Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

SPOON – Transference

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
5,5 /10

J’ai toujours perdu mes batailles contre Spoon. Le groupe s’est toujours révélé être une forteresse impénétrable, une tour de Babel qui fédère les peuples mais qui me rejette. De « Gimme Fiction » à « Ga Ga Ga Ga Ga », les texans m’ont toujours toisé du haut de leur notoriété et de la horde de fidèles voyant en lui l’un des plus cultes des groupes indés contemporains. J’ai perdu la bataille et sûrement la guerre. « Transference » me le démontre une nouvelle fois, je ne comprendrai jamais l’engouement, je ne me rallierai pas au troupeau.

Spoon est-il un mauvais groupe ? Assurément que non ! Il est juste l’archétype d’un rock qui me laisse froid. Trop léché, avare en mélodies, à la fois trop et pas assez pensé, rien ne m’excite là dedans. « The Mystery Zone » est particulièrement représentative de la pop sophistiquée cher au groupe. La machine ronronne parfaitement, rien ne dépasse et la moindre incursion légèrement noisy semble avoir été calculée algorithmiquement. De même « Is Love Forever? » semble être à la fois rugueux et unificateur, alors qu’il ne fait au fond que cacher ses aspiration college rock.

Ce qui est étonnant pour un groupe au succès si retentissant, c’est combien il ne se passe rien sur certains titres. « Who Makes Your Money » voudrait donner dans un krautrock pop mais n’hypnotise jamais tandis que « Nobody Gets Me But You » espère réchauffer les cœurs via un white funk qui laisse on ne peut plus froid. Quant à « Before Destruction », il use d’effets de voix d’un autre temps.

De temps en temps heureusement, l’alchimie instrumentale permet de déployer un post-punk groovy très accessible mais plutôt sympathique (« Written in Reverse »). On savoure ce rock qui transpire les grands espaces tout en sentant la sueur des clubs underground (« Trouble Comes Running »)

Alors bien sûr on pourrait dire qu’au fond Spoon c’est un peu Stereophonics qui essayerait de faire du Fugazi (« Got Nuffin »), qu’il y a quelque chose de noble dans le fait de faire de la pop teintée de riffs incisifs et d’attaques de batterie millimétrées mais à l’écoute de ballades aussi creuses que « Goodnight Laura », il y a quand même de quoi s’interroger sur le sens de tout ça. Non vraiment il y a de la rengaine américaine sur des chansons comme « Out Go the Lights ».

Il serait un peu tard pour oser prétendre que Spoon est un usurpateur qu’il faut déloger (mine de rien « Tranference » est tout de même le sixième album). En revanche, je maintiens qu’il s’avère insupportablement surcoté au point de freiner significativement l’indicible adhésion.

Pour ne pas m’aliéner, pour ne pas m’exclure du tissu collectif, je resterai dans l’ombre à écouter « I Saw the Light », La grande chanson de ce « Transference », un classique rock à la puissance contenue qui va bien au-delà d’un « The Underdog » sur l’opus précédent.

Note : 5,5/10

17 commentaires
  • -Twist-
    25 janvier 2010
    Alors bien sûr on pourrait dire qu’au fond Spoon c’est un peu Stereophonics qui essayerait de faire du Fugazi (« Got Nuffin »)
    *****

    Très bon ca.

    Sinon, tu me rassures. Quand j’ai vu ta note dans mon netvibes, je me suis dis « aïe ». Et à la lecture, je me rends compte qu’en fait, tu n’aimes TOUJOURS pas ce groupe. Donc ca va, je suis rassuré, ce disque doit etre bon si on aime le goupe.
    Après, surcoté, dur de rentrer dans le débat avec toi, j’avoue, je serais pas très objectif.

  • Lucien
    25 janvier 2010
    Merci pour cette critique je culpabilisais un peu à ne rien comprendre à Spoon alors que je voyais tous les magazines dire que c’était le plus grand groupe de rock indé du monde. Je trouve Transference surtout chiant. J’aime bien quand tu dis que ça manque de chanson

  • Anonymous
    25 janvier 2010
    Spoon est un des meilleurs groupes de rocks de ces 10 dernières années, mais cet album est largement en dessous de ce qu’ils ont fait auparavant… c’est des choses qui arrivent! Cela ne remet pas en question mon amour absolu pour des albums comme « Kill the Moonlight » ou « Gimme Fiction ». Le suivant sera sans doute meilleur?

  • Anonymous
    25 janvier 2010
    Un groupe de plus auquel vous ne comprenez rien, cela ne surprendra personne

  • Benjamin F
    25 janvier 2010
    @-Twist- : Ouais on rigole mais c’est toujours étrange cette sensation de ne pas « comprendre » un groupe pour lequel vous semblez tous avoir de l’estime :)

    @Lucien : High Five. Putain de culpabilité. On les emmerde !!! Plus sérieusement, je crois pas que c’est parce que j’y comprends rien que ça légitime le fait qu’on puisse ne rien y comprendre :p

    @Anonyme 1 : J’ai honte mais je crois que je n’ai jamais écouté « Kill the Moonlight », pas même avant d’écrire cette chronique. Je me pencherai dessus à l’occasion :)

    @Anonyme 2 : C’est vrai qu’en ce moment, je ne comprends rien à la musique. La preuve, je n’ai pas compris Vampire Weekend et Delphic :)

  • SysTooL
    25 janvier 2010
    J’avais trouvé GA GA GA GA GA très sympa… mais je l’ai vite oublié… et à la sortie de ce Transference, je me suis dit un peu la même chose que toi : peut-être ne comprendrai-je jamais vraiment leur succès indie…

    SysT

  • Anonymous
    25 janvier 2010
    Ah oui Spoon c’est vraiment un mystère. C’est comme Dave Matthews Band, ça doit être des groupes trop américain pour qu’on puisse les comprendre !!!

  • Olivier R.
    25 janvier 2010
    Du Fugazi à la petite cuillère en somme. (hahaha).
    Moi non plus j’y comprend rien à Spoon, mais il y a tellement de choses trop cérébrales pour moi que j’ai cessé de relever.

    N’empêche Encoooore un 5,5 / 10. Quant on te dit que les notes pas bien / satan tout ça tout ça ;)

  • Benjamin F
    25 janvier 2010
    @Olivier R : Demain y aura une bonne note (avec les félicitations et tout, hein, pas juste qu’une note) et donc surtout un très bon album !!!

  • Valoche
    25 janvier 2010
    J’avais jamais écouté Spoon. Jamais avant la semaine dernière (avant de lire cette chronique).

    C’est rien chiant c’truc là. Mais pas chiant assumé genre « on va bien vous plomber parce que c’est notre truc à nous », non c’est un chiant fourbe. Pas assumé.

    Je t’endors avec un morceau tout mollasson et paf quand tu vas piquer un roupillon je te réveille; mais pas avec une grosse tuerie qui va te donner envie de danser, de bouger, de hurler. Non non juste un truc qui va t’empêcher de dormir.

  • Benjamin F
    25 janvier 2010
    @Valoche : J’adore ton commentaire, c’est tellement ce que je ressens à l’écoute de Spoon. C’set vraiment le groupe qui essaye de te baiser. Tu crois que c’est nul, que tu tu peux passer à autre chose, et là ils te foutent un passage sympa qui te fait douter (mais sans te convaincre). Salauds !!!

  • Valoche
    25 janvier 2010
    Ceci dit autant il y des groupes que je ne comprends pas mais que j’aimerais comprendre.

    Sonic Youth par exemple ben même si je commence à m’y faire, je ne suis pas aussi emballé que je devrais (au vu de mes références, de l’emballement général et du fait que quand même j’aime bien ce qu’ils font etc etc).

    Pour Spoon, bon, je vais pouvoir continuer à vivre sans trop me triturer. Je trouve ça bien moyen et puis c’est tout (j’aurai mis 5/10 si je mettais des notes. C’est pile-poil ça: 5/10. Moyen quoi)

  • Benjamin F
    25 janvier 2010
    @Valoche : Sonic Youth, il faut le temps. perso ça n’a pas été implicite non plus. En revanche quand t’es dedans ça devient une inépuisable référence !

  • Panda Panda
    26 janvier 2010
    J’aime bien moi leurs précédents albums, Transference c’est moyen ouai… Donc je vais faire comme Spoon, je vais pas me fouler : voir les commentaires de valoche

  • Xavier
    27 janvier 2010
    « Il est juste l’archétype d’un rock qui me laisse froid. « 
    tout à fait exact! enfin, j’avais trouvé Ga Ga Ga Ga très chiant pour etre précis. J’ai donc décidé d’abandonner là, il y a certains goupes, il ne faut pas insister… (je ressens à peu près la meme chose envers Wilco)
    par contre je ne savais pas qu’ils étaient si connu, je suis très surpris…

  • Nathan
    28 janvier 2010
    J’ai découvert avec ce disque et j’ai trouvé que c’était du sous-Pavement qui aurait copulé avec Oasis.
    Alors je vais écouter un vrai Pavement en me morfondant parce que je raterai leurs concerts.

    Mais la pochette est cool, non ?

  • Anonymous
    14 juin 2010
    Spoon le 15 novembre à l’Elysée Montmartre
    les places sur : http://www.livenation.fr

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