Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

DEXTER – Saison 4

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (1 vote)
8 /10
10 /10

[Attention spoilers] Dexter est une série qui a toujours joué sur des confrontations entre le personnage principal et des allégories qui structurent la vie sociale. Ainsi chaque saison Dexter Morgan se sera successivement opposer à la fraternité (Brian Moser), à la justice (Doakes et Frank Lundy) et à l’amitié(Miguel Prado). Dans cette saison quatre, le défi est d’autant plus intéressant puisque l’adversaire est cette fois le « moi », Arthur Mitchell, le Trinity Killer pouvant être vu comme un miroir de l’évolution du personnage central.

Alors que sa première apparition laisse présager un personnage au charisme en deçà, l’acteur John Lithgow transforme rapidement Arthur Mitchell en un des « méchants » les plus savoureux de l’année. La force de l’âge derrière lui mais les convictions toujours au creux de la main, il incarne la folie meurtrière avec un réalisme glacial. Qu’il s’agisse de son rôle de père de famille, de l’enfant apeuré dans un corps d’adulte, ou du tueur sans pitié, il compose un véritable terrain d’exploration pour Dexter.

Délaissant les failles scénaristiques de la saison 3 (et son obscur découpeur), la saison 4 renoue avec une certaine tenue, un classicisme de bon aloi qui use des codes de la série policière pour créer un cadre plausible à son héros (de moins en moins) psychopathe. Ce qui est ainsi charmant, ce sont tous ces seconds rôles dont les petites vies vous auraient ailleurs radicalement ennuyé mais qui ici prennent une dimension bien plus réelle. Les amourettes entre Laguerta et Angel Batista, aussi convenues soient-elles, s’intègrent avec aisance, et même la Debra « Je passe mon temps à dire fuck en chialant » Morgan arrive à tirer son épingle du jeu en démontrant sans cesse à son frère que chacun exprime ses traumatisme de manière différente.

Dommage que l’insanité originelle ne cesse de s’effacer sous les affres de la paternité. De moins en moins malsain, Dexter se transforme de plus en plus en héros. On ne ressent plus l’envie de tuer, le besoin de massacre. Le phénomène attraction/répulsion ne fonctionne plus. Le boucher de Bay Harbor est devenu un héros ordinaire nous laissant orphelin de sa double-personnalité. Jekyll prend le pas sur Mr Hyde.

Bien que peu plausible (Arthur Mitchell ne tue ainsi que lors de ses cycles), la saison 4 se termine néanmoins sur une scène choc où tout chancelle et où les frissons parcourent le corps. Rita incarnait l’innocence, la face lumineuse de l’american dream, la fille gentille qui vous tape sur les nerfs mais à qui vous ne souhaiteriez jamais de mal. La faire mourir dans de telles conditions permet à la série d’à nouveau transgresser les règles, et met en péril le train-train scénaristique.

On imagine bien la saison 5 reprendre 10 ans plus tard avec un Dexter étouffé par la culpabilité et se retrouvant à élever un Harrison Morgan présentant d’évidentes sources de folie meurtrière génétique. Le parallèle entre l’éducation à la Harry et l’éducation à la Dexter pourrait ainsi offrir un joli fil conducteur.

Note : 8/10

15 commentaires
  • Catnatt/belam
    20 mars 2010
    mais…
    mais…
    mais…
    t’expliques carrément la fin ! Mais c’est pêché!

    J’ai adoré cette saison 4. Et la scène de la fin m’a laissée séchée sur place.

    J’aime encore plus quand les scénaristes se démerdent pour que je m’attache à ce psychopathe , « quand mèèèème il est sympa, ce Dexter, hein ?! », frappée par le syndrôme de Stockholm par procuration télévisuelle (je m’emballe…).

    Mais je finis toujours par me prendre une bouffe dans la tronche, « Soyons réalistes, la rédemption est un concept inapplicable à certaines psychoses.. »

    Il est 8h du mat, je ne sais si je suis claire, argh..

  • Thierry
    20 mars 2010
    J’ai un avis un peu plus mitigé sur cette saison 4.
    Je n’ai pas été très convaincu par le personnage de Lithgow et me suis ennuyé sur presque toute la longueur (la saison 3 montrait déjà des signes d’essoufflement) si bien que je ne regardais « plus que » pour le génial Michael C. Hall tout en me demandant si je m’intéresserai encore à la saison 5.

    Heureusement, la boucherie finale est venue rebooster mon entrain ^^

  • Gaël/Sfar
    20 mars 2010
    Je suis vraiment d’accord concernant les attentes, je suis impatiente de voir en quelle sorte de père compte se positionner le nouveau Dexter (j’ose espérer qu’on ne va pas avoir une entourloupe scénaristique du genre une petite amie ou des grands parents qui s’occupent du petit et Dexter continuer comme avant), il faut vraiment partir sur cette piste qui pourra se révéler passionnante).

  • Benjamin F
    20 mars 2010
    @Catnatt/Belam : Evidemment que je balance la fin, c’est le sens du [Attention spoilers] :) Playlist Society est un blog de critiques que a (je crois^^) des envies d’analyse. Et du coup, oui la fin donne la mise en perspective du tout et est donc indispensable ! Bon sinon t’as raison, t’es pas claire, on pige rien là. Euh qu’est ce que tu fais debout à cette heure là ? :)

    @Thierry : Ah pourtant le bougre se démène ! Il livre quand même une sacrée prestation tout en nuance !

    @Gaël/Sfar : Ah oui mails non, s’ils nous font une entourloupe de ce style, ce serait vraiment un coup bas :)

  • Manu
    20 mars 2010
    Je pense que cette saison est de loin la meilleure, j’ai mis plusieurs semaines à me remettre du final (d’ailleurs Benji je pense te défier sur débattons-nous: « peut on dévoiler le final d’une oeuvre dans une critique »?). Et je te rejoins sur le fait que même la vie des personnages annexes devient intéressante.
    Le seul reproche que je ferai serait sur les apparitions du père qui sont un peu trop récurrentes à mon goût.
    Il y aura 9 saisons de quoi déguster encore longtemps!

  • Thierry
    20 mars 2010
    Je ne trouve pas le personnage très fin, en fait. Limite caricatural. Mais ce n’est que mon ressenti !

  • Martin
    20 mars 2010
    Faut arrêter les bêtises, la fin est tellement prévisible ! J’ai été tout sauf surpris, j’attends maintenant avec impatience de savoir avec quelle trame va se dérouler la prochaine saison.

    J’ai en tout cas adoré cette saison 4 qui mérite la note que tu lui a donné, et je suis assez d’accord pour dire que le personnage de Trinity est juste fantastique.

  • Benjamin F
    20 mars 2010
    @Manu : Oui j’avoue qu’on les sent venir à mille lieux les apparitions du père. Pour ce qui est de dévoiler le final, je vois pas où est le souci à partir du moment où tu l’annonces clairement. Je trouve qu’analyser une oeuvre sans la prendre dans son ensemble c’est un peu passé à côté de son sujet :)

    @Thierry : Dans ses conditions, je retourne écouter du hardcore

    @Martin : Et bien écoute, j’étais vraiment passé à côté, j’ai rien senti venir et je suis resté coi :)

  • Laure
    20 mars 2010
    Donc on est parti pour l’allégorie de la paternité ! Je suis bien impatiente :)

  • Thierry
    20 mars 2010
    Bon courage ! ^^

  • Erwan
    20 mars 2010
    Juste pour dire que j’ai pas lu parce que je n’ai pas encore vu les deux derniers épisodes ;-)

  • Lyle
    20 mars 2010
    J’ai juste vu la première saison de cette série que j’ai trouvée assez médiocre.
    Tout dans le pitch et rien dans le contenu.
    Et tellement prévisible…
    Du coup pas franchement envie de voir la suite…

  • Loulouille
    21 mars 2010
    j’adore cette série, vraiment cette saison était éblouissante, du même niveau que la 2, grâce au terrifiant et incroyable personnage de trinity, sacré performance d’acteur, dexter c’est vraiment ce qui se fait de mieux à la télé, c’est dérangeant, drôle, flippant, triste…les scènes de famille avec trinity étaient vraiment pleines de tension, le seul truc que j’ai trouvé un peu naze c’est que la journaliste soit la fille de trinity ça tombait un peu comme un cheveu sur la soupe…sinon énorme !

  • Drgbs
    22 mars 2010
    la question est surtout pendant combien de temps peut on arriver à faire une série interessante, sans verser dans le grotesque ou le déjà vu ?

    de ce point de vue Dexter reste interessante car on part d’un personnage solitaire, qui a une petite amie puis une femme puis un enfant puis qui revient quasiment à la case départ.

    bon après on peut discuter de l’épaisseur de tel ou tel personnage mais les choses ne sont pas figées et permettre en plus au personnage d’évoluer dans son caractère petit à petit

    après reste la trame de base « lui vs un super méchant encore plus méchant que lui » qui a terme risque de s’éffilocher c’est vrai

    reste la grande force de cette série nous faire aimer un psychopathe au sang froid

  • Benjamin F
    22 mars 2010
    @Drgbs : Ouais c’est vraiment ça le truc dingue. Si tu fais un sondage, je suis sûr que la majorité des gens « respectueux de la loi » ne verraient pas d’inconvénients à avoir Dexter comme voisin voir comme ami. C’est un peu ça aussi la limite de l’exercice. Dexter est-il un tueur en série plausible ? Après plus globalement pour ce qui est du « combien de temps peut on arriver à faire une série interessante, sans verser dans le grotesque ou le déjà vu ? » je pense que la question contient déjà sa réponse. Il ne devrait pas y a avoir de séries dont le nombre de saison n’est pas dès le départ défini. Je ne dis pas que tout doit déjà être écrit (et encore^^) mais les scénaristes devraient savoir à peu près où ils vont ! C’est la force de Lost, c’est le problème de tous les autres…

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