Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

MAX ET LES MAXIMONSTRES de Spike Jonze

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (1 vote)
8,5 /10
9 /10

Quelques lignes dessinant le contour d’une histoire, des dessins au trait quasi enfantin, le tout formant un conte qui aura marqué à jamais l’imaginaire collectif via un pouvoir d’évocation caractéristique de l’adage « En montrer le moins pour en dire le plus ». De cette matière réputée inadaptable de par sa concision, Spike Jonze a tiré un film qui va bien au-delà de la simple adaptation. Non seulement « Max et les Maximonstres » est d’une fidélité exemplaire à son modèle, mais surtout il le transcende en complexifiant psychologiquement parlant ce qui n’était alors qu’un simple ressenti.

Là où certains se sentent obligés de souligner trois fois la moindre métaphore, Dave Eggers et Spike Jonze donnent une leçon de cinéma en terme de retenue. Ayant conscience de combien le spectateur maîtrise les codes, ils ne s’attardent jamais sur l’inversion des valeurs de l’échelle sociale qu’implique la position de Max chez les Maximonstres. Le film ne traite que de la solitude et chaque protagoniste en incarne une facette différente, chaque facette étant ainsi une partie du puzzle des états d’âme de Max. La rage, la peur, le besoin d’être guidé, la frustration de ne pas être écouté, le renfermement sur soi-même, la manière de se tourner vers de nouveaux amis « imaginaires » (les chouettes), tout concourre à expliciter avec sensibilité les affres de l’enfance.

L’image est riche et le grain profond ; la photographie stylisée tout en restant indé : le film transpire à la fois la démesure et l’économie de moyen. Carol et KW sont d’un réalisme émotionnel bien plus émouvant que n’importe quelle bestiole bleue qui ne sait exprimer que le courroux ou la joie. Voir les monstres évoluer dans ce monde fait de bric à brac où la poésie est présente au détour de chaque pierre et où la maquette d’une cité humaniste touche bien plus qu’une plongée en apnée dans un monde trop virtuel, rappelle forcément l’approche cinématographique du comparse Gondry.

On a souvent reproché aux réalisateurs venus du clip et/ou de la pub de n’être que des artisans de la machine holywoodienne, mais il semble bien qu’aujourd’hui la tendance s’est définitivement inversée et que la flamme d’un cinéma beau et intransigeant avec lui-même comme avec son public soit portée par cette génération qui conçoit ses oeuvres comme la projection de petits univers extraordinaires qui m’exalteront toujours plus que de gigantesques univers ordinaires.

Dans « Max et les Maximonstres », les seuls méchants sont les versants de la solitude et les seuls actions héroïques sont celles qui recréent un lien social. A la fin de son périple, Max n’arrivera pas à solutionner l’équation, il ne sauvera ni son peuple ni lui-même, il décidera juste de faire ce que nous décidons tous de faire : enfermer la solitude, apprendre à vivre avec et aller de l’avant.

Note : 8,5/10

>> A lire également, la critique de Rob Gordon sur Toujours Raison

5 commentaires
  • Rob
    28 décembre 2009
    Salopard, t’as mis que 8,5, ta tête est d’ores et déjà mise à prix.

  • Joëlle
    29 décembre 2009
    j’ai trouvé ce film d’un ennui, mais d’un ennui.
    Faut dire aussi que je n’avais qu’un vague souvenir du bouquin et que j’en attendais beaucoup (du film).

    Mais ce fut vraiment une énorme déception: j’ai trouvé le gamin horripilant, ce film plein d’une méchanceté qui va au delà des peurs d’enfants, et je ne lui trouve vraiment RIEN en rapport avec la poésie des films de Gondry.
    Quant à l’exploration de la solitude comme tu dis, moi je n’y ai vu que l’expression de la naiveté (voire de la bêtise)d’un enfant.
    C’est bien fait, l’image est jolie effectivement, mais c’est chiant.
    Mais je reconnais bien volontier être complètement passée à coté pourtant j’y allais vraiment pleine de bonne volonté et d’à-prioris positifs.

  • Benjamin F
    29 décembre 2009
    @Rob Gordon : Bah il faut dire que comme le dit Joëlle, il y a quelques moment où le film frôle l’ennui tant on ne sait pas où veut aller Jonze. Il perd donc 0,5 point :) Mais sinon, je pense que tu tiens un concept, on devrait faire des affiches « Wanted » et les relayer un peu partout.

    @Joëlle : Oui je vois bien ce que tu veux dire. Je trouve aussi que Max est souvent horripilant mais ça participe au charme du film et à sa capacité à s’éloigner des clichés et du personnage de l’enfant attachant. Max c’est un hyperactif dépressif, on a forcément envie de lui mettre des claques :) Pour ton rapprochement entre la solitude et la naïveté, tu as encore raison mais justement ce qui est intéressant c’est comment les erreurs d’analyse de la réalité par un enfant peuvent transformer un univers normal en puit de la solitude. Film étrange dans tous les cas :)

  • Joëlle
    29 décembre 2009
    @benjamin: Je pense que seul un adulte peut percevoir ce que tu dis sur la solitude et les angoisses de Max et c’était probablement pas ce que je voulais voir.
    Je m’attendais à un film pour enfants. Pas dans le sens ou les enfants sont tous sages et mignons mais dans le sens où les émotions sont aussi perceptibles par eux et crédibles pour leur âge.

    Là j’ai juste l’impression d’avoir vu un adulte mal dans sa peau faire jouer ses propres angoisses par un gamin déguisé en loup(d’où le fait que ne j’ai perçu que les cotés aggaçants du film).

    Les enfants sont souvent mal dans leur peau aussi (j’en suis la preuve vivante hein) mais je doute que leurs monde ressemble à ça, en tout cas pas leur imaginaire (leur quotidien est violent oui, mais pas le monde où ils se réfugient).

    Enfin je sais pas si c’est clair c’que je dis, mais pour résumer j’ai pas adhéré au truc quoi :)

  • Bertrand
    30 décembre 2009
    Seulement 8,5? Méfie toi des trolls pro Spike Jonze (Alias?) qui risque de débarquer.

    Celui-là je veux bien le regarder pas comme Terminavator et ses répliques à la Rambo 3.

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