Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

THE DILLINGER ESCAPE PLAN – Option Paralysis

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (1 vote)
7,5 /10
7 /10

Guerre des Dieux au sommet, la violence et la technique face à la technique et à la violence, les deux minotaures continuent de se battre par albums interposés sans jamais se rencontrer. Si Converge est mon Hadès, The Dillinger Escape Plan pourrait bien être mon Pluton. Deux groupes qui possèdent la même fonction au sein de deux dimensions parallèles.

La version romaine parait toujours plus apaisée, plus apte à la compromission (« Farewell, Mona Lisa ») mais cache en réalité une perturbante folie malsaine : trop apeuré par l’idée que la rumeur de la rédemption circule, le quintet hurle à la mort (« Good Neighbor »). La guerre est déclarée.

Peut être à cause d’un line up qui n’a jamais su être stable plus d’un album, les américains semblent toujours à la recherche de repères, et derrière la modernité, on retrouve encore la volonté d’affirmer l’affiliation avec Mike Patton et Faith No More. L’ironie a encore de beau jour devant elle ! On entrevoie même des influences typiquement année 90 via un « Gold Teeth On A Bum » où les cris de Greg Puciato rappellent parfois les hurlements de Soundgarden de la grande époque. Il y a vraiment un côté grunge dans ces refrains qui prennent de l’espace et de la lourdeur, un peu comme si Shovel renaissait d’entre les morts.

Malheureusement les patonneries ne sont pas toujours du meilleur effet. « Widower » débute sur des accords blancs et noirs, mais au lieu de ressembler à du Faith No More siglé « I Started a Joke », le groupe donne plus l’impression d’avoir invité Elton John en featuring. De même sur « I Wouldn’t If You Didn’t » il essaye de mélanger des envies contraires et l’ultra-violence se frotte à des incursions pianistiques un peu ringardes rendant le titre à la limite de l’indigeste. Rien à faire, je ne comprendrai jamais les velléités des groupes de métal à s’obstiner à fréquenter des terres où ils seront contraints par une malédiction éternelle à croiser le ridicule. Néanmoins cela n’impacte nullement l’effroi que provoque l’écoute des cris des enfers.

C’est évidemment sur les titres courts emplis de la quintessence de la violence que The Dillinger Escape Plan se fait le plus mordant. Les guitares partent dans des solos hallucinés sans même que l’ensemble n’en soit moins hardcore (« Crystal Morning »). Dans ses moments les plus old school, le groupe déploie une infernale vigueur tout en plaçant en plein milieu des breaks jazzy (« Room Full Of Eyes »). Tout ça serait presque sexy et groovy. Les enfers sont trompeurs. Plus vite, plus fort, plus technique, « Endless Endings » impose en plus en background un solo typiquement thrash.

« Option Paralysis » brûle d’une rare incandescence sans pour autant éblouir autant que ses deux prédécesseurs. De retour vers l’esprit de « Miss Machine » sans pour autant retrouver des singles de la carrure de « Highway Robbery », The Dillinger Escape Plan s’écarte surtout du chef d’œuvre « Ire Works » et oublie de creuser la voix des brillantes idées passées comme celles du warpien « Sick On Sunday », de l’interlude « When Acting as a particle », ou encore des drilles de « Nong Eye Gong ».

Pourtant, pas la peine d’essayer de se dérober, on y réchappera pas pour autant. « Chinese Whispers » est un titre diaboliquement rock’n’roll, presque arty qui rappelle par moment le rock barré de Liars et « Option Paralysis » contient sa dose de Devil Inside.

Note : 7,5/10

>> L’album est en écoute intégrale sur Deezer

15 commentaires
  • Thierry
    19 mars 2010
    La guerre, c’est pas beau …

  • Lucien
    19 mars 2010
    Ecouté et c’est la déflagration sonore attendue. Tu es dur avec ce 7,5 tant à mon avis ce sera de loin l’album metal/harcore de l’année.

  • Anonymous
    19 mars 2010
    Je viens d’écouter sur Deezer et ça crie vraiment beaucoup trop pour moi !!!

  • Maximilien
    19 mars 2010
    Alors oui ce n’est aussi jouissif qu’un Converge mais ça reste de loin l’un des groupes les plus passionnant du genre ! Le nouveau batteur fait encore des merveilles !

  • Benjamin F
    19 mars 2010
    @Thierry : Y participer non, mais en contempler une version esthétisée oui.

    @Lucien : Encore une fois à partir de 7,5, ça signifie que ça rentre dans mes albums de l’année. Option Paralysis souffre de certains défauts (merci Widower) et reste décevant par rapport à Ire Works. Après ce sera également probablement mon album de l’année dans ce style. (J’espère que personne ne doute ici de ma passion pour ce groupe^^)

    @Anaonyme : Ca ne crie jamais trop :)

    @Maximilien : C’est vrai que je n’ai pas parlé du batteur, qui… qui… qui fait effectivement des merveilles ! :)

  • Thierry
    19 mars 2010
    Je contemple de très très loin, alors ^^

  • Matt
    19 mars 2010
    Cette critique me met l’eau à la bouche, je l’écoute dès ce soir. Là c’est difficile, mes collègues pourraient m’en vouloir

  • SysTooL
    20 mars 2010
    DEP et CONVERGE sont incomparables, à mon sens…

    L’optique est très différente et DEP demeure nettement plus expérimental et ouvert…

    Avec Option Paralysis, les gaillards ont fourni une réinterprétation de Ire Works (en moins bien) tout en réalimentant le fourneau de Calculating Infinity…

    Impressionnant par moments, il comprend également quelques moments maladroits…

    Ce n’est pas l’album de l’année attendu, pour ma part… dommage, cela aurait pu être le skeud de la décennie s’il avait évité quelques écueils…

    SysT

  • Mmarsupilami
    20 mars 2010
    On suit! On suit!

    ;-)

  • Benjamin F
    20 mars 2010
    @Matt : Ah oui jamais de hardcore au travail est aussi un de mes principes de vie :)

    @Systool : Perso mais je ne cherchais pas à les comparer mais plus à souligner l’égal importance et positionnement qu’ils ont dans mon univers culturel. Après Je ne suis pas d’accord quand tu dis que Converge est moins expérimental, moins ouvert assurément mais pas moins expérimental, notamment dans leurs morceaux les plus ambiants hardcore :)

  • Ysunet
    20 mars 2010
    @Benjamin F: Moi, j’aime bien Widower avec un Mike Garson au piano qui gère relativement bien ;-)

  • SysTooL
    22 mars 2010
    Oui, tout à fait, je comprends l’affiliation entre DEP et CONVERGE… mais je persiste à dire que CONVERGE est nettement moins expérimental, également! J’adore ce groupe, même si c’est récent, mais depuis Jane Doe, les albums sont sensiblement les mêmes, hormis quelques trouvailles ici ou là… DILLINGER a creusé un fossé entre Calculating Infinity et Option Paralysis

    Syst

  • Carole
    23 mars 2010
    (ceci est un copier/coller d’un mail envoyé a SysT)

    « Farewell Mona lisa » est à mon sens un très bon titre – un des meilleurs de l’album
    « Good Neighbor » et « Gold teeth on a bum »…Hummm certains passages me font penser à du Pantera oO si, si…
    « Chrystal morning » et « Endless ending »…deux passages très bon en free style (influences Patton) comme ils savent le faire…sinon rien de nouveau.
    « Widower » est un copier/coller de « Mouth of Ghosts » mais plus abouti je trouve et au lieu d’être à la fin, ils l’on mis au milieu…ca fait une pause ^^ Mais je l’aime beaucoup!
    « Room full of eyes », elle a du mal à passer celle-ci…pas indispensable à mon avis
    « Chinsese whisper », bah en fait je l’aime bien…elle a un petit je ne sais quoi.
    « I would if you didn’t »…humm le piano qui revient, pas désagréable mais bon…elle est construite de la même façon que Farewell.
    « Parasitic twin » fallait bien finir sur une note de douceur ^^ Pas inintéressante mais pas indispensable non plus.

    Donc en résumé quelques très bon titres mais effectivement pas très novateurs. L’album est plus accessible à mon sens, souhaitent ils élargir leur public? Surement et on pourra pas leur en vouloir! ^^
    Quant à la présence vocale plus marquée de Puciato est bien effective. Peut être qu’il a pris des cours de chants et souhaitait rentabiliser l’investissement ^^

    Le tout donne quand même un bon album. 7/10
    Mais en dessous de Ire Work

    Voilà ^^

  • Benjamin F
    23 mars 2010
    @Carole : Ouais on est globalement d’accord. C’est un disque en deça sans pour autant retirer quoique ce soit à la dimension et à l’importance du groupe. Enfin il trouvera quand même aisément sa place dans ma discothèque!

  • Frolll Note
    15 juin 2011
    7 /10
    Depuis les débuts, ça ne va pas en s’améliorant, DEP. :/

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