Electro française / 2010. Les disques sont comme des rêves trop réels. Chaque nuit vous vivez à leurs côtés milles et une histoires, des aventures féeriques, des drames psychologiques, des courses effrénées où l’on fuit devant des riffs offensifs. Puis on se réveille en sueur, l’âme rassasiée ou effrayée. Des images restent, d’autres disparaissent. On joue avec les mots, on joue avec les envies. Légitimement, on finit par tout remettre en cause. La réalité devient flou et s’efface avec le temps. Tous ces disques sont des souvenirs, certains nous accompagnent pour toujours, d’autres ont besoin d’une piqure de rappel.
Il y a quelques temps, j’ai reçu un album en provenance de l’adresse « melodiumbox » qui parlait d’un projet intitulé Melodium. Je n’ai pas compris. J’ai fermé le mail puis je l’ai consciencieusement déposé dans la catégorie « à écouter », dans cette catégorie fourre-tout qui déborde de futurs rêves. Il aurait pu longtemps moisir dans ce placard à chimères.
Puis, au cours d’un échange épistolaire 2.0, un de mes lecteurs érudits - de ceux qui orienteraient vos prochains choix de critiques et qui rendraient vaines toutes tentatives de prospection musicale – me demanda si j’avais eu le temps de jeter une oreille à son projet. Avec ce « melodiumbox » dans la barre de destination, je fis tout de suite le rapprochement mais malheureusement pas le bon. Commençant à voir naître une certaine confiance dans les goûts du garçon, je m'empressai d’aller jeter une oreille sur son projet. Les premières nappes étaient électroniques et le mot Melodium trottait dans ma tête à la recherche d’un déclencheur émotif. Et puis enfin je tiltai, mais encore une fois d’une manière incongrue. Melodium ! Les souvenirs me revinrent et « La tête qui flotte » émergea complètement de l’eau. « Il est culotté mon érudit de lecteur de comme ça piquer le nom d’un groupe qui avait tant marqué mon année 2005 ! » La suite vous la connaissez… Mon érudit de lecteur avait toute légitimité à être si érudit puisqu’il s’agissait en réalité d’une des fines fleurs de l’électro française de cette dernière décennie :)
Entre « La tête qui flotte » et ce nouvel opus, beaucoup de choses ont été publiées, des choses qui n’ont malheureusement jamais traversé le mur de la nébuleuse des sorties. Que s’est-t-il passé pendant ces cinq années ? Comment est-on passé d’une electro-pop quasi abstrackt aux contours lettrés (« Se rayer provisoirement de la liste des vivants ») à cette odyssée ambiante d’influences bien plus cinématographiques ? Il me suffirait probablement de demander à mon lecteur érudit. Il accepterait sans nul doute une petite interview. Mais non je préfère ne pas comprendre, rester dans la méconnaissance ; l’incompréhension est tellement plus propice aux rêves.
« Palimpse » est donc la bande originale d’un nouveau voyage. Tout n’y est que velours instrumental. La guitare et les nappes réinventent la folktronica (« In The Forest At Night »), les crépitements prennent nos doutes dans leur bras (« Wreckage ») et des voix lointaines nous guident à travers l’obscurité (« Kissing Disease - First Version »).
Si le discours a changé, si la recette a été revue de fond en comble, il reste chez Melodium cette évidence du songwriting, comme si les chansons étaient écrites, jouées et enregistrées dans la foulées avec une naturelle évidence (« German Voice »). Il ne suffit de pas grand-chose, d’une ligne de guitare tout au plus pour permettre aux chansons de trouver leur chemin (« Guitare Theme »).
Au final, le seul vrai défaut de « Palimpse » tiendrait presque dans son manque de velléités commerciales. A chaque fois que Melodium tient une grande mélodie, on dirait qu’il fait tout pour la garder jalousement et éviter d’en faire une chanson qui pourrait séduire un public plus largue. Dommage par exemple qu'il se refuse sur certains titres à laisser intervenir des invités vocaux qui auraient transcendé les chansons (« Landscapes »).
Une fois de plus, on se réveille en sueur, l’âme rassasiée et effrayée. Rassasiée par l’exquise tenue, par l’insondable cohérence de l’œuvre ; effrayée par ces chansons qui auraient pu être encore plus.
Heureusement, « Palimpse » se clôt sur « Insomnia », une chanson monde qui du haut de sa demi-heure aurait pu être un album à elle toute seule. Avec elle c’est l’assurance de ne plus redormir, de ne plus laisser les états vaporeux cacher sous la brume des albums si importants.
Note : 7/10
>> L'album est en écoute sur le site de Melodium
>> A lire également, la critique de Benoit sur Pop Revue Express







12 commentaires:
26 février, 2010
Très belle chronique Ben, je crois néanmoins que le sieur melodium réfute en bloc l'appellation de folktronica. A forte raison car on constate aisément qu'il n'y a aucun "rythmique percussive" dans cet album. Pour ma part, je prendrais le risque de dire que derrière les field recordings se cache des éléments de l'héritage des musiqes concrètes, surtout sur Insomnia.
Ma chronique devrait paraître d'ici ce week end.
A bientôt.
Ed Loxapac.
26 février, 2010
@Ed Loxapac : C'est justement parce qu'il la réfute que je suggérai qu'il la réinventait, qu'il lui donnait une nouvelle définition. De toute façon, pris au premier degré, la folktronica n'est qu'une juxtaposition de sonorités électroniques et de guitare acoustique (cf le peu de lien qu'il peut y avoir entre Four Tet et Biblio). Enfin dans tous les cas, je ne disais ça que pour un titre et je pense que le principal intéressé aura l'occasion de s'en défendre ici-même :) La piste des musiques concrètes est plutôt intéressante sinon... A creuser...
26 février, 2010
Je viens d'écouter l'album dans sa quasi intégralité. C'est une fois de plus une belle découverte (quoiqu'un peu amené sur un plateau si j'ai bien compris, lol). Je vois où tu veux en venir quand tu dis que ça manque de voix. C'est vraiment comme s'il avait cherché à éviter tout risque de compromission, alors que deux ou trois featuring auraient vraiment donné une dimension supplémentaire. Enfin bon album dans tous les cas.
26 février, 2010
Pour de l'électro, cela m'a l'air un peu original. Je termine mon disque en cours et je file écouter cela. C'est bien les congés, quand même !
Ah, ça recommence à pleurer du côté des petites. L'appel de la tétine ?
26 février, 2010
Très joli mais ça manque un peu de relief quand même.
J'ai vraiment accroché sur deux chansons, German Voice et Insomnia, bien sûr !
26 février, 2010
@Maximilien : D'un autre côté, ça aurait un peu nui à l'aspect cinématographique, mais de l'autre c'est vrai que ça aurait faciliter l'accès à certains.
@Thierry : Oui on va dire que c'est potentiellement de l'electro comme tu peux aimer :)
26 février, 2010
J'écoute sur le site là, c'est très bien surtout Guitar Theme. Ca manque peut être juste d'un gros titre à mettre en avant... J'ai mon idée sur le lecteur mais je me tais (c'est pas moi hein^^)
26 février, 2010
@Thierry : Ouais Insomnia, c'est du lourd quand même :) Après faut laisser un peu le temps aux chanson de t'imprégner. Y a vraiment beaucoup de jolies mélodies.
@Lucien : Chut, c'est un secret :)
01 mars, 2010
J'ai écouté l'album sur le site. Idéal pour s'installer au coin du feu. Arrivant bientôt au printemps, je trouve que ça manque un peu de pep's. Les mélodies sont très belles.
01 mars, 2010
le dernier morceau est impressionnant si on se donne la peine de l'écouter jusqu'au bout !
01 mars, 2010
@Regcontrelamachine : Ouais d'ailleurs je suis allé m'acheté une cheminée pour l'occasion :)
@Anonyme : Un vrai morceau-monde comme je disais !!
07 mars, 2010
Ah oui, intéressant comme son. Ca m'a plu.
Pour ceux qui ont aimé insomnia, Farewell Poetry pourrait vous plaire.
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