Post-Folk Noisy anglaise / 2009. J’aurais tellement voulu jouer les érudits, commencer cette critique sur une longue rétrospective de l’histoire de Current 93, vous raconter de A à Z l’histoire d’un groupe dont la mythologie est aussi extravagante que celle de Killing Joke. Oui j’aurais souhaité vous parler de l’approche mystique, du psychédélisme christique, de la Bible qui converse avec « Les Chants de Maldoror » de Lautréamont. J’aurais aimé vous compter les rencontres de Tibet, l’homme qui a toujours été à la tête de l’entité pluri-céphale Current 93, développer sur son cercle musical qui va de Bonnie Prince Billy à Andrew WK en passant par Nick Cave. Oui j’aurai voulu mais la légende est plus forte que moi et je manque de compétence sur ce sujet qui mériterait une thèse. Je ne saurais même pas par quoi commencer. Quel disque vous conseiller ? Quel fil conducteur à suivre ? Current 93 est un groupe bien trop opaque, il ne se raconte pas et ne se vit que par intermittence.
En 2006, l’habité « Black Ships Ate The Sky » m’avait déjà complètement déstabilisé tant les effets étaient impossibles à retranscrire, et on ne pourra pas dire que ce « Aleph at hallucinatory mountain » viendra fournir son lot d’explications supplémentaires.
Un enfant empli d’une naïveté cruelle prononce ces quelques mots : « Almost in the beginning was the murderer », puis des sons de l’enfer s’alternent avec des silences de l’Odelas pour qui serait en mal d’aurore. Tibet apparaît comme un ange déchu et domine « Invocation of almost ». Les frissons parcoure le corps tant la musique de Current 93 semble venir d’un autre monde. Sur un arrière fond d’obédience drone mais qui ne délaisse pas les solos de guitares, le chanteur délivre un spoken word de l’apocalypse. La douce intro mystico-world de « Poppyskins » qui aurait, chez d’autres, été des plus ennuyeuses intrigue. Les sonorités sont multiples mais si discrètes qu’il faut une grande attention pour en saisir toutes les subtilités ; une note de basse par ci, un crissement de clavier par là. « Aleph at hallucinatory mountain » est une incantation religieuse sans fin. Je n’ai évidemment pas besoin de préciser que toutes les chansons s’enchaînent et n’en forment presque qu’une.
On ne définit pas la musique de Current 93, c’est elle qui vous définit qui vous englobe dans son flot ininterrompu, dans ses formats incongrus, dans ses mélanges improbables. Elle vous entraîne dans les tréfonds de son rock baroque (« On docetic mountains »), sur les chapitres de son histoire où on jurerait entendre le Gainsbourg de « L’histoire de Melody Nelson » venir délivrer un message (« 26 April 2007 »).
« Aleph is the butterfly net » détruit puis reconstruit les codes de la musique contemporaine. Refrains, couplets et ponts sont des notions obsolètes tant chez Current 93 chaque instrument possède sa propre voie, sa propre raison d’être et ce indépendamment du carcan de la chanson. « Not because the fox barks » se fond dans une ambiance pré-stoner, l’ombre d’un Black Sabbath sous acide transpire au travers de guitares hargneuses. « Ur shadow » est une ballase post-folk que n’aurait pas renié Wovenhand. « AS real as raimbows » est une chose que je n’ai pas encore réussi à cerner mais la patience est un allié non négligeable avec un tel groupe.
Aleph est la première lettre de l’alphabet hébreu, mais afin de comprendre la musique de Current 93, on aurait préféré que Tibet fasse référence à l’Association Lilloise pour L'Étude de la Psychanalyse et de son Histoire ; sûrement qu’ils auraient pu nous aider sur son cas. Le génie de ce disque est à l’image de son opacité. Bon courage à tous.
Note : 9/10
>> A lire également, la critique de Vincent B sur Mille Feuille et la critique de Twist sur I left Without My Hat
BEAR IN HEAVEN - Beast Rest Forth Mouth
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[image: Bear In Heaven Beast Rest Forth Mouth]
Psychédélique électro krautrock américain / 2009. Epuisés d'avoir su dès
janvier quel serait l'album de l'...







9 commentaires:
30 octobre, 2009
Quand le courage me viendra, j'essaierai de me plonger dans cet univers qui me semble en effet bien opaque au premier abord.
30 octobre, 2009
Ah bah si je pensais lire une critique de C93 ici ! Excellent ! Je ne connais que quelques disques de ce groupe hors-normes, c'est-à-dire rien vu le foisonnement de la discographie... En tout cas je conseille à ceux qui voudrait découvrir C93 l'album "Island" sorti en 1991, il est vraiment superbe...
"Mal d'aurore", ahah ! :)
30 octobre, 2009
Hey Jumbo, content que tu ais compris le jeu de mot sur Maldoror ;)
Je ne sais pas pourquoi tu es surpris de trouver du C93 ici, tant c'est un groupe que j'affectionne depuis toujours. En plus je n'ai jamais caché mon attachement à tout ce qui est indie-dark-folk-noisy ;)
30 octobre, 2009
Je connaissais pas pour le coup. Encore une belle découverte réalisée ici ;)
30 octobre, 2009
Un des plus beaux disques de cette année. Très nettement.
30 octobre, 2009
Beau disque, belle critique (L'Aleph, j'en reviens pas que ce truc existe vraiment)
30 octobre, 2009
Album assez curieux dans la discographie de C93, mais néanmoins excellent.
Pour ceux qui voudraient découvrir le groupe, je conseille les albums "Thunder Perfect Mind" et "All the Pretty Little Horses (Theinmostlight)" qui me semblent être les plus abordables.
30 octobre, 2009
Merci pour le lien msieur! :)
Tibet un est type formidable: sortir une telle oeuvre après tant d'années, fallait le faire.
Pour l'instant, dans mon top 3 de l'année. Un disque fantastique. Terrifiant mais fantastique.
03 novembre, 2009
J'en ai trouvé un autre qui est dans l'incapacité d'expliquer l'adoration pour ce disque. Mais il est beaucoup plus lâche : c'est moi.
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