

  • Anonymous
    10 septembre 2009
    Les deux albums précédents étaient également excellents !!! Mais bon mieux vaut tard que jamais pour aimer Mickey 3D

  • Martin75
    10 septembre 2009
    Très belle critique, ça fait plaisir de voir que certains ne tombent pas dans la facilité de trouver que c’est de la merde juste parce que c’est français.

  • Lucien
    10 septembre 2009
    Mais t’en as pas marre d’écrire des trucs aussi longs sur tous les disques :p

  • Benjamin F
    10 septembre 2009
    Hey Thomas,

    Oui on peut pas dire que moi et les groupes français se soient une grande histoire d’amour ;)

    Après quand j’ai cherché des exemples de groupes français que j’aimais beaucoup et qui chantaient en anglais, l’exemple de Diving With Andy m’est apparu comme une évidence ; mais j’aurais effectivement pu en trouver de plus significatifs… En parlant de groupes français d’ailleurs, je vais essayer d’acheter le We Insist ! demain :p

  • Benjamin F
    10 septembre 2009
    @ Lucien : Non toujours pas !!! C’est plus le temps que l’envie qui me manque !

  • Thomas
    11 septembre 2009
    (et gageons qu’à We Insist!, tu mettras plus que 7 ^^)(oui, je prends des paris osés)

  • Anonymous
    13 septembre 2009
    mince alors… en plus j’ai l’impression que t’as raison.
    :)

  • Nao
    15 septembre 2009
    J’ai toujours gardé « Tu vas pas mourir de rire » dans mon coeur, un album que je trouve vraiment génial et hors du temps, contrairement à ce que tu en dis (réécoute Mimoun ou Yalil par exemple).
    Et je savais pas qu’ils avaient sorti un nouvel album, soit il est vraiment passé inaperçu, soit j’ai de la merde dans les yeux. Je m’en vais l’écouter !
    Pour ce qui est des paroles françaises sur du rock, noir désir, Les berrus et quelques autres sont la preuve qu’il est possible de faire du rock français de qualité avec des paroles française. Du moins c’est ce que je pense, et je milite pour cela.

  • Anonymous
    26 septembre 2009
    « Mickey 3D n’évoquait que des mélodies faciles et revanchardes, des textes faussement rebelles et exaspérants mis mal en pis par un lyrisme campagnard ou tristement bucolique. Pourquoi ai-je écouté « La Grande Évasion » ? Pourquoi m’être penché ne serait qu’une seconde sur le nouvel opus d’un groupe qui me paraissait si insignifiant ? »

    C’est dommage de caser des phrases comme ça au milieux d’un papier intelligent.

    Pour le coup on pourait dire que tu n’évoques que des sarcasmes faciles et prétentieux, des textes faussement pointus et élitistes mis de mal en pis par une prose Parisienne ou tristement pompeuse.
    Mais ce serait juste balancer des piques gratuites ou presque.

    Celà dit, même si moi j’aime le rock français qui va bien, je trouve le reste de la critique intéressante.
    J’ai bien envie d’écouter et de faire écouter l’album du coup.

  • Calvin Note
    23 septembre 2011
    7,5 /10
    Parler de « mélodies faciles, revanchardes et textes faussement rebelles » pour finalement citer en comparaison de « LA GRANDE EVASION » des groupes tels que NOIR DESIR ou ARCADE FIRE, ça fait un sacré changement par rapport au précédents albums.

    Je pense que vous avez toujours su que Mickey avait un réel talent pour l’écriture et la composition, c’est peut-être pour ça que vous avez été tenté d’écouter « LA GRANDE EVASION ».
    Pour les albums précédents, c’était peut-être juste une question de goût…

    Pour ce qui est de votre critique de « LA GRANDE EVASION », elle est juste et vraie mais pour moi, cet album mérite la couleur verte. je mets donc 7.5/10

    prochain album de miCkey[3d] en préparation et à paraître d’ici quelques mois, j’espère que nous aurons le droit à une aussi belle critique avant même que l’album ne sorte.

Participez


Aucune note sélectionnée