Electro française / 2009. J’aurais vécu avec Air une belle histoire d’amour et quand je dis « restons amis » ce ne sont pas des paroles en l’air. Je ne veux pas vivre dans la rancœur. Ni elle, ni moi, n’avons vraiment changé, nous nous sommes juste peut être un peu lassé. C’est humain de se lasser, je ne lui en veux, pas ; j’espère que ce sera réciproque. Non je ne veux pas vivre dans la rancœur.
Si les albums sont des années, il faut concéder que les deux premiers cycles de notre relation furent marqués du sceau de la passion, non pas une passion ravageuse et destructive, non quelque chose de sain et de paisible. A la sortie de « Talkie Walkie », je la connaissais si bien que j’éprouvais une certaine fierté à débusquer sous ses airs de faux semblants le moindre de ses tics, le moindre de ses réflexes automatiques. J’aimais ses défauts, je me délectais de ses maladresses. Comment les choses peuvent-elles se détériorer si vite ? Comment est-ce possible ? Personne n’aura jamais de réponse à une telle question mais à la sortie de « Pocket Symphony », je commençai à douter. 4 ans que nous étions ensemble, il allait bientôt falloir passer à l’étape supérieure. Et au moment où elle aurait du tout donner pour notre amour, que nous aurions du nous convaincre mutuellement de franchir le pas, voilà qu’elle se montrait paresseuse et détachée. Elle ne faisait plus d’effort pour me plaire et sur certaines chansons ne se maquillait même plus. Les soirées en tête à tête avaient laissé la place à des sorties mondaines avec ses amis de la fac qui avaient plutôt mal vieillis. Un jour c’était brunch avec Jarvis Cocker, un geek binoclard qui avait plutôt mauvais goûts, d’autre fois c’était l’opéra avec Neil Hannon, un type un peu précieux dont les traits me rappelait David Guetta.
Aujourd’hui, elle ne me parle plus, mais le soir quand je dors, elle me susurre à l’oreille « Love », mais même dans mon sommeil je sais qu’elle me ment, qu’elle n’y croit plus. Sa voix n’est pas naturelle, on dirait une androïde qui répète machinalement un discours appris par cœur (« Do The Joy »). Elle a beau essayé de s’auto-persuader en reproduisant les chaudes lignes du passé (« Missing the light of the day »), personne n’est dupe.
Parfois je vais la chercher à la sortie du travail. Elle me raconte sa journée, j’essaye de lui prêter attention mais mon esprit divague sans cesse attirer par d’autres sonorités. Avant je culpabilisais, mais aujourd’hui je réalise combien c’est elle qui est devenue ennuyeuse, chiante à mourir (« Sing, Sang, Sung »). Ses journées répétitives (« Africa Velvet »), ses relations superficielles avec ses collègues de travail (« You can tell it to everybody »), tout cela m’exaspère.
Je sais que tout est fini, mais je me tais, je l’observe, j’attends qu’elle me parle.
Cependant rien n’est si simple, l’amour est tenace et s’accroche à la nostalgie ou à des détails. Je la contemple le matin lorsqu’elle sort nue de la douche, une serviette enroulée autour de ses cheveux, je la trouve encore belle et désirable (« So light is her footfall »). Elle dégage toujours cette fraîcheur spatiale. Et dans la journée il me suffit de sentir son parfum pour que des milliers de souvenirs refassent surface me plongeant alors dans des tourments les plus psychédéliques (« Be A Bee »).
Je pensais toujours que notre rupture nécessiterait de milliers d’explications et pourtant il n’aura fallu qu’un échange de regard. Ce matin, quand elle est sorti du dressing, j’ai remarqué à quel point elle était inhabituellement coquette (« Tropical Disease »). Nos champs de visions ne se sont croisés qu’un instant : je savais que ce n’était pas pour moi qu’elle s’était fait si belle, et elle savait que je savais. Le soir, elle n’est pas rentrée.
Quelques mois après notre séparation, j’ai reçu une lettre de sa part. La page était blanche juste très légèrement noircit par cinq caractères : « Love 2 ». Que voulait-elle dire ? Que j’étais son premier amour mais qu’elle était passée à autre chose ? Où alors ce « 2 » devait-il se lire phonétiquement : « Love too » ? Souhaitait-elle me signifier que malgré les moments de doutes nous nous aimerions toujours ? Je ne sais pas. La vie nous sépare parfois mais je ne juge personne, c’est juste ainsi. Ma porte n’est pas fermée et je serais toujours là si un jour elle a besoin de moi ; mon statut aura juste quelque peu changé. Non, définitivement je ne veux pas vivre dans la rancœur.
Note : 5/10







23 commentaires:
12 octobre, 2009
Tu t'es craqué Benjamin ? Qu'est ce qu'il s'est passé ? :D
J'ai pas encore bien écouté le disque, mais me semble que j'en tire un peu les mêmes conclusions que toi, même sans l'avoir vu sous la douche ;).
12 octobre, 2009
Waouh, j'ai adoré ce texte, ça change un peu de la critique "classique" et de la routine. C'est vraiment très bien écrit. Je dirais pas que c'est poétique mais pas loin ;) Pas écouté le Air sinon.
12 octobre, 2009
Oui c'est assez incroyable, la critique ne parle pas du tout du disque et pourtant en l'ayant lu, on sait exactement à quoi s'en tenir. Une manière plutôt originale de faire passer les émotions.
12 octobre, 2009
5 c'est plutôt gentil, si j'étais sorti avec Air, je l'aurais plaqué il y a déjà bien deux ans, et je le regretterais pas :p
12 octobre, 2009
Très belle chronique et note tout à fait méritée pour cet album plus que moyen.
12 octobre, 2009
Ce love 2 de Air est bien une romance ratée. J'adore le ton, l'engagement. Faut-il y voir un message destinée à une ex ?
12 octobre, 2009
Mais Air, c'est un mec, t'es gay ou quoi ?
12 octobre, 2009
@Thibault: Disons que je commence à me lasser de la routine d'écriture de chroniques, j'ai l'impression d'écrire toujours les mêmes textes mais avec des adjectifs différents. J'ai envie de temps à autre de tester d'autres approches.
@Laura, Maximilien & JS : Thks
@Matt: Non pas du tout (dit-il en détournant le regard...)
@Anonyme: Euh pourquoi ? Ce serait une raison pour ne plus jamais revenir ici ?
12 octobre, 2009
Air, le groupe qui me déçoit d'album en album. Quelle manque d'inspiration depuis la BO de Virgin suicide ! A une époque on aurait dit de la "musique de supermarché" ou "d'ascenseur". Triste
12 octobre, 2009
@ Benji: Note que j'ai tout a fait apprécié ta chronique. J'ai simplement été un peu surpris ;)
12 octobre, 2009
J'écoute ça dans la journée et je te dis (première fois que je lis une chronique sans avoir écouté le disque avant je crois).
Quoi qu'il en soit, et comme une maitresse pour laquelle on garde toujours une affection charnelle et une attirance physique inexpliquée, je me permettrai surement de retrouver air en concert (pour au moins se souvenir...).
12 octobre, 2009
Chouette chronique, et tout à fait d'accord avec toi sur ce disque et ce groupe.
A+
12 octobre, 2009
T'aurais fait parlé un canapé, ça aurait été mieux... je dis ça, je dis rien :-P
Note, j'apprends que Air sort un nouvel album, surprise. Par contre, d'apprendre que le petit dernier est moyen, ça ne me surprend pas le moins du monde, déjà le précédent sentait le roussi... bref, à oublier...
12 octobre, 2009
Super jolie critique mais moi je reste fidèle à Air et à Love 2
12 octobre, 2009
Très bien, cette cette critique, vraiment. Originale, bien écrite et très parlante.
13 octobre, 2009
pas très obéissant je te trouve, la note était pourtant écrite en gros sur le disque ^^
de air, je garde un souvenir ému des premiers titres en solo, j'ai eu un regain avec la BO de virgin suicides mais depuis bif baf bof
13 octobre, 2009
;)
13 octobre, 2009
@Matt: Il me semble que la fille dont s'est en partie inspirée cette critique (surtout pour le passage du nu) vient de manifester sa connivence avec le sujet par un petit smiley.
@Arbobo: T'as raison j'ai déconné sur ce coup, d'autant plus que j'avais bien mis 7/10 au "Klub des 7" et 9/10 à "District 9"
13 octobre, 2009
Très belle chronique. Si l'on doutait encore que la musique est une histoire d'amour, il suffit de te lire.
13 octobre, 2009
J'avais déjà eu cette idée il y a très lgt que l'approche d'un disc ou d'un artiste est assez similaire avec une relation (mais je pensais plutôt amicale qu'amoureuse)
Très belle chronique encore donc! parlante...
17 octobre, 2009
Moi je lui mettrais plutot 4/12 car il n'y a au fond que 4 excellentes musiques dans cet album..
27 octobre, 2009
J'aime cette critique ! Ca change des critiques injustement virulentes, subjectives, odieuses et de mauvais gout qu'on a l'habitude de voir sur ce site.
08 novembre, 2009
Effectivement, chronique très bien écrite. Et qui aurait pu s'appliquer à mon sentiment à l'écoute de Pocket Symphony. Il parait que ce Love 2 est meilleur, il faut que je jette une oreille pour voir si ca en vaut la peine...
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