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BENJAMIN BIOLAY - La Superbe [6/10]

Benjamin Biolay La SuperbeChanson française / 2009. Ne pas avoir peur du qu’en dira-t-on. Ne pas avoir peur de ses ambitions. Ne pas avoir peur du ridicule. Se mettre à nu. Défier sans provoquer. Ramener à votre cause ce qui se gaussait encore de vous il y a deux ans de ça. Garder le cap mais avec plus d’assurance. Croire en soi, croire en ses blessures. Ne pas craindre de dépasser les bornes. Oser le vulgaire. Oser les violons qui dégoulinent et les passages jazzy un peu cheap. Ne pas regarder en arrière. Fermer les yeux. Produire. Multiplier les accointances. Produire plus. S’éparpiller. Démontrer l’étendu de son talent. Se perdre. Se retrouver.

« La Superbe » est un album qui devrait susciter les passions : souvent splendide, quelque fois insipide, occasionnellement risible, Benjamin Biolay convainc puis déçoit, puis rassure, puis s’enfuit. Comment se faire un avis, quand chaque minute provoque des émotions si contradictoires. Ne pas juger ? Ne pas écrire ? Réécouter ?

Violons qui regardent dans les yeux des beats electroniques, « La Superbe » révèle des frissons chez l’auditeur. Empli d’une légèreté pop qui ne tarde pas à s’acoquiner avec les mélodies ambiantes de Air, « 15 Août » est un titre complexe aussi bien dans structure que dans sa rythmique littéraire. Valérie Donzelli y est délicieuse comme dans un film de Christophe Honoré, et la chanson atteint des sommets tant Benjamin Biolay y traite de la rupture comme Alex Beaupain traite de la mort, avec une tristesse mélancolique qui ne pratique pourtant pas l’auto-apitoiement. S’ensuit « Padam » qui emporte l’adhésion par son refrain évident, par son naturel insolent.

Mais rien ne peut être si beau dans l’hexagone. La longue introduction de « Miss Catastrophe » est gâchée par des cuivres de mauvais goûts tandis que le texte, moins introspectif, n’arrive pas à émouvoir. Le chanteur semble mal à l’aise, a des difficultés à trouver le ton et n’a pas l’humour d’un Fuzati pour briller sur un exercice de ce genre. « Ton héritage » s’inscrit dans la grande tradition de la chanson française. On pourra au choix s’y ennuyer ou verser une larme. Plus introspectif « Si Tu Suis Mon Regard » est une jolie confession intime sur fond de résurgence rock à la Miossec. La noirceur de « Night Shop » et son parcours initiatique, un peu fantasmagorique, rappelle l’écrasante beauté des chansons de « La Musique » de Dominique A. « Tu Es Mon Amour » pourrait dénoter de par ses orientations cubaines, mais la guitare suit avec aisance la voix de Benjamin Biolay.

« Sans Viser Personne » est de ces titres qui vous détruisent un album, son refrain « Déçu de vous, déçu de nous, je ne crois plus en rien du tout » rappelle Gilles Gabriel, la parodie d’Alain Chabat (« Flou de toi, je suis flou de toi… »). Et non je ne caricature pas ; enfin pas tant que ça. De même, l’effet mythologique, l’ambiance club de jazz de « La Toxicomanie » semble assez vain au sein de la rigueur et de la volonté de redéfinir la musique française qui parcourt le disque.

Et puis arrive « Brandt Rhapsody » en duo avec Jeanne Cherhal, un titre qui à lui tout seul justifie, cautionne, illumine « La Superbe ». A mi-chemin, entre Gainsbourg et Arnaud Fleurent-Didier, il redéfinit un pont entre passé et futur. Je voudrais passer au deuxième disque mais non je reste bloqué. J’appuie sur repeat. J’appuie sur repeat. J’appuie sur repeat…

Malheureusement, un deuxième disque se loge quelque part, il crie famine, il réclame de l’attention. Je ne me sens pas d’humeur cruelle.

Le refrain de « Prenons Le Large » rappelle un mauvais single d’Etienne Daho, la chanson manque de retenue, de classe, elle transpire d’une insupportable frivolité. « Tout Ça Me Tourmente » voit le retour de la muse Jeanne Cherhal, et Benjamin Biolay est poussé dans ses derniers retranchements. A fleur de peau, la plume aiguisée, il attaque le texte là où ça fait mal, sans se farder d’instrumentations trop envahissantes. Mais point d’inquiétude, après avoir fait monter les larmes, le chanteur au lieu de sortir une lame tranchante, joue le troubadour, il sautille sur du post 8 bits, joue la farce, fait le clown, se tourne volontairement en ridicule (« Assez Parlé De Moi »). « Buenos Aires » perd assez vite le fil s’orientant vers des terres trop obscures que le mixage ne peut canaliser.

Perdu entre titres anecdotiques (« Lyon Presqu'île »), chansons un peu faciles (« Raté », « Reviens Mon Amour » ) et grand moment de songwriting (« Mélancolique ») le mystère Benjamin Biolay reste ainsi complet. Une chose est sûre, c’est définitivement lorsqu’il fait son Gainsbourg qu’il est le plus délicieux : lorsque des instrumentations splendides créera la stratosphère qui accueillera ce spoken word où la langue française règnera en princesse (« Jaloux De Tout »)

« La Superbe » est une pièce à conviction de plus. Nous savions déjà à quel point la quantité peut nuire à l’homogénéité et à la ligne directrice d’un album, mais si nous l’avions oublié, « La Superbe » nous le rappelle d’une bien amer manière. Car si l’on épurait ce double album, si l’on en tirait la quintessence, si l’on balayait d’un coup de revers les égarements, on obtiendrait un chef d’œuvre, un chef d’œuvre capable de faire vaciller la chanson française, un chef d’œuvre dont je vous livre ci-dessous la tracklist :

01. La Superbe (chœurs par Gesa Hansen)
02. Brandt Rhapsody (en duo avec Jeanne Cherhal)
03. Si Tu Suis Mon Regard
04. Mélancolique
05. Tu Es Mon Amour
06. 15 Août (lettre lue par Valérie Donzelli)
07. Padam
08. Tout Ça Me Tourmente (avec Jeanne Cherhal)
09. Jaloux De Tout
10. Night Shop

Malheureusement un album est un ensemble indissociable qui ne peut souffrir d’une décomposition/recomposition. L’artiste l’a voulu comme tel, je le juge comme tel, avec ses victoires, avec ses douleurs.

Note : 6/10

>> A lire également, la critique de JS sur Good Karma

17 commentaires:

  Anonyme

27 octobre, 2009

Enfin une critique qui soulève des interrogations sur ce disques. Je trouve aussi Benjamin Biolay incroyablement irrégulier. J'aime beaucoup cette idée de je refais la tracklist. C'est vrai qu'on se demande pourquoi il a fait un double.

  JS

27 octobre, 2009

C'est vrai qu'il n'est pas évident de faire un choix quand on est hyper-productif. Il n'y a qu'à voir Prince. ;) C'est finalement pareil chez Gainsbourg, elles sont passées sous silence, mais il a fait aussi un nombre important de mauvaises chansons. Bonne critique, bien plus lucide que la mienne. :)

  Thomas

27 octobre, 2009

Je ne suis pas d'accord... mais vraiment, sur toute la ligne. Même sur les trucs que tu aimes, je ne suis pas d'accord ! ^^

Après des mois à se donner du "ah oui, tout à fait d'accord cher ami ahah" fallait bien que ça arrive. J'aurais préféré que ça arrive à un autre sujet que Biolay (tu me diras en fait c'est arrivé avec le Barlow, indirectement... j'aime tellement pas ce qu'il fait que je n'écouterai sans doute pas son album avant 2011...). Anyway, je me sens bien plus en accord avec la critique de JS. J'aime cet album de la première à la dernière note, et pour un double ça ne m'arrive pas souvent (et pour Biolay non plus, en fait...)

[P.S. : "Si tu suis mon regard" morceau à la Miossec ? Mais enfin c'est ici, qu'il faut citer Daho ! Comparaison de toute façon plus judicieuse, vue la pauvreté harmonique des albums dudit Miossec (que j'aime par ailleurs)]

  Anonyme

27 octobre, 2009

Je suis ultra fan de benjamin biolay et je ne comprends pas certaines de vos remarques, je ne vois pas la frivolité ici.

En revanche je dois bien dire que votre critique est remarquable au niveau écriture et très agréable à lire.

  Benjamin F

27 octobre, 2009

@JS : Ouais sauf que Gainsbourg et Prince étaient irréguliers d'un album à l'autre, mais ont réussi à produire des chefs d'oeuvre de la première à la dernière piste, alors que Biolay, des titres comme « Assez Parlé De Moi »... bon voilà quoi. Après ma critique n'est pas forcément plus "lucide", la preuve Thomas est d'accord avec toi ;)

@Thomas : Je suis étonné que tu aimes vraiment ce Benjamin Biolay, disque sur lequel il serait facile d'écrire une diatribe Golbienne. Perso je maintiens la comparaison avec Miossec en terme d'engagement rock ;) Tiens je sais pas pourquoi mais ça me fait penser que je n'ai toujours pas écouter le nouveau Tue Loup, il est vraiment bien ?

@Anonyme Merci pour "le votre critique est remarquable au niveau écriture et très agréable à lire." Ca fait toujours plaisir

  Thomas

27 octobre, 2009

Franchement il n'y a pas assez d'artistes pop français de valeur pour que je dégomme (même golbistiquement) les quelques uns qui produisent, qui recherchent, qui arrangent, travaillent le son, la composition autant que les textes, sortent du racolage et savent citer autre chose que Brel et Brassens comme référence... et puis j'aime vraiment beaucoup La Superbe (comme tout Biolay), je n'en jette rien.

Tue-Loup ? Je ne suis que rarement objectif avec ce groupe. J'imagine que si on aime Tue-Loup on ne peut qu'aimer leur dernier, qui renoue avec le côté torturé et inclassable de la période Penya/Rachel au rocher.

  Anonyme

27 octobre, 2009

Biolay cherche mais il ne trouve pas. Je suis étonné par l'emballement autour de cet album comme si on était tellement content d'avoir trouvé un artiste qui fasse un peu mieux que les autres qu'on transformait le correct en génial.

En tout cas l'intro de la critique qui fait, je suppose, directement référence au phrasé de cette frange de la chanson française est particulièrement réussie.

  Ian

27 octobre, 2009

Le retour de la musique de Bobo, ça sent le lecteur de Telerama par ici.

  Benjamin L.

27 octobre, 2009

C'eCa résume bien ce que j'en pense finalement. Un album qui contient des morceaux extraordinaires et qui parfosi semble incipide...

  Anonyme

27 octobre, 2009

Comment un seul type peut enchainer de si beaux morceaux et passer juste après à des trucs si varietoche bas de gamme ? Biolay c'est un peu notre Dr Jekill / Mr Hyde.

  Thibault F.

27 octobre, 2009

Même si ta chronique donne terriblement envie, je n'arrive toujours pas à supporter ses chansons. Elles ne me parlent pas du tout et je trouve ça terriblement ennuyant. Comme Miossec d'ailleurs. Sachant qu'ils font parti des grands talents français, je comprends pourquoi maintenant je trouve si eu d'artistes adeptes de la langue française qui me plaisent.

  arbobo

27 octobre, 2009

je me serais bien contenté du premier disque, plus dans mes goûts, mais alors que je n'aimais pas beaucop ce type, là je m'incline :-)

  arbobo

27 octobre, 2009

et je plussoie thom : on entend Daho à plusieurs moments, en fait chaque morceau charrie plusieurs influences, françaises et anglaises,
et notamment Daho, ce qui de ma part est un compliment ^^

  Absolument !

03 novembre, 2009

Je suis relativement d'accord avec toi.
Ma chronique : http:/bit.ly/3ytDUq

  Jay

09 novembre, 2009

Ces histoires de "mauvais goût" et d'"insupportable frivolité"...
On croirait entendre un curé, ou une vieille Baronne, c'est selon. En tous cas, rien qui ne soit très pertinent pour la critique d'un disque de Biolay, dont je ne suis pas fan par ailleurs.
C'est dommage, cette critique à contre-courant des éloges actuels aurait pu faire mouche. Mais non.

  Anonyme

09 décembre, 2009

"La Superbe " est une drogue,je m'imprègne des mots,des sons,de la voix de B.Bioley...c'est une merveille.Tous les textes ont du sens et de la profondeur...c'est sur,on ne mangera pas une pizza en l'écoutant!!!petit clin d'oeil critique a un chanteur critique!!!!

  Ska

22 décembre, 2009

Marrant cet engouement pour La Superbe... Pas forcément le meilleur disque de Biolay, mais celui qui lui offre une reconnaissance publique et critique. C'est comme certains cinéastes jusqu'alors considérés comme mineurs et qu'on reconnait tardivement quand ils signent de mauvais films, mais voilà il est temps de dire que ce sont de grands cinéastes, mais trop tard (Argento, Carpenter ont souffert de ça...). Je m'égare... La Superbe n'est pas un mauvais disque. Loin de là. Mais il est vraiment trop inégal, du coup un peu froid, un peu exercice de style. Et ces glissement variétoche hyper limites... S'il faut flirter avec le kitsch, s'il faut s'assumer en chanteur de variété, mieux vaut aller voir du côté d'Arnauld Fleurent-Didier dont La Reproduction, qui sort en janvier, confirme les espoirs placés dans son précédent Portrait du jeune homme en artiste.
Le Biolay me plaisait quand même beaucoup au début. J'en suis revenu très vite.

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