Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

SEABEAR – We Built a Fire

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
6,5 /10

L’hiver est fourbe et l’homme oublie vite. L’hiver c’est comme la fin d’une histoire d’amour. Sur l’instant, la souffrance est vive et sec, la moindre brise glace le sang, la déprime nous guette et il faut jongler avec des instants de bonheur à usage unique pour réussir à s’en sortir. Puis le jeu des saisons reprend ses droits. Par petites touches, via d’imperceptibles éclosions, la flamme renaît de ses cendres, l’envie retomber amoureux est à nouveau palpable, marcher seul dans des rues abandonnées est à nouveau envisageable.

Il y a chez Seabear cette capacité à se fondre dans le quotidien et à vous soutenir. Les chansons commencent comme d’innocentes ballades pop avant de se laisser irriguer par la festivité des cuivres (« Lion Face Boy »). Cet ami qui n’est jamais intrusif, chaleureux tout en restant discret, est forcément un compagnon de choix. Il combat à vos côté l’isolement et vous pousse à quitter votre cellule de glace pour aller boire des coups avec les autres villageois (« Wooden Teeth »). Il vous emmène courir à tue-tête à travers les grands espaces blancs et vous fait retomber en enfance via d’interminables batailles de boules de neige juvéniles (« Softship »). Vous êtes dans « Max Et les Maximonstres », l’illusion est parfaite !

« We Built A Fire » est un définitivement un disque islandais. Il s’agit d’un kit de survie pour trouver de la chaleur là où il n’en existe que peu. Après une introduction un peu convenue, « Fire Dies Down » sort de son poêle un décrochement mélodico-rythmique qui surprend autant que les étranges épopées d’Arcade Fire, tandis que la douceur énergique de « I´ll Build You A Fire » semble être une allégorie d’un micro-onde bloqué sur la fonction décongélation. A l’écoute des chansons, on se dit si Seabear y arrive pourquoi pas moi ?

Néanmoins malgré cette aide de chaque instant, Seabear reste comme je laissais supposer un bonheur à usage unique. Comprendre vulgairement qu’il ne passera pas l’hiver.

A force de vouloir réchauffer les cœurs, on finit par faire bouillir le sang, le talent de Seabear s’enfuie avec les bulles. Ca dégouline tellement que ça en ressort par les pores (« Warm Blood »). Plus globalement, quand l’instrumentation n’est pas là pour appuyer le chant, la voix de Már Sigfússon n’arrive pas à atteindre ses objectifs émotionnels (« Cold Summer »
). Il y manque une profondeur, une joie ou une tristesse qui nous permettrait de regarder l’avenir différemment. Il faut dire que parfois l’ami a tendance à ne plus croire lui-même dans ses conseils (« Leafmask »).

« We Built A Fire » est un disque pour regarder l’hiver droit dans les yeux. Mais l’homme oublie vite. De la même manière qu’il oublie ses douleurs, il oublie qui l’a aidé à les surmonter. Cet été, alors que nous siroterons des Long Island glâcés au soleil, j’espère que nous aurons un souvenir ému pour ce compagnon de route qui n’aura pas défailli, et que l’année prochaine sa présence nous marquera au point de vouloir l’extirper à tout prêt de son palais blanc.

Note : 6,5/10

>> A lire également, la critique de Benoit sur Hop et la critique de Marc sur Esprits Critiques

12 commentaires
  • Catnatt/belam
    18 mars 2010
    argh. Pourtant il me faisait envie.Mais maintenant que j’ai lu ta critique, ai je envie d’un kleenex alors que j’aime les mouchoirs brodés ? Arf…monde cruel.
    Je vais quand même filer l’écouter. Parfois c’est bon de prendre et de jeter. Ca s’appelle du flirt et c’est le meilleur ami du printemps !

  • Thierry
    18 mars 2010
    J’aime ton : « Néanmoins malgré cette aide de chaque instant, Seabear reste comme je laissais supposer un bonheur à usage unique. Comprendre vulgairement qu’il ne passera pas l’hiver. » ;-))

    Effectivement vite écouté, encore plus vité oublié. Rien de véritablement engageant …

    Bon, je vais faire un effort. D’ici une heure j’écoute les titres d’hier que tu as mis en lien. Mais le « core » me fait peur. Effectivement peut-être trop viril pour moi. A tout à l’heure ^^

  • Laure
    18 mars 2010
    « A force de vouloir réchauffer les cœurs, on finit par faire bouillir le sang, le talent de Seabear s’enfuie avec les bulles. » Pas besoin de s’intéresser au disque, lire des phrases comme ça me suffit :)

  • Lyle
    18 mars 2010
    Bizarrement, je crois que je préfère l’EP vendu avec l’édition limitée à l’album…

  • Loulouille
    18 mars 2010
    ouais comme tu le dis les sorties pop de morrmusic c’est des sucreries qui s’oublient rapidement. et le tunng ? c’est quand la chronique de cette merveille pop.

  • Benjamin F
    18 mars 2010
    @Catnatt/Belam : Ici on est plus dans le coup d’un soir que dans le flirt mais fait toi plaisir :)

    @Thierry : Et pourtant ce n’est vraiment jamais désagréable

    @Laure : Merci, c’est gentil :)

    @Lyle : Pas écouté mais j’essaierai de me pencher dessus

    @Loulouille : Je t’ai dit que je trouvais le Tunng ultra-décevant ? Froid et sans âme ? Enfin tout ça pour dire qu’il n’y a finalement pas de chronique prévue dessus :)

  • Thierry
    18 mars 2010
    Je n’ai jamais dit que c’éttait désagréable. Il n’y a simplement jamais le moindre début d’étincelle, d’éclat. Ca ronronne à donf.

    Sinon, 100 % d’accord avec ta remarque concernant le Tunng.

  • Nathan
    18 mars 2010
    Je suis complètement d’accord.
    Et je préfère le premier album, en fait.
    Malheureusement, la pop devient de plus en plus à usage unique… Je vais retourner écouter Belle & Sebastian.

  • Pierre
    18 mars 2010
    Je trouve que ça reste quand même un très bon disque de pop

  • Thierry
    19 mars 2010
    @ Nathan : « la pop de plus en plus à usage unique ». Et c’est que c’est vrai ! Combien de disques cette année ai-je découvert, apprécié (plus que modérément) lors de la 1ère écoute avant de m’ennuyer ferme lors de la deuxième, puis la troisième … ?
    Tout cela est-ce dû à une multiplication des publications qui nous empêche d’avoir la concentration nécessaire ?

  • Benjamin F
    19 mars 2010
    @Nathan @Thierry : Je ne crois pas que c’est lié au contexte mais bien aux groupes. Un vrai album de pop sur lequel on revient encore et encore, ce n’est pas deux jolies singles, quelques balades pop-folk et trois titres gentillement barré. C’est juste que ce ne sont pas des grands disques mais que leur capital sympathie font que leur accorde avec plaisir deux, trois écoutes. Mais au final, je retrouve ce phénomène sans la majorité des styles.

  • Marc
    19 mars 2010
    J’ai fini par vraiment bien l’aimer cet album, cette façon de ne jamais la ramener, ces morceaux plus riches qu’ils n’en ont l’air. Je comprends qu’on n’arrive pas au nombre des écoutes nécessaires mais c’est une bonne surprise.

    Et puis c’est un album que j’ai réécouté quelques fois après avoir écrit la critique, ce qui n’arrive finalement pas très souvent.

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