Weird-Rock / 2010. Non content d’avoir publié le formidable « Oversteps » d’Autechre et de s’appréter à nous livrer le nouvel opus de Flying Lotus, Warp nous offre Gonjasufi, machine à mélanger les genres justement produite par Flying Lotus. De Gonjasufi, on ne sait pas grand-chose, quelques infos égrenées, des éléments distillés ici ou là, des rumeurs glanées sur le fil de la toile. A vrai dire à part le fait qu’il est originaire du Nevada, tout reste plutôt flou, au point de susciter comme avec Burial les plus folles suppositions sur son identité (certains ont même rêvé y entendre Sufjan Stevens…)
« A Sufi And A Killer » est un album difficile à situer, une sorte d’electro-punk-soul chantée par un Tom Waits halluciné. Tout ce qu’on peut dire c’est que Warp est de plus en plus imprévisible dans ses choix au point qu’on ne serait plus étonné d'y retrouver signé un groupe de post-hardcore ou de folk cubaine.
Les tâtonnements électroniques restent toujours lo-fi dans l’esprit (« Holidays », « Ancestors ») comme si Gnarls Barkley jouait de la folk. Le groupe apaise (« Dust ») puis crie comme un bluesman affamé (« DedNd »). « She Gone. » a ce côté cirque arménien qui rappelle indéniablement une version folk de System Of A Down. Sentiment non démenti, par le rugueux « SuzieQ » où Gonjasufi est à deux doigts de scander une rage viscéralement rock’n’roll.
On part parfois dans de la BO d’un western hypnotique (« Sheep »), les pistes se brouillent pour former un collage spaghetti psychédélique qui incorpore des samples de toutes les cultures (« Kowboyz&Indians »). C’est définitivement le bordel comme si des dissidents faisaient une fête dans la cave de « Plastic Beach » alors que des invités prestigieux travaillent à la surface sans entrain (« Love Of Reign »).
Parfois un peu bavard, un peu trop aisément funky (« Candylane ») et prônant un fourre-tout parfois fatiguant (« Klowds »), « A Sufi And A Killer » n’en est pas moins une étrange découverte qui devrait révéler à chaque nouvelle écoute des surprises supplémentaires.
D’une hallucinante maturité (« Advice »), Gonjasufi signe ici un premier album souvent jouissif, qui ferait une excellente bande-son pour un futur Tarantino.
Note : 7/10
>> A lire également, la critique de Ed Loxapac sur Chroniques Electroniques, la critique de Benoit sur Hop, et l'article sur Adikt Blog







10 commentaires:
11 mars, 2010
Pour l'instant, je penche plutôt du côté de ton "fourre-tout fatigant" et ne donne que la moyenne au Gonja alors que la majorité des titres, pris individuellement, sont excellents.
C'est l'absence de ligne directrice qui me trouble et me le rend indigeste.
Mais je compte bien réessayer prochainement A force de voir tous vos commentaires et avis élogieux ...
11 mars, 2010
@Thierry : Ouaip c'est pour ça que je ne me suis pas enflammé non plus. Finalement ma critique bien que positive est moins enthousiaste que celle de nos collègues. En revanche je pense que l'album vieillira bien :)
11 mars, 2010
y' tellement de disques retenus, maitrisés, calculés, formatés, calibrés... que quand on en tient un comme celui-ci, ça fait vraiment du bien je trouve !!
11 mars, 2010
@Benoit : Yeap c'est un joyeux foutoir :)
11 mars, 2010
C'est de la bonne ! C'est original sans être faussement nouveau ! J'aime beaucoup. Gonjasufi un nom compliqué qu'il faut pourtant retenir :p
11 mars, 2010
Merci pour la découverte
11 mars, 2010
c'est rare, très rare que j'accroche à un disque qui emprunte autant de directions différentes,
mais là c'est un des disques de 2010 vers lequel je reviens le plus régulièrement, chaque fois le sourire aux lèvres :-)
13 mars, 2010
Pareil, une fois de plus, Benji, merci pour la découverte.
09 avril, 2010
un peu trop de titres peut etre sinon étonnant album
le titre "suzieQ" ne vousévoque pas "I wanne be your dog" par hasard ?
09 avril, 2010
@DRGBS : Ah oui c'est pas faux, il a ce côté salve placé en plein milieu.
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