Exposition / Paris / du 3 février au 28 juin 2010. Les trente glorieuses auront été une anomalie temporelle en dévoilant un monde où l'espoir de lendemains toujours meilleurs transcendait les peurs et les angoisses. Il en découla naturellement des années où la mort n'était plus cet ennemi qu'il faut combattre au quotidien, ce monstre angoissant qu'on ne doit jamais quitter des yeux. Cependant le monde se voilait la face, et il s'agissait plus d'un oubli collectif que d'une aisance par rapport au sujet : « A la libération, la révélation des images des camps fait perdre l'envie pendant 10 ans de toutes représentations morbide : pour l'avoir trop vue, nul ne veut plus voir la mort en face ». Alors que tout le monde craignait que la mort ne réapparaisse par la guerre, c'est par l'épidémie qu'elle revint hanter les hommes : le sida et la fin de l'innocence rappelaient aux hédonistes que tout a un prix. Christian Boltanski introduit les camps de concentration dans ses oeuvres et la mort redevint ce thème avec lequel il est impossible de ne pas composer.
Avec « C'est la vie », le musée Maillol expose les différentes facettes de la mort dans l'art au travers de centaines de crânes. Qu'on l'accepte, qu'on se joue d'elle, qu'on la déifie, qu'on la défie ou qu'on la mystifie, il s'agira à jamais d'une notion qui déroutera l'homme. De la même manière que « Crime et Châtiment » exposait la guillotine prouvant ainsi qu'elle faisait partie de l'histoire, on aurait aimé que « C'est la vie » soit là pour parler de la mort au passé, mais les cranes sont bel et bien un objet organique qui ne sera jamais génériquement un vestige. Du coup on ne peut vivre avec eux que dans une relation de crainte, d'appréhension et de détournements. Dans la première grande salle de l'exposition, un enfant de 5 ans est assis religieusement devant « La tête de mort II » de Niki de Saint-Phalle et, un carnet à la main, en dessine les contours sous les yeux bienveillants de sa mère, en laissant peser son regard curieux et hagard sur la masse blanche. On ne peut mieux résumer la position qu'occupe actuellement la mort dans nos sociétés.
Ainsi avec ses 160 œuvres qui mélangent peintures, photographies, sculptures, objets, bijoux et vidéos, « C'est la vie » reconstitue le parcours de ce qui reste au final l'histoire d'une impuissance humaine face à la mort. On regrettera cependant son manque de structuration du discours et cette organisation chronologique qui évite la véritable réflexion thématique et qui n'apporte que peu d'axes d'analyses aux visiteurs admiratifs de la richesse des oeuvres mais frustrés par l'absence de clefs. D'autant plus que le chemin n'est pas lisse et qu'il faut intégrer dans la mise en perspective les aspects grotesques ou consuméristes qu'ont pu revêtir des cranes devenus instruments de mode comme les autres.
Mais malgré tout, le crane reste l'incarnation du « Final Nervous Breakdown » (Marc Quinn), quelque chose de justement particulièrement humain, comme si au fond il n'était qu'une allégorie créée de toute pièce par l'homme. Plus qu'un message de mort, le crane serait un symbole de vie. Non pas parce qu'il est une vanité qui nous ramènerait à la finitude et à la brièveté de la vie et à la nécessité d'en profiter au maximum mais parce qu'il serait le dénominateur commun de l'existence de chacun, celui qui nous rappelle que nous partageons le même combat, comme le démontre « Identité Nationale » de Raphaël Boccanfuso.
« C'est la vie » prouve que le sens de la mort n'apparait que via un prisme particulier (les tableaux dont l'image se forme dans le miroir cylindrique) et qu'elle est si ancrée dans la nature que l'homme ne pourra la dompter (les photos de crânes/fruits de Dimitri Tsykalov).
Notre rapport à la mort est ambigu et jamais figé, et en ça « C'est la vie » personnifie l'indomptable.
Note : 7,5/10







7 commentaires:
28 mai, 2010
Merci pour cette excellent article. Après avoir vu l'exposition, j'avais souhaité aller plus loin en allant lire diverses analyses sur Internet mais je n'avais absolument rien trouvé de convainquant. Et voilà que c'est sur mon site préféré de musique que je tombe finalement sur le type d'analyse que j'espérai. Encore merci !
Antoine
28 mai, 2010
Oui je suis bien d'accord quand tu parles du manque d'organisation chronologique. On peut effectivement tirer de belles analyses de C'est la vie mais l'expo ne fait pas grand chose pour nous pousser dans ce sens.
28 mai, 2010
@Anonyme : Merci à toi :) C'est vrai que, contrairement aux disques, il n'est pas toujours aisé de trouver "gratuitement" sur la toile de longs textes sur les expositions. Mais bon on finit toujours pas tomber sur des choses intéressantes que ce soit dans les grands magazines que sur des blogs d'art de passionnés. Mais très touché d'être ton "site préféré de musique" ;)
@Laure : Ouais j'avoue que l'exposition est parfois un peu légère en explications et en mises en perspective mais du coup c'est d'autant plus intéressant d'écrire dessus :p
28 mai, 2010
J'avais entendu parler de cette exposition, qui avait d'ailleurs entrainé la parution (ou la réédition ?) d'un Livre des vanités très intéressant et complet.
Ta chronique confirme un peu mes pensées même si tu parles autant de l'exposition que du thème qu'elle traite, ce qui est normal. Mais une exposition autour d'un thème intemporel qui regroupe des oeuvres on ne peut peut plus diverses doit valoir le détour, ne serait-ce que pour la réflexion qu'elle apporte.
28 mai, 2010
Justement, c'est dans l'absence d'une chronologie basique que l'exposition puise sa force. En commençant par l'art contemporain, le visiteur se pose des questions... et il trouve des réponses dans la deuxième partie de l'exposition plus ancienne avant justement de pouvoir être à nouveau confronté à l'art contemporain.
Je regrette quand même une trop grande place laissé à ce frondeur de Hirst et la publicité mensongère de l'affiche laissant croire que son fameux crâne en diamants est présent alors que ce dernier n'existe plus depuis quelques années.
Il n'empêche que c'est une des meilleures expositions que j'ai pu voir cette année avec Freud à Beaubourg et l'accrochage "Je reviendrai" du MAC/VAL. Expos qui relèguent Crimes et Chatiments à Orsay à l'arrière plan. Quelle déception que ce parcours profondément ennuyeux et académique, totalement prévisible.
B2B.
29 mai, 2010
@Spiroid : Je connaissais même pas l'existence de ce bouquin :) Mais oui la diversité et la nature du thème légitiment à eux seuls l'exposition.
@B2B : Ton point sur la chronologie est assez intéressant. Je ne l'avais pas perçu comme ça, mais c'est vrai que cette inversion est génératrice d'une mise en perspective qui aurait peut être été différente si l'ordre avait été respecté. Sinon le coup de l'affiche est effectivement pernicieux :)
J'ai loupé "Je reviendrai" mais j'avais personnellement bien aimé "Crime et Châtiment" malgré son côté académique ; j'en avais longuement parlé ici : http://www.playlistsociety.fr/2010/05/crime-et-chatiment-au-musee-dorsay-810.html
30 mai, 2010
review of the archandroid??
On t'attebd Ben
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