Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

ALEX SMOKE – Lux

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
7,5 /10

Danser ou comprendre ? Se laisser emporter ou résister ? Une double question qui a souvent séparé techno et électronique et à laquelle Alex Smoke livre ici une inattendue réponse via un album pacifiste et fédérateur qui met face à face les courants afin, non pas qu’ils s’opposent frontalement, mais qu’ils communiquent ensemble.

Il en découle un dancefloor méditatif propice à la réflexion où le Dj écossais tire à vue de nez afin de remettre les compteurs à zéro et prouver que tous les sons sont égaux. Il peut côtoyer le dubstep (« Paracelsus ») et faire adhérer à l’envie tous les styles approchés. Les sonorités naturelles comme des chants d’oiseau (« Ikos ») en finissent par devenir plus artificielles que les séquences organiques sur lesquels se développent les morceaux. Le travail sur la densité sonore confère une dimension particulière à certaines tracks qui prévalent ainsi autant par leurs textures que par leurs mélodies (« Filla »).

Techniquement, Alex Smoke a su transcender ses fondations rythmiques exposées sur le « Lost in Sound » de « Incommunicado », et se place avec des chansons comme « Northwoods » au niveau de ses collègues warpiens. L’utilisation des voix robotiques est toujours pertinente tout en évitant par l’on ne sait quel tour de passe-passe les clichés inhérents au style (« Lux+ »). On y ressentirai presque ces émotions happées dont Burial s’était fait le maître avec « Untrue ».

« Bligkered » aurait mérité d’être écourtée tant les patterns mettent un certains temps avant d’être subtilement modifiés. Là est peut-être l’une des bévues de Alex Smoke : à vouloir systématiquement hypnotiser, il étale trop ses titres sur la longueur au point de diminuer l’attention nécessaire à l’adoption de leurs complexes (et brillants) développements finaux. Pourtant de manière assez paradoxale, « Lux » possède justement cette capacité particulière à relancer la machine à l’instant même où l’auditeur pourrait lâcher et ce via le simple rajout d’une boucle imprévue (« Uncern »). Il y a ici une subtile adéquation entre génération de routines et destruction de celles-ci.

Bien qu’il s’agisse de son troisième LP, on sent que Alex Smoke, homme de maxis, n’est toujours pas à l’aise avec la notion d’album, et que la gestion des minutes qu’il exerçait à merveille sur l’EP « Hanged Man » ne peut être reproduite sur une heure de musique. Oui, assez ironiquement, « Lux » est album trop long qui n’use pas assez des mécanismes efficients d’interlude (confère le « Drukqs » d’Aphex Twin), et c’est à bout de force que l’auditeur encaisse les beats piqués couplés aux cordes synthétiques de « Pilk ».

On ne sait jamais s’il faut craindre ou se délecter de la richesse de ce « Lux » dont le « Platitudes » est une trompeuse porte d’entrée, mais à bien des égards Alex Smoke vient de capturer en son sein tout un peuple qui pensait enfin avoir réussi à s’extraire du Four Tet et du Pantha du Prince.

Note : 7,5/10

>> Quelques titres en écoute sur MySpace
>> A lire également, la critique de B2B sur Chroniques Electroniques

14 commentaires
  • Julien Lafond-Laumond
    8 juin 2010
    Content de te voir parler de cet excellent disque !

    Après je diverge un peu de toi sur le côté « c’est pas un artiste d’albums, plutôt de maxis ». C’est drôle parce que je pense précisément le contraire :)

    Mais en fait nos avis ne sont pas irréconciliables. C’est surtout que dans le petit monde de la house, de la techno ou de la minimale, personne ne sait faire d’albums, grosso modo. C’est une vraie tare. Soit les dj’s se disent « c’est un long-format et il faut s’adapter » et alors on ne les reconnaît plus et c’est chiant, soit ils prennent ça comme une compilation bien massive, avec au mieux une intro et une outro, et alors écouter le disque d’une traite c’est l’Everest à gravir.
    Moi je trouve que dans cette misère sur long-format, et j’écoute à peu près tout ce qui passe, Alex Smoke est à l’aise dans le peloton de tête. Ses disques sont un peu longs mais il y a une vraie progression dedans. Et d’ailleurs, à ma connaissance, c’est quasiment le seul artiste techno qui explose via un albul (Incomminnicado) sans avoir au préalable fait sa place sur des singles.

    Mais cette différence de point de vue, c’est surtout une question de perception. Tu compares à Burial, Aphex Twin alors que moi je compare à ses acolytes de label et de soirée, comme Slam, Silicon Soul, Surgeon etc.

    Continue en tout cas à chroniquer des disques comme ça, je suis fan !

  • Benjamin F
    8 juin 2010
    @Julien Lafond-Laumond : Oui en fait nos remarques respectives tiennent du point dont on se place : Alex Smoke fait des albums dans un monde de Dj de soirée, mais des Ep dans le monde des leaders de l’electro.

    Je pense que ça se ressent à la lecture de la critique mais je considère vraiment un Alex Smoke comme un nouveau prétendant au titre (confère ma dernière phrase) et donc je le replace dans le contexte de ce milieu là. Comme tu le sais, j’aime « les albums ».

    Pour ce qui est des artistes techno qui explosent sans avoir fait de maxis au préalable, j’ai une critique en attente de publication sur Clubroot qui est exactement dans ce cas.

    En tout cas, merci pour tes retours. 2010 est une grosse année electro pour moi et si la production suit, je compte bien continuer de rester focus :)

  • Julien Lafond-Laumond
    8 juin 2010
    Ah super tu vas parler de Clubroot :)

  • La Louve
    8 juin 2010
    Je suis tombé dessus pas hasard et j’ai vraiment pris une claque ! C’est vrai que l’orientation électronique ici fait vraiment plaisir. Le panel commence à être bien complet :)

  • Maximilien
    8 juin 2010
    J’en suis qu’à la moitié mais quelle claque ! Je ne m’attendais pas à ce qu’un ex chauffeur de salle sorte un album d’une telle densité.

  • Benjamin F
    8 juin 2010
    @Julien Lafond-Laumond : Oui et en bien :)

    @La Louve : Oui si j’ai toujours écouté de l’electro, j’ai parfois eu du mal à avoir envie d’en parler. Mais là j’avoue que les dernières sorties me donnent en envie de sortir mon clavier. Et puis effectivement, j’aime bien l’idée que Playlist Society ne soit pas juste un blog d’indie.

    @Maximilien : Un parcours différent pour un résultat tout autant excitant :)

  • Nathan
    8 juin 2010
    Alléchant alléchant. Je sais pas trop comment je suis passé à côté. Mais ça va tourner pas mal avec le dernier Scorn. C’est vrai, très belle année electro. D’ailleurs j’ai lu qu’Autechre allait balancer une suite à Oversteps en juillet ou août.

  • Benjamin F
    8 juin 2010
    @Nathan : Ouais tu sais comment ça ce passe, on peut y passer nos journées, il y aura toujours des disques qui nous échapperont. C’est d’ailleurs à ça que servent les autres : on récupère sur les blogs des autres, les albums loupés chez soi :). D’ailleurs à titre d’exemple, je ne me souvenais plus que Scorn sortait un album :)

    Pour le Autechre, j’ai lu mais j’attends d’avoir du son avant de me réjouir :)

  • Audit De Référencement
    8 juin 2010
    Très belle orientation electronique, un plaisir !

  • Nathan
    8 juin 2010
    Mais il y a un son ! http://autechre.ws/move-of-ten/
    C’est difficile de juger un titre isolée, qui se fondra ensuite dans une masse beaucoup plus complexe et cohérente, mais c’est dans la lignée d’un Oversteps.

    Et oui, pour le reste, vive internet. Je lance le Alex Smoke maintenant. :)

  • Benjamin F
    8 juin 2010
    @Audit De Référencement : Merci :)

    @Nathan : Ouais mais est-ce que tout ça va vraiment déboucher sur un vrai album ou sur des chutes de studio de Oversteps ?

  • Nathan
    8 juin 2010
    Oui, il y a des raisons de s’inquiéter. Soit parce que ça peut être des chutes, comme tu dis, soit parce que ça veut dire que les deux zigs ont trouvé un « son », quelque chose dont ils sont satisfaits et par la même occasion leur formule. Ce qui voudrait dire adieu à l’incessante renaissance d’Autechre, et ce serait le début d’une certaine complaisance dans un son et dans un type d’IDM…
    Finalement, l’option des chutes me semblent la moins pire…

  • Benjamin F
    8 juin 2010
    @Nathan : Ouais dans tous les cas venant d’eux, c’est un peu bizarre cette annonce… D’autant que si c’est pour faire exactement le même style, j’avoue avoir déjà eu ma (très satisfaisante) dose avec Oversteps.

  • Anonymous
    8 juin 2010
    J’aime beaucoup Ikos !

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