Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

FLYING LOTUS – Cosmogramma

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
7,5 /10

L’abstrack Hip Hop de « 1983 » et les titres qui prenaient leur temps comme « Sao Paulo » avaient débouché sur une signature chez Warp et sur un « Los Angeles » qui imposait Flying Lotus à la fois comme un grand beatmaker (« Sleepy Dinosaur ») et comme un vénéré producteur à la lisière de Dj Krush et de Madlib (confère ses travaux pour Gonjasufi). Mais au jour des événements nouveaux, il semble surtout que le label anglais avait vu en lui un élu capable de reprendre le flambeau et de livrer sa propre vision de l’electronique warpienne.

Steven Ellison semble être devenu à la fois un porte-parole et un historien, et c’est pas moins de vingt années de blast qui défilent sous nos yeux. La basse sur « Pickled! » rappelle les prestations de Squarapusher (elle est en réalité jouée par l’ex Suicidal Tendencies Stephen « Thundercat » Bruner), la balle de ping-pong de « Table Tenis » a été piquée chez Antipop-Consortium, les ambiances tournent autour de Plaid tandis que les drilles et les interludes de Aphex Twin peuvent surgir à tout moment. Le tout prend alors les formes d’un album de Prefuse 73 où de très courts titres déclament expéditivement leur discours avant de s’effacer derrière le suivant (« Zodiac Shit »).

Il en résulte un album étrange, construit bizarrement à partir de bric à brac et tenant maladroitement sur une base brinquebalante. « Cosmogramma » est une tour de Pise, un merveilleux monument dont on craint à chaque chanson qu’il ne s’écrase à cause de la non-compatibilité de la matière de base. Il faut dire que Flying Lotus a l’art et la manière de faire cohabiter des grands titres post-électroniques (« …And The World Laughs With You » avec Thom Yorke au chant) et des chutes de studio qui tournent en boucle pendant six minutes (« MmmHmm »).

L’homme et son laptop est l’architecte d’un monde où rien n’est préalablement réfléchi. Il est à la fois l’anti-Autechre de par cette instinctivité qui ne se lance dans aucun calcul préalable, et l’anti-Four Tet, car là où le premier s’évertue à développer une idée tout au long d’un titre unique de huit minutes en en explorant toutes les facettes, Flying Lotus lui préfère jeter sur la table dix idées au sein d’un titre de deux minutes.

Sur « Recoiled », Ravi Coltrane (cousin éloigné de Steven Ellison qui est le neveu de Alice Coltrane) vient poser son saxophone et consolide le patchwork familial. Une fois de plus, Flying Lotus joue avec passion, conformément à sa culture et au gré de ses rencontres. C’est souvent approximatif, parfois complètement bancal mais cela reste toujours excitant.

Note : 7,5/10

>> L’album est en écoute sur MySpace
>> A lire également, la critique de Ed Loxapaq sur Chroniques Electroniques et la critique de Cédric sur So why one more music blog ?

23 commentaires
  • Pierre
    4 mai 2010
    Sans surprise, le grand disque attendu avec une mention spéciale pour l’intro

  • SysTooL
    4 mai 2010
    Comme j’ai bien aimé le GONJASUFI, je me suis intéressé à deux de ses producteurs principaux : GASLAMP KILLER, dont le récent EP ne m’a pas excité plus que ça, et donc FLYING LOTUS, et plus précisément Los Angeles et ce Cosmogramma que j’ai encore peu écouté : très particulier en tout cas

    SysT

  • Benjamin F
    4 mai 2010
    @Pierre : Et bien justement, si l’on parle d’attentes, je dirais presque qu’il m’a un peu déçu :) Ça aurait pu être un des meilleurs disques de l’année mais il échoue dans sa structuration complète.

    @Systool : Ecoute bâclée pour ma part du Gaslamp Killer. Ça ne m’a pas accroché non plus l’oreille. Sinon Los Angeles est également très bien, c’est lui qui a fait de Flying Lotus un grand beatmaker.

  • Maximilien
    4 mai 2010
    Il faut surtout insister sur à quel point le titre avec Thom Yorke est une tuerie.

  • Nathan
    4 mai 2010
    Ouais, je l’ai trouvé vachement bizarre aussi. Faut que je le réécoute. Par contre ce qu’il fait en prod’ c’est impressionnant.

  • Benjamin F
    4 mai 2010
    @Maximilien : C’est vrai que je n’ai pas trop mis le curseur dessus parce que cela me semblait implicite :)

    @Nathan : Oui c’est vrai qu’on pourrait se dire qu’au final le rendu est moins pertinent qu’avec Gonjasufi, et pourtant ce Cosmogramma provoque un certain sentiment de vertige des plus agréables.

  • Anonymous
    4 mai 2010
    Elle est très bien cette chronique. C’est bien vu la mise en perspective avec tout Warp.

  • Nathan
    4 mai 2010
    Mmh, après réécoute, c’est dommage d’avoir fait un disque si long. Il virait quelques trucs et gardait que les tueries (et des tueries intergalactiques même, pour certains titres) et ce disque était dans les meilleurs de l’année.
    C’est un peu trop remplissage parfois.

    Bon, je vais me mettre un Clark maintenant, histoire de remettre du rythme dans la journée.

  • Benoit
    4 mai 2010
    assez déçu globalement, je m’attendais à quelque chose d’aussi prenant que GONJASUFI. C’est certes très propre, très bien fichu, mais ça manque d’émotion à mon sens et ça reste assez mécanique.

  • Benjamin F
    4 mai 2010
    @Nathan : Oui c’est ce que je disais, c’est le côté bric à brac. Mais je trouve que cet aspect fourre-tout lui va bien, ça donne un côté home-made comme dans un bon vieux Lou Nathanson :) Sinon un petit Clark c’est une valeur sûre.

    @Benoit : Flying Lotus est clairement un disque de producteur, très éloigné des émotions de Gonjasufi, mais au final les deux se complètent bien. Il y a vraiment trop de bonnes idées dans ce disque pour le mettre de coté…

  • Catnatt/belam
    4 mai 2010
    J’ai parcouru ta critique et je me suis lancée dans l’écoute, en ce moment même, du myspace.
    Bon…

    Deux premiers titres me gavent direct. Il doit être brillant en remix.

    j’aime bien « Nose art », évidemment « cosmic drama intro »
    coup de foudre pour « zodiac shit » d’une superbe sensualité,

    (plusieurs morceaux plus tard)
    ha
    en fait, j’adore. malgré quelques titres un peu trop « pisants » (;)) sur les bords, c’est vraiment bien.

    Commentaire décousu en raison de l’écoute au fur et à mesure.

  • Weirdbrowser
    4 mai 2010
    Content que tu aies dans l’ensemble aimé cet album !

    Je trouve que le côté ‘morceaux courts’ et patchwork en modifie le mode d’écoute, un peu comme le dernier Prefuse: tu écoutes l’album dans son ensemble et non plus par morceau à part entière.

    Et c’est finalement ce que j’aime dans cet album, le côté « voyage » cérébral: les envolées lyriques à la harpe, puis le bombardement de basses et de rythmes hip-hop , le petit côté free jazz, ses mélodies etc …
    bref, c’est tellement bon d’écouter quelque chose qui change et de pouvoir croire en la créativité de gars comme FlyLo.

    ++ Benjamin

  • Benjamin F
    4 mai 2010
    @Catnatt : Ce commentaire est brillant, tu devrais te lancer dans des chroniques en one-shot à chaud. C’est spontané et au final t’arrives à la même conclusion que moi :p Like :)

    @Weirdbrowser : Oui l’aspect Prefuse 73 est indéniable. C’en est presque étrange parfois tant l’album repose sur le même type de construction. Mais j’aime beaucoup cette image de voyage cérébral et surtout ce côté fourre-tout imprévisible qui désarçonne sans cesse.

  • Laurent
    4 mai 2010
    Formidable album, trois crans au-dessus de « Los Angeles » selon moi, totalement à la hauteur de ses ambitions. Chroniqué de mon côté (4 étoiles) mais comme d’hab, pas visible avant un bon bail.

    Je tiens à souligner cependant la pluralité in(dé)chiffrable des influences (free-jazz notamment, atavisme oblige) et l’imprévisibilité sidérante de l’ensemble. Le titre avec Yorke est effectivement de la balle (pas de ping-pong) car, comme je l’écris par ailleurs, ce dernier a le chic pour choisir le meilleur morceau de tous les albums où il apparaît (à moins que sa présence en soit bêtement responsable).

    Moins bien que le Gonjasufi (Fly Lo n’y a produit qu’un titre en fait), mais génial. Au sens propre.

  • Benjamin F
    4 mai 2010
    @Laurent : Moi aussi j’avais prévu de publier beaucoup plus tard mais j’ai avancé la date en voyant que l’album était en écoute intégrale légalement. Oui encore une fois c’est effectivement le côté imprévisible qui rend jouissif l’expérience. Au final, il s’agit surtout d’une version plus profonde et plus riche de Prefuse 73. En revanche pour Gonjasufi, comme les autres, je pensais qu’il avait été plus impliqué dans l’album. On continue d’en parler chez toi le moment venu :)

  • Laurent
    5 mai 2010
    Ah non, ça n’a rien à voir avec la sortie officielle, je l’ai acheté en magasin jeudi dernier… C’est juste parce que j’ai beaucoup de critiques écrites en stock qui doivent être mises en ligne avant. ;)

    Pour Gonjasufi, moi aussi je pensais que son implication avait été plus conséquente et puis quand on regarde les notes de pochette, on voit en fait qu’il n’a produit qu’Ancestors (qui est pas du pipi de chat).

  • Benjamin F
    5 mai 2010
    @Laurent : Ah au temps pour moi. J’ai également beaucoup de critiques en attente de publication mais j’ai tendance à essayer de publier pile au moment de la sortie pour les disques importants. Ma remarque tenait au fait que je fais attention de ne pas publier d’articles sur des disques que j’aurai eu en promo et qui ne seraient dispo qu’en téléchargement illégal. Je ne veux inciter à rien du tout et c’est pour ça que je me justifie toujours du fait que l’album est en écoute lorsque je publie tôt :)

    Pour le Gonjasufi, c’est dingue, j’avais limite l’impression que la présence de Flying Lotus avait été un argument de vente :)

  • Chroniques Electroniques
    9 mai 2010
    Je comprends pas bien l’omniprésence des comparaisons avec Gonjasufi. Quelqu’un m’explique ?

  • Benjamin F
    9 mai 2010
    @Chroniques Électroniques : Alors perso, je n’en ai absolument pas parlé dans la critique. Mais le fait que Flying Lotus ait participé à l’album de Gonjasufi, que les deux albums soient sortis à quelques semaines d’intervalle sur Warp, et qu’on ait même pu lire à l’époque que Steven Ellison et Gonjasufi n’était en réalité qu’une seule et même personne, je ne suis finalement pas si étonné de retrouver des allusions à ce dernier dans les commentaires, même si cela n’a rien à voir d’un point de vue musical.

  • Chroniques Electroniques
    9 mai 2010
    C’était la réponse que j’attendais. merci benjamin, bonne chronique au demeurant. Comme d’habitude.

  • Adikt Blog
    10 mai 2010
    J’avoue ne pas vraiment comprendre le sens de « construit bizarrement à partir de bric à brac et tenant maladroitement sur une base brinquebalante ». Pour moi, ce que nous pauvres mortels considérons comme « construit bizarrement » n’est en réalité pas vraiment bizarre. La cathédrale musicale que livre Flying Lo est une patte, une signature, trop peu amorcée sur Los Angeles. Et attention, je ne pense pas que tu ai fait l’amalgame, mais bizarre ne rime pas avec « fait n’importe comment ».

    Sinon, j’ai vraiment senti l’envie de mettre l’accent sur la capacité à créer quelque chose d’assez exceptionnel. Quelque chose qui ne soit ni du Aphex, ni du Clark, ni du Four Tet… mais un peu de tout ça en même temps. Il est aussi clair que Flying Lo est la nouvelle égérie de Warp, même s’il se concentre sur Brainfeeder ;)

    Au final, c’est peut etre ce que tu dis au début. Une « vision de l’electronique warpienne », tout simplement.

    Bonne chronique au demeurant. Peut être trop courte :(

  • Benjamin F
    10 mai 2010
    @Adikt Blog : Il n’est effectivement pas question de faire rimer bizarre avec « fait n’importe comment » mais plus de souligner combien Flying Lotus s’éloigne des schémas de construction classique au point d’organiser son album sans nécessité d’y adjoindre un fil conducteur.

    Sinon je n’avais pas l’impression que la critique était trop courte. En fait on a plutôt habituellement tendance à me reprocher d’être trop long et bavard :)

  • DZIK / François
    11 mai 2010
    @Catnat : Forcément un album de Flying Lotus s’apprécie au bout de plusieurs écoutes, je ne pense pas qu’une accroche directe soit possible, excepté en live bien sur (@Bellevilloise 4/03 avec Nosaj Thing énorme).

    Sinon comme le dit @Adikt, Fly’ Lo est la nouvelle égérie de Warp sans soucis.
    Pareil, allez voir la chronique sur ma webzine.

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