Hardcore américain / 2009. Converge a depuis bien longtemps gagné sa place au panthéon de mes groupes cultes. Concrétisant à lui tout seul vingt ans de recherches sur le comment repousser les limites sonores tout en restant audible, il symbolise tout une frange extrême du métal et du harcore. Aussi artistique que primitive, leur musique est un véritable exutoire. Souvent mes amis essayent de comprendre. Que puis-je trouver dans ses cris ? Que puis-je apprécier dans ce déluge de blast ? Y a-t-il un intérêt humain à s’infliger de telles souffrances ? Je me lance alors dans un plaidoyer qui ne tourne jamais à mon avantage. Je parle de la technique, de l’héritage jazz-core, je présente l’approche totale de la démarche (dont les pochettes d’albums réalisées par le chanteur Jacob Bannon), j’use de comparaisons, je dis qu’il s’agit du Radiohead du Hardcore… Mais rien y fait, personne ne ressent la pourtant inévitable déflagration que déclenche le groupe sur chaque titre.
L’agilité des doigts de Nate Newton, la vitesse de frappe sur les fûts, la folie du riff... dès « Dark Horse », Converge hurle son retour. Un retour non désavoué par « Reap What You Sow ». La chanson éponyme est du Converge pure souche, un single un peu difficile d’accès qui est loin d’être le titre les plus friendly de « Axe to Fall ». « Effigy » est un split avec Cave In où Steve Brodsky, J.R. Connors et Adam McGrath viennent dédoubler la rage (le groupe vient d’ailleurs de sortir le très bon EP « Planets of Old »). Tout y est démesuré, extrême, poussant le groupe dans ses derniers retranchements.
La noirceur se dégageant lorsque le groupe ralentit le tempo se manifeste au travers de « Worms Will Feed » ; Jacob Bannon y paraîtrait presque apaisé dans le sens où l’on distinguerait presque des mots sous les cris. L’inouïe maîtrise instrumentale du groupe lui permet de caler entre deux assauts soniques des ambiances post-hardcore. Comme si Kurt Ballou n’était pas assez énervé, le groupe fait intervenir Ulf Cederlund sur « Wishing Well ». « Damages » transcende la puissance de par ses accélérations (ter)riffiques avant de déployer le chaos.
« Losing Battle » est un euphémisme, tant ne serait-ce que défier le groupe serait suicidaire sur ce titre très punk-à-chien. « Dead Beat » est une incroyable démonstration technique où Ben Koller essaye de gagner du terrain sur son guitariste, en exacerbant la subtilité du jazz dans un jeu des plus violents. La montée en puissance ne s’arrête pas là « Cutter » puis « Slave Driver » affirme la domination de la machine de guerre en rappelant même les mélodies du fabuleux « United Nations ». « Cruel Bloom » est peut-être la première ballade de l’histoire des bostoniens. Bannon se risque à l’exercice en compagnie de Steve Von Till de Neurosis et le pire c’est que sans être mémorable, le titre s’affirme comme un joli moment de dark folk aussi fantasmagorique que du DM Stith. « Axe to fall » se clôture sur « Wretched World » magnifique titre de post métal ambiant qui ne délaisse pas les expérimentations et où Mookie Singerman le leader de Genghis Tron vient poser sa voix désenchantée.
A chaque opus, Converge semble à la fois repousser les limites de la violence et de la technique, tout en s’ouvrant toujours un peu plus sur d’autres styles. Incroyablement varié, sans pour autant jamais renié son identité, « Axe to Fall » est un pas de plus vers le sublime pour Converge. Aussi complexe que « Jane Doe » et aussi rentre dedans que « No Heroes », ce nouvel album consolide la légende. Converge trône tout en haut de la pyramide du hardcore et semble comme toujours intouchable.
Note : 9/10
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10 commentaires:
20 octobre, 2009
+1
post le sur le mur de converge ca leur fera plaisir (et toi de la pub)!
20 octobre, 2009
Ah ouais ça déconne pas avec la violence, je connaissais pas Converge mais ça a l'air bien extrême...
20 octobre, 2009
j'aime bcp le ,1 ;-) :-P
20 octobre, 2009
Ouais je sais que je vais me faire tacler la-dessus, mais bon j'ai mis 9 à pas mal d'albums ces derniers temps (Le Loup, Centenaire, Antipop Consortium) et je voulais dire que Converge c'était mieux !
Dans tous les cas, mon nouveau tableau Excel multi-critères me sort dorénavant des notes à dixième, donc voilà faudra vous faire à cette pitchforkisation :p
20 octobre, 2009
Le 9,1, c'est parce que tu le trouves un poil mieux que "No Heroes"?? ;-)
On a mis notre chronique en même temps et tu verras par toi-même que nous sommes d'accord (4,5 / 5) sur la qualité de cet album!
En effet, CONVERGE sont presque énervants de constance et nous proposent quelques jolies surprises, surtout en fin d'album (Wretched World et surtout Cruel Bloom). Bien entendu, 2-3 titres sont un peu en dessous (je dirais Effigy et Cutter), mais il y a de telles tueries (Dark Horse, Axe to fall, Losing Battle) qu'on pardonne vite...
Quelle maîtrise technique (Ballou est surviolent!!), quelle constante, quel talent!!
L'album de l'année, peut-être...
SysTooL
PS : Je mets ta chro en lien
20 octobre, 2009
Wow. Putain. Y-a un truc là. Vais réécouter parce que ça fait quand même beaucoup de claques d'un coup.
Mais à priori assez en phase avec ta chronique.
20 octobre, 2009
Quel bonheur de retrouver des titres aériens comme sur Jane Doe!
21 octobre, 2009
c'est tres mitigé tout ça, certains pensent qu'Axe To Fall n'est pas original, d'autres pensent que c'est la révélation du siècle... Pour ma part je ne suis pas difficile, j'avoue que c'est moins le bordel, mais c'est tout aussi violent. Et ça fait pas de mal un peu de construction, tout en restant dans les normes Convergesques.
Et je trouve aussi que "Cutter" c'est une tuerie, le riff est efficace et c'est surement celle que j'écoute le plus, mais ce n'est que mon humble avis ^^
Moi j'pense que cet album apporte du nouveau, et donne une image plus construite du groupe, et ça dérange beaucoup, alors du coup les gens critiquent, mais j'trouve pas ça juste parce que cet album c'est la guerre ^^
21 octobre, 2009
nice post..radiohed is metal..
22 octobre, 2009
Dans la continuité, Converge s'affine, si j'puis dire,
d'album en album. Les ayant vus en live à Montpellier après la sortie de No Heroes, j'peux te dire que l'assistance (dont moi) était en transe complète au bout des 1h30 de concert..
United Nations en effet ça flaire bon la spontanéité hardcore et la fluidité du bordel.
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