Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

A SINGLE MAN de Tom Ford

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (1 vote)
8 /10
8,5 /10

[Attention Spoilers] J’ai toujours aimé penser que les environnements dans lesquels les artistes évoluaient n’étaient que des supports interchangeables, et que le besoin de dire des choses, d’exprimer des sentiments n’étaient pas corrélé au fait d’avoir appris la guitare dans sa jeunesse ou d’avoir été un rat de bibliothèque. Bref, j’ai toujours aimé l’idée un peu galvaudée que l’artiste était universel et que les ponts entre les différentes formes d’art étaient nombreux. Je parle évidemment ici plus de Adam Jones de Tool et de Vincent Gallo que de Jared Leto et Michel Gondry (on peut le dire maintenant que Oui-Oui c’était pas très bien ?). Pourquoi cette introduction me direz-vous ? Tom Ford n’est après tout « que » couturier et « A Single Man » constitue ainsi ses premiers pas dans le domaine artistique. Il ne faut pas mélanger artistes et artisans. On pourrait débattre longtemps autour de ce thème on ne peut plus récurrent, mais partons pour l’instant du principe qu’il y existe des similitudes entre la démarche artistique cinématographique et la création stylistique de haut niveau (Gucci et Yves Saint Laurent). Effectivement, une telle hypothèse permet de légitimer l’évidente sophistication de « A Single Man » et de passer outre les ralentis poseurs et les ambiances mélancoliques aux effluves de spots pour parfum. Acceptons que ses éléments fassent juste partie du background culturel de Tom Ford et que l’essentiel soit ailleurs.

Car oui il y a bien des choses essentielles dans ce premier long métrage. Comme toutes les premières œuvres, celle-ci en dit long sur son auteur. Le choix de l’adaptation du roman de Christophe Isherwood n’a rien d’hasardeux tant il semble permettre à Tom Ford d’extérioriser des sentences clefs qu’on imaginerait bien avoir dormi pendant des années entre deux feuillets d’un calepin Filofax. Le jeu sur cette solitude si pesante, sur ce manque qui pourrait pousser au suicide n’est souvent qu’une mise en scène pour dévoiler ce besoin que nous avons tous de nous faire peur. Il est troublant de voir George Falconer (interprété par l’impeccable Colin Firth dont le brio nous fait d’ores et déjà oublier sa future prestation dans « Bridget Jones 3 ») se moquer du trop plein de dramaturgie de Charley, alors qu’il cherche lui-même à se donner des frissons.

Durant cette journée qui ne cesse via de nombreux plans d’horloges d’appuyer sur le peu de temps qu’il lui reste à vivre, George Falconer ne cessera de chercher des moments instantanés de bonheur qui pourraient potentiellement modifier sa décision. Ainsi à chaque fois qu’une émotion, qu’un ressenti lui rende son humanité, la colorimétrie de l’image s’épanouit et gagne en brillance. Les teintes et les textures ne cessent de donner un deuxième niveau de lectures aux scènes, comme si la luminosité servait à mettre en exergue les émotions indétectables autrement chez ce personnage qui ne laisse jamais rien transparaître. L’exercice stylistique est complexe et Tom Ford s’en sort comme un vieux briscar expérimenté en ne cessant d’alterner classicisme et modernité.

L’ironie de la mort de Falconer, qui décède d’une crise cardiaque alors qu’il venait justement de renoncer à celle-ci, peut paraître légèrement maladroite mais permet au réalisateur de maintenir sa continuité « humoristique ». La vie se joue des gens comme les gens se jouent des autres gens.

Note : 8/10

>> A lire également, la critique de Rob Gordon sur Toujours Raison

9 commentaires
  • Catnatt/belam
    5 mars 2010
    « et de passer outre les ralentis poseurs et les ambiances mélancoliques aux effluves de spots pour parfum. Acceptons que ses éléments fassent juste partie du background culturel de Tom Ford et que l’essentiel est ailleurs. »

    Voilà. Bravo. J’an ai assez que les critiques fassent leurs vierges effarouchées ou plutôt étonnées !! « Oh c’est bizarre ce couturier film comme s’il faisait un film beauté ». Ben oui, crétin. Il va pas faire un film social, non plus. C’est pas une honte d’avoir un univers tres défini lors de son premier film.

    Pas vu, mais je prendrai le temps vu ta critique.

  • Anonymous
    5 mars 2010
    Très bonne analyse. Un grand réalisateur vient de naître.

    P.

  • Joelle
    5 mars 2010
    mais pourquoi faudrait-il justement passer outre les maladresses aussi visible?
    Parce que c’est Tom Ford?
    Parce que c’est un premier film?

    Non, sérieux le coté « oh le personnage est heureux je met l’image en couleur » « oh il est triste, je met l’image en noir et blanc » c’est naze.
    ça n’a AUCUN intéret. Justement parce que Colin Firth joue tellement bien qu’il n’y a pas besoin de ces artifices.
    Je trouve dommage que Tom Ford ne se soit pas rendu compte que la performance de son acteur principal n’avait pas à être soulignée de cette façon.

    Et pareil pour ce faux grain qui pue sur l’image pire que si ça avait été tournée à l’époque où c’est sensé se passer.
    Tout est exagéré dans ce film sauf le personnage principal et la performance de Colin Firth.
    Et tout est over cliché.
    La gentille famille un peu homophobe d’à coté.
    La copine hystéro du gentil gay qui bien évidemment est amoureuse de lui.
    Julian Moore surjoue tellement que j’ai eu qu’une envie la claquer.

    Ce film est très bien (oui je sais on dirait pas que j’ai aimé mais en fait si :)).
    Juste qu’il aurait pu être parfait sans cette espèce d’exagération de style pesante. J’ai eu l’impression tout le film de regarder un mauvais photoblog réunissant tous les erreurs de débutant qui en font trop.
    Je trouve dommage d’ensenser le réal dans ses erreurs.
    Ce bon film passe à coté de la perfection.
    Il aurait pu être subtil dans son ensemble.
    Là la seule chose qui soit subtile c’est le jeu de Colin Firth.

  • Benjamin F
    5 mars 2010
    @Catnatt et @Joelle : Donc oui perso, je maintiens qu’aussi « cliché » puisse-t-il paraitre il s’agit d’un parti pris stylistique cohérent avec l’univers culturel de l’auteur. Les personnages sont évidemment faciles, l’ensemble est grandiloquent. Tout est fait pour que Colin Firth dépareille avec le sur-jeu de l’ensemble. Après je ne pense donc pas que les recolorations n’aient aucun intérêt. Bien au contraire elles servent à sous-ligner des états du subconscient qui vont au de là de ce que peux ressentir l’acteur. D’ailleurs elles n’interviennent pas forcément quand un événement le rend « heureux » mais plus à des moments inopinés qui font que sans raison on croit à nouveau à la vie. Enfin voilà mon intro servait justement à éviter ce débat qui est pourtant bien légitime d’un point de vue cinématographique :)

  • Thierry
    5 mars 2010
    Pas encore vu, mais il est sur ma liste !
    J’ai d’autant plus en vie de le regarder en raison du débat relatif au « style » …

  • SysTooL
    5 mars 2010
    Oups, ben tiens, je connais la fin, maintenant…

    Bon j’en ai entendu beaucoup de bien et je suis curieux de voir la prestation de Colin Firth…

    SysT

  • Benjamin F
    5 mars 2010
    @Systool : ah pourtant, j’avais bien mis le [Attention Spoilers] ! :) Sorry :p

  • SysTooL
    6 mars 2010
    Ah oui je sais bien… mais parfois l’envie de lire est plus forte… et j’imagine bien que A SINGLE MAN a davantage à offrir que cette conclusion… c’est la forme qui m’intéresse en l’occurrence… ;-)

    Merci Ben, toujours un plaisir de te lire

  • Matthieu
    16 mars 2010
    Très bonne critique Benji. Et je te rejoins tout à fait sur l’intérêt des colorations plus ou moins intenses. Je trouve l’effet intéressant et si je peux comprendre le point de vue de Joelle, je ne la rejoins pas pour autant!

    Continue sur ta lancée récente (je trouve) de chroniquer davantage de films. C’est toujours extrêmement instructif et ça offre souvent un nouveau regard au film que l’on sort juste de voir!

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