Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

GET WELL SOON – Vexations

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
/10

Il m’avait fallu un certain temps pour me plonger dans « Rest now weary head you will… » mais au fil des écoutes un vent de fraîcheur avait soudain soufflé sur l’apparent inintérêt. Cette folk popisante ne manquait pas de chansons auxquelles on s’attache. « Vexations » provoque exactement le sentiment inverse : passionnant à la première écoute il ne tarde pas à livrer ses failles.

Une comptine et des violons dissonants ouvrent ce second album en quête de personnalité (« Nausea »). La voix de Konstantin Gropper affirme une nouvelle profondeur et l’allemand semble en quête de rédemption. Malheureusement la rédemption doit être un véritable voyage et ne peut s’acquérir en à peine trois minutes. Car si le chant maintient le cap, les instrumentations acquièrent rapidement une confiance immodérée dans leur magnificence (« We are Free ») au point de transformer Get Well Soon en un Belle & Sebastian qui aurait passé son adolescence à se goinfrer de sucreries au lieu de lire des livres. (« Seneca’s Silence »).

Alors que certains sont faits pour vivre dans le bruit et dans la folie des instruments, c’est quand les violons se font plus discrets, quand la densité sonore s’amenuise que l’on a le plus envie de suivre Konstantin Gropper (« Red Nose Day »). Il suffit que tout le monde se taise pour que le berlinois laisse exploser des émotions intimes prisonnières de sombres carcans (« That Love ») et emprunte les chemins sinueux qu’a autre fois fréquentés David Sylvian (« Burial At Sea »).

Dommage que cette solitude soit corrompue par cette mièverie pop qui peut vite s’avérer insupportable, d’autant plus quand la musique s’entoure d’une aura pseudo-dramatique (« Werner Herzog Gets Shot »). On sent que derrière cette voix, qui il faut bien l’avouer ne manque pas de profondeur, se cache des ambitions comme il en traînait déjà sur « Showbizz » de Muse (« Aureate »). C’est ça, il y a chez Get Well Soon des intentions cachées qui empêchent les chansons de s’épanouir dans le noir (« 5 Steps 7 Swords » qui aurait pu être une reprise folk d’un titre de Britney Spears). Ajoutez à cela quelques aberrations mélodiques sur certains refrains et la méfiance ne vous quittera plus (« We Are Ghosts »).

Au final, il existe un sacré paradoxe sur Get Well Soon tant le dyptique attraction/répulsion ne cesse de venir frapper à la porte de ce chalet urbain qu’est « Vexations ». Ici on aime jouer avec les nerfs et on livre au sein de la même chanson à la fois de poignantes introspections et des instrumentations qui manquent tragiquement de retenues (« A Voice In The Louvre »).

Avec « Vexations », l’allemand gagne en cohérence de style ce qu’il perd en cohésion qualitative. Le magnifique et le grandiloquent ne cesse de se mélanger comme un amour qui hésite entre passion et niaiserie.

Note : 5/10

10 commentaires
  • Anonymous
    27 janvier 2010
    Je ne sais pas trop quoi penser de ce groupe. C’est bien mais on se demande pourquoi, à quoi ça sert.

  • Karl
    27 janvier 2010
    Et bien moi je le trouve plutôt surprenant ce disque. C’est vraiment très riche et complet ! C’est marrant que le premier Get Well Soon avait tant plus alors que celui-ci plus ambitieux semble décevoir.

  • Anonymous
    27 janvier 2010
    Chacun ses goûts… ; je lis un peu partout des critiques enthousiastes ; aux premières écoutes, l’album me plaît beaucoup ; et en live, c’est absolument magnifique (même en formation restreinte, pas plus tard qu’hier en showcase à la fnac halles). Que demande le peuple ?

  • Thibault F.
    27 janvier 2010
    Parmi les groupes récents, c’est le seul dont la musique me laisse totalement de marbre. Je ne comprends rien à ce groupe. C’est comme être en face de quelqu’un qui parle une langue étrangère en face de vous. Je trouve ça ni bien, ni mauvais, ni grandiloquent, ni minimaliste, ni rien. C’est le trou noir quoi :) Ma note: ?/10

  • Nathan
    27 janvier 2010
    J’ai trouvé que ce disque avait un goût de trop peu par rapport au précédent… Du genre les chutes qu’il fallait sortir, ré-enregistrées et retaillées légèrement.
    J’attends de voir live ce que ça donne, en avril je crois.

  • Catnatt/belâm
    28 janvier 2010
    J’ai adoré le premier. Enfin « Rest now blabla u will get well soon ». Au bout d’un an, j’ai gardé 4 chansons. Là, je ne suis pas tentée d’aller plus loin. Faudrait que je prenne le temps d’écouter mais ca me donnne la flemme. Pourtant il y avait une vraie dimension lyrique chez ce mec. Du lyrisme digeste. Quand j’aurais le temps.

  • Benjamin F
    28 janvier 2010
    @Karl : Oui il est plus ambitieux, peut être trop :) Au point de perdre sa retenue…

    @Thibault F : Ouais je vois ce que tu veux dire, mais en même temps il s’inclue bien dans nos univers. On ne peut pas dire qu’il dépareille.

    @Nathan : Perso, je n’ai pas trouvé que les chansons avaient ce côté face B que je ressens parfois à l’écoute de certains disques. A la limite il se démarque bien du fameux Rest now weary head you will… non ?

    @Catnatt/Belâm : Oui c’est vrai qu’on est passé d’un lyrisme digeste à un lyrisme indigeste…

  • Nathan
    28 janvier 2010
    Bah j’ai trouvé ça un poil redondant quoi. L’audace du premier album, ce côté spontané est parti, pour laisser un truc assez fade.
    Mais j’aime bien quand même, en fait, c’est super agréable.

  • Anonymous
    1 février 2010
    Dans la lignée du 1er, ce nouvel album fait du bien à mes petites oreilles sensibles.
    Je ne lui trouve pas de tube phare comme l’inoubliable « If This Hat Is Missing I Have Gone Hunting », ici c’est plus équilibré.
    Pour moi il n’y a rien à comprendre et encore moins à se demander à quoi ça sert (!), il faut juste se laisser prendre au jeux musical et à la voix de Konstantin… et le lyrisme passe comme un Montagny 1er Cru

    Fred

  • Sylphe
    9 février 2010
    5/10 tu es sévère car c’est musicalement très abouti ;) Je reconnais cependant que cet album est très difficile à appréhender par rapport au plaisir immédiat du premier.

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