Cette chronique a été écrite pour le blog du Ricard sa Live Music, vous pouvez la retrouver iciPost-Folk français / 2009. Si la musique trompe, les noms des musiciens (Damien Mingus, Aurélien Potier, Stéphane Laporte et Sibelius) rappellent la vérité : Centenaire est encore un de ces groupes français qui poursuit avec brio la révolution. « The Enemy » est peut être deux fois moins long que leur premier opus mais n’en est pas moins plus ambitieux tant en 7 titres interdépendants, le groupe redéfinit les codes de l’expérience rock. Les structures ont complètement été délaissées pour laisser place à des morceaux évolutifs qui coulent tellement de source que l’on ne prête même pas attention à leur narration. A côté de ça, sous un déluge sonore des plus cohérents se cache mille et un instrument : la guitare électrique répond au charango, le métallophone titille le violoncelle, tandis que derrière de discrets claviers créent des nappes accueillantes pour les percussions sorties de nulle part. Les percussions jouent d’ailleurs un rôle essentiel dans « The Enemy », on sent toujours combien le groupe aime créer des rythmiques avec ce qui lui tombe sous la main ; une manière sûrement de faire le lien avec ses concerts improvisés dans des appartements.
La fabuleux « Wheelchair » pousse encore plus loin la perfection du premier album. La finesse, le côté racé des mélodies rappelle indubitablement la touche particulière de Grizzly Bear. « Bottle of Sound » maintient cette affiliation. Si l’approche y est moins expérimentale, le ressenti y est succulent. Sous ses airs de ne pas y toucher, la chanson se meut en une véritable promesse automnale guidée par un arpège de guitare hypnotique. La voix est à fleur de peau et l’auditeur succombe à ce conte aussi angoissant que lumineux. « The Enemy », la chanson comme l’album, s’écoute très fort pour en saisir toute la subtilité. Il s’agit bien d’une ballade folk mais usant des codes de la musique orientale sans jamais tomber dans le pastiche.
L’avant-rock « Farmers Underground » hypnotise via sa batterie quasi krautrock. Can n’est pas loin et Centenaire ne souffre même pas de la comparaison. « A Cure » s’écoute dans le noir pour saisir l’impact de la déconstruction métronomique. De même « Testosterone » est d’abord chuchoté à l’oreille comme une comptine enfantine mais, sous les mots, la noirceur est déjà bien présente. La pression monte et la déferlante de guitares d’obédience sabbathienne plonge l’auditeur dans des tourments des plus raffinés. Toujours agréable de voir qu’un tel groupe n’hésite pas à s’acoquiner avec des courant plus métalliques. « Back Home » impose une force tranquille. Le tempo est lent, la tête tourne, c’est beau, c’est déjà la fin.
Centenaire est une pierre de plus à notre patrimoine. « The Enemy » réussit l’exploit de par sa perfection et son homogénéité à se positionner comme un des plus grands disques de 2009 et ce en seulement 7 titres, 7 titres qui disent tout ce qu’il y a à dire avec une concision hors-pair. Pour pinailler, on lui reprochera juste une production qui manque parfois un peu de nuances et qui empêche de profiter parfaitement de la plénitude des instrumentations.
Note : 9/10
>> A lire également la critique de Cécile sur Words & Sounds et la critique de Martin sur Branche Ton Sonotone
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7 commentaires:
15 octobre, 2009
The Enemy est un disque bizarre à la fois indispensable et anecdotique. Un peu à l'image de Centenaire quoi...
15 octobre, 2009
Connaissais pas, juste écouté le titre dans le player. J'ai trouvé ça plutôt chiant même si ta critique donne envie de l'écouter en entier
15 octobre, 2009
Ça pour aimer ce genre de disque chiant y a du monde, mais quand faut juger un album avec objectivité comme le dernier Editors là y a plus personne !!! Le cliché des critiques...
15 octobre, 2009
L'objectivité face à un album n'existe pas plus aujourd'hui qu'il y a quarante ans. On m'a fait écouté un peu cet album y'a pas longtemps, j'ai trouvé ça plutôt chiant aussi. Faudrait que je l'écoute en entier pour me faire une vraie idée.
16 octobre, 2009
apparemment ça clive ^^
je lui aurais mis moins que toi mais plus de la moyenne, parce que c'est bon, même si je n'ai pas entendu le génie qu'on m'avait laissé espérer :-)
j'étais presque déçu par comparaison, mais ce serait dommage de négliger pour autant un bon album
16 octobre, 2009
Un des grands albums français de l'année !
Et merci pour le lien :)
16 octobre, 2009
en fait pour être précis je trouve le chant pas du tout à la hauteur de la musique,
que la voix soit moyenne, pas grave (même si une belle voix bien timbrée, ça aide),
mais les lignes vocales sont plus pauvres (voire pauvres, sur certains titres) et les lignes de voix plus "entendues" que la musique.
ce décalage plombe le totu, parce qu'on a d'un côté une ambition affichée et assumée, et de l'autre le chant, et là bof bof.
le jour où le chant se met au niveau, ce sera gigantesque
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