Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

WOVENHAND – The Threshing Floor

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
7,5 /10

Wovenhand a été purgé des vices de « Ten Stones » et on ne retrouvera sur « The Threshing Floor » ni les guitares rugueuses de « The Beautiful Axe », ni le punk-folk de « Kicking Bird », ni les refrains fédérateurs de « Not One Stone », ni même l’émotion des post-ballades comme « Quiet Nights & Quiet Stars ». Non, il s’agit d’un album plus intimiste comme « Mosaic », d’un album où David Eugene Edwards continue de se chercher et poursuit l’exploration de lui-même entamée avec « Blush Music ». Le songwriting y est ainsi implicitement moins ambitieux mais toujours aussi personnel.

Dès les chants mystiques de « Sinking Hands », on sait que « The Threshing Floor » sera un album plus opaque, plus mystérieux, un véritable labyrinthe dans la pensée déjà torturée de son créateur ; une impression rapidement confirmée par « Raise Her Hands ». Quelque soit le procédé créatif, David Eugene Edwards aime à se retrouver isolé, évitant souvent les grosses tournées et la promiscuité d’un groupe. Wovenhand est une extension de son univers, de sa vie, un parcours à mille chemins qui se croisent et s’entrechoquent, mais un parcours que l’on doit suivre seul.

On pourrait du coup reprocher à Wovenhand de tourner en rond, d’appliquer une recette tant chacun des titres porte en lui tout l’héritage des précédents opus (« A Holy Measure ») et que chacune des intersections possèdent les mêmes attributs que la précédente. Les chansons usent toujours du même schéma narratif imposé dès 2003 par des titres comme « My Russia ». Les introductions instrumentales particulièrement ambiantes laissent supposer que la voix ne viendra jamais se poser avant que cette dernière ne finisse toujours par nous prendre à revers (« Singing Grass »). L’étrange interlude « Wheatstraw » est lui une émanation du spectre de « Snake Bite ». Mais la précieuse capacité du pèlerin à imbriquer brillamment les influences médiévales et les fluttes enchanteresses (« Terre Haute ») prouve qu’il y a une légitimité à consolider les défenses du terrain qu’on est le seul à occuper. Au fond, les briques du « Shametown » de 16 Horsepower servent toujours 15 ans plus tard de fondations au dédale.

C’est lorsque la rythmique joue le décalage avec l’univers folk et qu’un mur de son porte la force des incantations que Wovenhand se fait le plus envoûtant (« Thruth », reprise de New Order). Plus le temps passe, plus David Eugene Edwards marche dans les pas de David Tibet, et les abîmes de Wovenhand pourraient bientôt côtoyer ceux de Current 93 (« Behind Your Breath »).

« The Threshing Floor » se clôture sur un « Denver City », blues-rock à souhait et étonnamment empli d’espoir, qui ne peut se défendre d’être une évidente référence au Denver Sound dont David Eugene Edwards fut en quelque sorte l’effigie. Faut-il y voir la sortie du labyrinthe ? Non plutôt un oasis de verdure caché au milieu de celui-ci. Nul doute que le voyage initiatique n’est pas fini et que les shamans ont encore fort à faire avec Wovenhand.

Note : 7,5/10
21 commentaires
  • Maximilien
    1 juin 2010
    Le retour d’un mes musiciens préférés. Je ne me suis pas plongé encore complètement dedans mais pour l’instant je le trouve effectivement moins varié que Ten Stones. Mais bon peu importe, je préfère un Wovenhand mineur à la majorité des autres sorties.

  • La Louve
    1 juin 2010
    Grosse déception pour moi. J’ai l’impression qu’il commence sacrément à tourner en rond.

  • Benoit
    1 juin 2010
    oui c’est toujours un peu pareil Wovenhand, disons qu’il est un peu prisonnier de son style si particulier et si reconnaissable. Pour ma part son chef-d’oeuvre reste « Consider the birds », et tout ce qu’il a fait ensuite m’a paru forcément moins passionnant. Faut dire que je n’attends peut-être plus grand chose de lui non plus.

  • Benjamin F
    1 juin 2010
    @Maximilien : Oui il y a cette voix qui de toute façon ne peut pas décevoir. C’est incroyable d’ailleurs comment je suis en confiance à chaque nouvel album.

    @La Louve : En fait à bien y réfléchir, il a toujours tourné en rond, disons juste que les ronds sont plus nets. Maintenant les émotions elles sont toujours aussi trapues.

    @Benoit : Consider the birds est évidemment brillant mais j’avais été excessivement convaincu par Ten Stones qui justement abordait plein de facettes différentes. Du coup perso, j’en attends toujours autant ! :)

  • Marc
    1 juin 2010
    Très belle critique. C’est vrai qu’il y a un style qui ne se renouvelle que peu (j’avais skippé le précédent) mais qu’on y est attaché malgré tout (malgré nous?).

    Et puis il y a cette intensité d’Edwards, surtout palpable en live, qui fait qu’on lui pardonne ses obsessions de dessous du bible belt.

    La comparaison avec Tibet est très pertinente. Même si je doute qu’il se fende un jour d’un album aussi radical que Svastikas for Noddy…

  • Thierry
    1 juin 2010
    Pas encore conquis à 100 %. Mais à chaque écoute, ça s’améliore, surtout pour la seconde partie. Sinon, c’est vrai que les ronds sont de plus en plus nets ;-)

  • Benjamin F
    1 juin 2010
    @Marc : Merci :) Si tu aimes David Eugene Edwards, il faut absolument tenter le coup avec Ten Stones ! Mais oui c’est bien d’intensité qu’il s’agit. Pour Swastikas for Noddy, il n’y aurait qu’un Sylvian pour être aussi radical :)

    @Thierry : Ça va venir, t’inquiète ! Pour une fois considérons la netteté comme une simple preuve de franchise sur ses inspirations :)

  • Nathper
    1 juin 2010
    « The Threshing Floor » constitue ma première rencontre et donc ma première étape initiatique avec les traditions du Rock-folk-tribal-oriental-médiéval et shamanique de WOVENHAND.
    Ne pouvant par conséquent pas me baser sur d’éventuelles comparaisons avec ses précédentes productions je ne jugerai ce disque que sur ce que j’ai ressenti à son écoute il y a quelques semaines déjà.

    Un album qui pousse en effet à une certaine introspection et dont on ne peut nier le caractère spirituel.
    Les notes de guitare sur le titre d’ouverture « Sinking Hands » m’évoquent au loin les accents de Naima melodine du suédois Hans Appelqvist.
    Quant aux incantations mystiques et rythmiques quasi obsédantes alliées à la légèreté d’une flûte, elles s’encrent dans notre esprit pour mieux nous attirer vers les mystérieux plateaux de la haute terre nichée quelque part dans les méandres et arcanes du cerveau tortueux de David Eugene Edwards .
    On trouvera dans cet album un rayonnement extérieur et supérieur à la végétation de ce melting-pot musical dans la voix de son auteur (et quelle voix…), qui à elle seule nous guide dans ce pèlerinage.
    Paradoxalement la lumière jaillira d’une certaine vérité (« truth ») celle que l’on n’attendait pas, et qui se révèle pourtant plus sombre que son modèle original, se rapprochant au plus près de ce qui aurait pu en être son essence originelle : Joy Division.
    Mais, un de mes titres préférés restera « Behind Your Breath ».
    In fine, même si WOVENHAND semble un peu tourner en rond, je suis totalement rentrée dans sa ronde rituelle.
    Il s’agit donc d’une bonne découverte en ce qui me concerne avec une note de 7,5 mérité pour un disque à écouter de préférence le soir en sachant, déjà, que demain le soleil brillera à nouveau, Dieu merci.

  • Nathan
    1 juin 2010
    Un très beau disque oui. Et tout le monde a trouvé le mot : « intense ». What else ?

  • Benjamin F
    1 juin 2010
    @Nathper : Avec de tels commentaires à quoi bon écrire :) C’est génial de découvrir Wovenhand que maintenant, tu n’as pas idée du nombre de chansons prenantes qu’il te reste à t’approprier ! Les notions de pèlerinage et le caractère spirituel sont effectivement au coeur du sujet de manière à ce que la musique a un impact « autre ». Bon sur ce, je vais écouter Hans Appelqvist.

    @Nathan : Oui avec le seul bémol que cette intensité a encore été plus forte par le passé…

  • Nathper
    1 juin 2010
    A quoi bon Benjamin ? peut-être déjà simplement à donner envie de laisser des commentaires ;)
    Sinon, en effet c’est une chance pour moi de savoir que le meilleur de DEE reste à découvrir en me plongeant dans ses albums passés…
    Concernant la musique d’Hans Appelqvist il n’y a pas de parenté, simplement quelques accords sur un titre qui m’y ont fait penser, pas de méprise à ce niveau.
    Quoiqu’il en soit, son album « Naima » de 2006 reste vraiment une pépite à écouter (un concept d’album à écouter d’une traite pour ne pas en perdre la trame).
    Ce qu’il a de bien, c’est que souvent en cherchant quelque chose on finit par en trouver une autre :)

    http://www.naimachat.se

    Album complet dispo en rapid(etc;)

  • Thierry
    1 juin 2010
    @ Nathper :
    Si je suis claqué demain, je donne ton nom à ma responsable ;-)
    Il est 1 h 30 et je me suis lancé dans l’écoute de Naima (http://open.spotify.com/album/4FmGJ4ENcGS8OLGqCUIeDh). C’est vraiment très très bon !

  • Xavier
    2 juin 2010
    Excellent article, avec lequel je suis entièrement en phase, excepté pour le terme « vices de ten Stones ». (j’ai aussi adoré Ten Stones). Mais s’agissant de DEE (que j’appelle DiEu), je ne suis pas très objectif. Comme Maximilien, meme un Woven Hand mineur ferait d’office partie des meilleurs albums de l’année (surtout que 2010, c’est pas trop ca…)
    S’il fallait en choisir un, ce serait consider the birds…

  • Alex (Le Yéti)
    3 juin 2010
    Très belle chronique d’un groupe que je ne connais pas du tout. Ca donne envie, je vais voir où écouter la chose.

  • Benjamin F
    3 juin 2010
    @Nathper : Bon je confirme que c’est vraiment très bien Hans Appelqvist. Tu peux pas savoir à quel point j’aime écrire sur un artiste et de fils en aiguilles via les commentaires en découvrir un autre. Merci !

    @Thierry : Mais en fait ton taffe c’est pas déjà de passer la journée à écouter des disques ? :)

    @Xavier : Merci :) Oui quand je disais vices c’était au sens délicieusement vicieux :) Consider the birds reste l’album qui fait le plus l’unanimité et c’est effectivement celui que je conseillerai pour découvrir l’univers du garçon.

    @Alex(Le Yeti) : Ça me fait toujours super plaisir de réussir à vous faire « découvrir » un truc. Il faut dire que d’habitude, j’ai tellement l’impression que vous connaissez déjà tout :)

  • Nathper
    4 juin 2010
    @Thierry : si tu veux j’expliquerai à ta responsable que tu faisais des HS ^^

    @Thierry et Benjamin : Ravie que l’album « Naima » d’Hans Appelqvist vous plaise car je l’aime beaucoup celui là :)

  • Ska
    8 juin 2010
    Je ne sais pas, je n’ai pas écouté celui-ci (ça viendra), mais à chaque fois les disques de Wovenhand me déçoivent et renvoient à l’amour que j’ai pour ceux de 16 Horsepower… Toujours l’impression que c’est un peu la même chose mais en moins bien, sans la fougue, la fièvre… Une sorte de version light, moins bien produite souvent…

  • Benjamin F
    8 juin 2010
    @Ska : Justement ils prolongent l’amour à envie, bien plus que Lilium. C’est vrai que c’est un peu toujours la même chose, mais la fougue elle a bien été remplacée par une nouvelle forme d’intensité…

  • Matador
    11 juin 2010
    Wovenhand, comme 16 HP, ça tient toujours et uniquement par la voix, non? DEE est un vrai chanteur de country, qui est la soul des blancs.

  • Disso
    11 juin 2010
    J’aime.

  • Benjamin F
    11 juin 2010
    @Matador : Oui c’est évidemment un très grand chanteur mais je trouve que les instrumentations ont également leur rôle à jouer dans les ambiances de l’ouest qu’elles suggèrent.

    @Disso : Bah j’espère bien ma belle :)

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