Noise rock expérimental / 2009. 15 ans jour pour jour qu’il avait quitté son job d’ingénieur métallurgiste pour enseigner la boxe dans ce petit club de la banlieue de Providence. Le monde changeait, le Rhode Island changeait mais il restait le même, intransigeant avec les autres, dévoué à sa cause. Les premières années n’avaient pas été faciles : l’absence de revenu, les élèves qui ne se bousculaient pas à la porte et sa femme qui avait fini par partir avec leur gamine de 5 ans sous prétexte qu’il n’était qu’un gosse hargneux qui était prêt à sacrifier sa famille pour assouvir ses aspirations personnelles. « Les inévitables affres de la création d’entreprise, un sacrifice nécessaire » pensait-il alors.
Entre 2003 et 2005, sa pugnacité et ses méthodes d’enseignement lui permirent d’acquérir une certaine réputation qui commença à s’étendre bien au de là des frontières de Providence (« Ride The Skies » et le fabuleux « Hypermagic Mountain »). Il était de plus en plus sollicité et se déplaçait un peu partout sur le continent pour partager son expérience dans d’autres clubs. On parlait de la rage de son crochet du droit, de son uppercut dévastateur, ses cours étaient emplis d’une saine violence qui extirpait chez les élèves le meilleur d’eux même. Quant au ring… le ring… disons que malgré les années, ce n’était définitivement pas le genre d’adversaire qu’on souhaitait rencontrer lors d’une compétition officielle.
C’est en 2009 que le club commença à souffrir de la concurrence qui ne cessait de s’accroître. La boxe était redevenue à la mode et un bon paquet de jeunes, y compris des anciens élèves, se lançait dans le business. Dans ce genre de contexte il aurait du montrer les crocs, rappeler qui était le maître, prouver que son expérience lui conférait toujours un temps d’avance. Mais au lieu de ça, il faisait du surplace (« Sound Guardians »), restait prisonnier des méthodes qu’il avait naguère inventées (« Transmissionary »). Quant aux rares fois, où il essayait de sortir des sentiers battus, de sortir de la routine de la corde à sauter, ses élèves lui faisaient bien comprendre combien il était hors propos (« The Sublime Freak »)
Certes sa force de frappe, consécutive à des années d’entraînement draconien qui ne souffrait pas des intempéries, des saisons ou des baisses de motivation, était restée intacte (« Nation Of Boar », « Funny Farm ») et dévastatrice (« S.O.S »).
Le coach ressassait, il marmonnait la même histoire qu’il était dorénavant le seul à comprendre (« Collosus »). Avait-il vieilli sans s’en rendre compte où était-ce les démons du passé qui lui jouait des tours ? Comme beaucoup d’homme de son âge, il buvait de plus en plus, le whisky irriguait ses veines et lui faisait parfois perdre le fil (« Flooded Chamber »), il se lançait alors dans des monologues sans fin où il était question de Maria et d’Olivia. Personne ne l’écoutait parler dans ces moments là. On attendait juste que ça passe, qu’il finisse de confier à lui-même ses angoisses, et qu’une petite larme glisse en suivant le chemin dessiné par ses rides sur ce visage toujours aux aguets mais marqué par la vie (« Rain on lake I’m swimming in »).
L’étincelle pétillait toujours au fond de ses yeux, mais quelqu’un avait besoin de lui redonner une raison de se battre. Depuis qu’elle l’avait quitté, il n’avait jamais donné signe de vie. Il savait pertinemment que son projet demanderait des sacrifices, et tout ça avait été mûrement réfléchi. Jamais il ne se serait abaisser à la supplier de revenir, ça aurait été humiliant pour lui et injuste pour elle. Mais Maria n’était pas le problème, juste une défaite noyée dans mille victoires.
Quelques mois plus tard, dans un club où il faisait une démonstration non pas sur le ring mais à même le tapis, avec les élèves assis autour de lui en tailleur, son attention se porta sur une jeune fille d’une vingtaine d’année ; les femmes avaient toujours été rares dans ses cours jugés trop abrasifs. A la fin du cours, il ne put s’empêcher de l’aborder. Elle s’appelait Olivia et après lui avoir parlé, il avait un nouvel objectif dans la vie. Nul doute que son prochain album serait meilleur.
Note : 5/10
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7 commentaires:
26 octobre, 2009
Bah on ne peut pas dire que le coup de Air n'était qu'un cas isolé. Encore une fois c'est plutôt réussi. J'aime énormément cet impression de lire autre chose qu'une chronique et de pourtant comprendre parfaitement ton point de vue sur l'album. C'est vraiment très fort !
26 octobre, 2009
Tiens quand j'ai vu 5/10, je me suis dit que j'allais gueuler parce que j'adore ce nouveau Lightning Bolt, mais ce type de critique n'appelle vraiment pas à la polémique. Du coup, même si je vois où tu veux en venir, je ne me sens pas l'envie de débattre ;)
26 octobre, 2009
Nice ;)
26 octobre, 2009
Perso j'aime énormément, c'est vraiment agréable à lire et ça donne un intérêt supplémentaire. Parce que faut pas se mentir, une critique de disque ça reste d'habitude réservé au vrais passionnés.
L.
27 octobre, 2009
Ah ah au début, j'ai pensé qu'il s'agissait d'une intro sur le chanteur du groupe, qui faisait de la boxe dans son enfance... :-)
Excellent, Ben!
SysT
27 octobre, 2009
Ben il est passé où mon com' d'hier.
Je disais que j'aimais bien ton histoire mais que ce disque valait bien mieux que la moyenne. C'est certain il est bruyant, sale, chaotique (tout l'inverse de Biolay) mais ça sort des sentiers battus. Très bon disque.
27 octobre, 2009
@Systool : Thks
@KMS : Je suis vraiment un gros fan de Lightning Bolt et connaissant parfaitement leur discographie, j'ai vraiment trouvé que Eartly Delight manquait d'innovation, de prise de risque, ce qui est un peu le comble pour un groupe qui tente tellement de choses. Mais bon, comme je le laissais sous entendre, je pense que le groupe est juste à un stade de remise en question et que le prochain opus sera monstrueux.
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