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CLUBROOT - II-Mmx [7/10]

CLUBROOT - II-MmxDubstep Anglais / 2010. Malgré ce système qui contrôle tout, malgré cette logique inhérente à la vie humaine qui pousse vers une forme de reconnaissance et vers une recherche d’un positionnement parmi le peuple, malgré la transformation des contre-cultures en micro-cultures, le dubstep reste un terrain de jeu imperméable aux modes et à l’influence du monde extérieur, une musique qu’on aperçoit qu’au travers de brefs flash forwards et qui nous donne l’impression d’entrevoir un futur où des milices underground discutent dans un langage codé de l’avenir de la liberté, un futur ou le populisme se fait élitiste et inversement.


Plus encore que de par leurs accointances musicales, Clubroot et Burial se retrouvent sous le même étendard du fait de la transposition des codes de leur style musical dans leur façon de concevoir leur statut d’artiste : l’homme s’efface au profit de la cause. La volonté de ne pas se compromettre pourrait être remise en cause par l’ouverture musicale, par ces ponts crées avec d’autres styles, et le masque est une manière de démontrer que ce souhait dévolution n’entre pas dans le cadre d’un plan stratégique vivant à porter la « personne » du producteur aux nues.

Il y a aussi une volonté de ne plus s’éparpiller, de refuser l’exercice du remix, de ne pas sortir d’EP, de réimposer le style comme un acte artistique intransigeant, de grandir tout en s’appuyant plus que jamais sur les bases, tout en contant le voyage qui mène d’un sourire jamaïcain à la révolte londonienne.

Sur ce deuxième album, Clubroot continue d’appliquer la définition de Kode9 : « Le sub-bass est la seule chose fixe. On peut mettre ce qu’on veut par dessus » et sur une base très homogène, entre hypnose et lassitude, il greffe des sons, des influences et des vocalises ethniques. « Dry Cured » est ainsi une sorte de manuel d’utilisation de Clubroot : au choix envoûtant ou répétitif, il donne dans un dubstep particulièrement deep qui évolue sur des nappes synthétiques discrètes mais essentielles.

Des voix lointaines, à peine perceptibles, se confondent avec le son des claviers « Orbiting » et on ne sait jamais si les chœurs sont la complainte d’âmes esseulées ou si au contraire ils incarnent des prières lumineuses (« Waterways »).

« II-Mmx » accompagne l’auditeur au travers d’une brume dense à travers laquelle on peut parfois entrevoir les échos d’autres civilisations : du gothic dubstep (« Toe to Toe ») et des courants orientaux (« Dust Storm »).

Cependant, on sent bien que naviguant à vue, Clubroot n’ose pas prendre de décisions qui risqueraient de déstabiliser son organisation naissante. Si les rythmiques de « Running On Empty » proposent des variations intéressantes, il faudra souvent se contenter de boucles qui ne remettent jamais en cause leur nature et de claviers qui manquent parfois de profondeur (« Whistles & Horns », qui aurait pu être un équivalent au« Sempiternal » de l’album précédent mais s’essouffle en chemin). De même, on sent combien Clubroot n’est que peu à l’aise avec les durées courtes, l’interlude « Sjambok » ne faisant preuve d’aucune personnalité.

« II-Mmx » se clôt sur une dernière vague de beats empoisonnés. Rien n’est certain mais au loin une légère lumière semble tenter de transpercer le brouillard. Arrivé au port, on se réveillera sans se souvenir du moindre détail du voyage mais en sachant que c’est le son qui, de par son cocon rythmique, nous a protégé des tempêtes.

Note : 7/10


>> « II-Mmx » est en écoute sur Spotify
>> A lire également, la critique de Manolito sur Chroniques Electroniques et la critique de Bishop sur Substance M

10 commentaires:

  regcontrelamachine

17 juin, 2010

Je ne connaissais pas, je m'y colle de suite.
A noter: un excellent mix Dubstep de DEADBEAT. A tomber (lu sur chroniques électroniques)

  Julien Lafond-Laumond

17 juin, 2010

Radio Rothko ? C'est un mix de dub-techno, pas de dubstep ! J'ai l'air de pinailler mais ce sont vraiment deux genres très distincts. Par contre clair que c'est mix splendide.

Sinon pour Clubroot je trouve ça un peu chiant, un peu trop ambient. Très bien fait mais jusqu'à maintenant j'y suis resté un peu insensible.

  regcontrelamachine

17 juin, 2010

A Julien: toutes mes excuses! je ne m'y connais pas assez. En tout cas, j'avais aussi adoré son album "Journeyman's Annual" sorti il y a 3 ans je crois.

  Julien Lafond-Laumond

17 juin, 2010

Ah non je demandais pas une excuse, c'était juste histoire que tu écoutes pas ce Clubroot en pensant trouver du Deadbeat :)

  Pierre

17 juin, 2010

J'en dis comme toi : c'est bien mais ça ne prend pas beaucoup de risques !

  Benjamin F

17 juin, 2010

@Regcontrelamachine : Oui le Deadbeat est génial. J'ai déjà longuement écrit dessus mais... mais je n'ai toujours pas publié (depuis un mois, lol). Bon d'après mon planing, j'en parle le 29 juin :) Après c'est effectivement du dub électronique mais je laisse Julien te faire un cours sur les différences entre les deux syles. Pour schématiser, t'en a un qui s'intéresse au rythmiques via les bpm, et l'autre aux ambiances via la réverbération et le déphasage des rythmiques (non je ne comprends pas moi même ce que je raconte^^).

@Julien Lafond-Laumond : Oui c'est pour ça que je n'ai pas dépassé le 7. C'est très pro mais ça manque de charme.

@Pierre : Oui on sent que ce sont des shémas qu'il maitrise tellement ici qu'il n'y a finalement que peu d'enjeu.

  Nathan

17 juin, 2010

Ouais, je suis de l'avis général. Et j'ai préféré le dernier Scorn de loin.

  mmarsupilami

17 juin, 2010

Domaine où je manque singulièrement de planches et de références. C'est un tiroir identique à Lorn? J'ai déjà été étonné de voir qu'on citait Burial dans les chroniques de Lorn et je le vois de nouveau ici...
;-)

  mmarsupilami

17 juin, 2010

Oui, et maintenant que j'écoute, je suis encore plus perdu. C'est quoi finalement le dubstep? Le dernier album de Jah Wobble avec des chanteurs traditionnels japonais que j'écoutais cet après midi, c'est aussi du Dubstep???
;-)

  Benjamin F

17 juin, 2010

@Mmarsupilami : Alors non Lorn c'est pas du dubstep :) et Jah Wobble bah non plus, lol :) Burial ça en est en revanche (même s'il ne fait pas du true dubstep...)

Le dubstep c'est juste le frère ennemi du Grime.

Capiche ? :p

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