Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

FRINGE – Saison 2

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
5 /10

[ATTENTION SPOILERS : A NE LIRE QU’APRES AVOIR VU L’INTEGRALITE DE LA SAISON] La saison 2 de Fringe est un miroir de la première, l’équivalent dans le monde parallèle de la même histoire, un double qui ne diffère que par de légers petits détails. Dans les grandes lignes, les épisodes s’enchainent toujours sur le même canevas : une brillante introduction digne des plus grands moments de X-Files précède systématiquement l’arrivée du trio Dunham / Bishop² qui après avoir ramené le corps au laboratoire s’évertua, non sans peur, à résoudre l’énigme via le recours aux sciences parallèles et aux drogues. Dans cette routine digne des Experts, les créateurs arrivaient depuis le début à générer une tension de plus en plus forte grâce aux nombreux détails qui contribuaient au développement de l’histoire globale mais surtout en s’appuyant sur des pitchs ingénieux et palpitants. Dans le train-train scénaristique naissait une féroce ligne directrice à même d’assurer la mise en place de la mythologie. Pourtant, si la trame reste la même, à comparer les deux saisons, on sent bien que quelque chose diffère…

Dans la saison 1, les épisodes stand alone ne servaient qu’à meubler en attendant ceux qui feraient avancer l’histoire globale et permettaient de patienter en attendant l’époustouflant Final Season qui voyait (ré)apparaitre Leonard« Spock » Nimoy et les Twin Towers. Au contraire la saison 2 pêche par la faiblesse des épisodes mythologiques et se voit contrainte de se rattacher à ses haletants stand alone (on pense en vrac à Fracture, Dream Logic, Snakehead). Si en apparence, les deux mondes sont les mêmes, le ressenti lui connait bien des variations impactant. On ne sait ainsi plus trop sur quel pied il faut danser, les épisodes importants apportant leur lot de déceptions tandis que ceux interchangeables font preuves de scénarios diaboliques taillés pour mettre en valeur le jeu de John Noble.

Peut-être que le poids de la révélation de la première saison était trop lourd à supporter. Tout d’abord, Fringe met du temps à retrouver ses bases, il faut tenir compte du changement sans remettre en question la structure. Les scénaristes ont ainsi recours à des tours de passe-passe un peu grossiers et ne nous éviteront même pas le running twist de l’amnésie. Ce n’est que lorsque Dunham retrouve du poil de la bête sous l’impulsion du tenancier du bowling (un des personnages les plus réussis de la saison) que, en prenant exemple sur son héroïne, Fringe réussit à retrouver sa vitesse de croisière.

Malheureusement, dès qu’il s’agit d’avancer significativement et d’arrêter de tourner au tour du pot, la dynamique s’enraye, les révélations font l’effet de pétards mouillés, et les scènes clefs passent à côté de leur sujet d’un point de vue émotionnel. Il faut dire que de grands (et légitimes) espoirs étaient placés dans le personnage de Walternatif, et que ce dernier s’avère au final n’être rien de plus qu’un méchant lambda peu à même de générer le trouble. Un peu comme cette saison 2 face au final de la saison 1, John Noble semble ne jamais réussir à effleurer le génie de l’original. Du coup, il suffit de tirer sur la ficelle pour que la pelote se déroule tristement : les retrouvailles entre Peter et son vrai père manquent tragiquement d’intensité, tandis que celles entre Walter et William Bell se limitent à des chamailleries entre vieux croutons (je dis ça avec toute l’affection que j’ai pour les personnages).

Alors que sur le papier, l’idée de faire connaissance avec le double de chaque personnage s’avérait palpitante, la mise en oeuvre se révèle souvent au mieux parodique, au pire ridicule. Alors que l’on sait à quel point l’exercice est risqué et combien la création de doubles qui doivent différer tout en étant pareil est un terrain glissant, on s’étonne de voir intervenir à trois épisodes de la fin un stand alone en forme d’histoire racontée par Walter où la narration « Fringe » se voit calquée dans un passé imaginaire des années 60. Oui parce que s’il est déjà difficile de voir Astrid caricaturée en stratège militaire, imaginez l’effet quand vous l’avez vu juste avant jouer à la secrétaire de détective. On ne sait s’il s’agit d’une maladresse ou d’une trop grande confiance dans un final soi disant explosif mais la saison 2 souffre énormément de ce côté remplissage. Entre l’épisode 11 tiré des chutes de la saison 1 (où l’on croise un Charlie Francis même pas mort sans que le showrunner s’en offusque plus que ça – il n’aurait pourtant pas été difficile de sauver l’honneur avec un « 2 ans plus tôt ») et la mini-enquête d’un Peter Bishop qui a fui tout seul de son côté, on a l’impression que le soufflet passe plus de temps à se dégonfler qu’à exploser. C’est une chose de faire du remplissage, c’en est une autre de l’afficher clairement. D’autant plus, qu’à côté de ça, cette saison 2 passe avec une vitesse dérangeante sur certains personnages. Plutôt que d’écouter les vielles histoires de l’oncle Walter, on aurait préféré que les trois autres cobayes apparaissent plutôt dans le récit et y trouvent une place autre que celle d’un artifice scientifique permettant l’ouverture d’une porte.

Alors bien sûr, on ne fustigera pas ici, une série capable de générer des variations SF et de jouer brillamment avec les codes (il suffit à ce sujet de se délecter de l’épisode qui raconte le passé de Walter et s’offre un onctueux générique vintage criant de vérité). JJ Abrams a toujours laissé entendre que Fringe serait plus proche de Alias que de Lost, et on s’évitera donc une comparaison entre l’autre monde de Fringe et les side-Forward de la saison 6 lostienne. Cependant une chose est sûre, à trop jouer sur le final casse gueule, Olivia Dunham risque de se retrouver dans la même situation que Sydney Bristow. Pas sûr que la série arrive à se relever du cliffanger final dont on a du mal à imaginer qu’il puisse déboucher sur un scénario excitant.

Note : 5/10

>> A lire également, la critique de Thomas sur le Golb

21 commentaires
  • Thierry
    21 juillet 2010
    Regardé 4 épisodes de la S1 et … abandonné.
    Alors, la S2 … ^^

  • Violette
    21 juillet 2010
    Pas d’accord (étonnant hein ?) :D
    Je trouve que cette série s’affranchit de tous les codes,
    on voit des acteurs épanouis qui prennent du plaisir à jouer en costumes Chicago Blues ou Star Treck,
    la réalité parallèle tient la route même s’il est de plus en plus difficile de faire la part des choses,
    non vraiment, je me fais 100 fois moins ch*** que dans Lost :)
    Va falloir que je m’essaye à la chronique de série un de ces 4, bel exercice ;)

  • Loulouille
    21 juillet 2010
    j’étais scié qu’ils osent mettre un épisode avec charlie comme si de rien n’était, c’est vraiment du foutage de gueule complet, du genre on a un scénario complètement zarb donc on peut se permettre de foutre un rush de la saison 1, sacré mépris pour le téléspectateur…sinon j’ai trouvé cette saison supérieure à la précédente (qui m’avait déçue) notamment l’épisode de l’enlèvement de peter qui est assez touchant ainsi que quelques autres à suivre mais en dehors de ça, ça reste une série décevante à mon avis car il y a de bonnes idées mais c’est mal exploitées et les personnages sont peu approfondis, excepté walter qui gagne un peu en profondeur à la fin de cette saison

  • Anonymous
    21 juillet 2010
    C’est génial le concept de la critique qu’il ne faut lire qu’après avoir vu la série. Comme je ne la regarderai sûrement jamais, je ne lirai jamais ton article.

  • Anonymous
    21 juillet 2010
    Il serait plus intéressant d’avoir une critique que l’on puisse lire avant de regarder la série. Enfin je dis ça je dis rien…

  • Spiroid
    21 juillet 2010
    @Anonyme: Ben critiquer une série sans parler de ce qu’il s’y passe, ça me parait compliqué. Pour ma part, je n’ai regardé que les premiers épisodes de la 2, et la lecture de la critique ne va pas m’empêcher de regarder la suite, car elle ne révèle au final pas grand chose de l’intrigue.

    @Benjamin: Je suis tout à fait d’accord avec toi pour les stand-alone, je les ai toujours trouvé brillants, quoique parfois répétitifs (ta comparaison avec les Experts est à ce titre tout à fait juste). Mais par contre, l’intrigue principale ne m’accroche pas du tout. J’ai trouvé ça un peu capillotracté et mal amené, la fin m’a laissé de marbre.
    En fait, quand je lis ta chronique, j’ai l’impression d’entendre parler de la saison 1. Donc ça ne me donne pas plus envie que ça de poursuivre la saison 2, que j’ai déjà abandonné depuis longtemps.

  • Benjamin F
    21 juillet 2010
    @Thierry : Oui forcément… :)

    @Violette : Oui pas étonnant :) C’est sûr que pour glisser un épisode de la saison 1 au beau milieu de la saison 2, il ne faut pas se sentir concerné par les codes :)

    Les acteurs sont indéniablement à leur place, mais on se fait 100 fois plus ch*** que dans Lost :p

    C’est effectivement assez sympa de faire des critiques de séries. En revanche il faut vraiment choisir quelques axes de lectures et s’y tenir sinon tu peux facilement te retrouver à écrire une thèse :)

  • Benjamin F
    21 juillet 2010
    @Loulouille : Ouais ça m’a carrément saoulé également. En plus je n’ai même pas compris sur le coup ! J’ai vraiment bêtement pensé qu’il n’était pas mort et que j’avais du zapper un épisode.

    L’épisode dans le passé sur l’enlèvement de Peter est vraiment excellent et porte quasiment sur ses épaules tout l’aspect mythologique de cette saison 2.

    Sinon, je suis bine plu gêné par la mauvaise exploitation de l’histoire que par le manque de profondeur de certains personnages (Astrid!!!^^).

  • Benjamin F
    21 juillet 2010
    @Anonyme : En fait oui mais non. Playlist Society est un blog de critiques : si je suis évidemment ravi de pouvoir partager mes coups de coeur et de parfois donner l’envie à un lecteur de découvrir une oeuvre, l’objectif n’est pas d’inciter les gens à voir (beaucoup d’autres s’en chargent avec bien plus de talent que moi) mais plus d’initier une discussion avec ceux qui ont vu déjà vu et qui souhaitent en débattre. Mes critiques de films sont fondées également sur la même idée. Les thèmes et le sens de pas mal d’oeuvre ne peuvent être mis en perspective qu’en fonction de la « fin ». L’intérêt du blog, c’est justement de pouvoir proposer un contenu plus analytique qui ne peut pas être abordé dans une critique journalistique, cette dernière ne pouvant se permettre de dévoiler tous les tenants et aboutissants.

    (Après si tu es sûr de ne jamais mater la série, je t’invite à lire l’article^^)

  • Benjamin F
    21 juillet 2010
    @Spiroid : Arf si t’as trouvé la fin de la 1 mal amenée, que vas-tu penser de la fin de la 2 ! :)

    Comme je disais les deux saisons sont assez proches. Du coup, la seule raison de poursuivre se trouve dans l’éventualité d’une très bonne saison 3. Mais à ce stade, le mieux est peut-être de laisser reposer et d’attendre des échos de la suite.

  • Dom
    22 juillet 2010
    Benjamin, un grand merci à toi.
    Un grand merci car, toujours en quête d’une série qui me passionnerait comme The X-files, j’ai commencé Fringe avec difficulté, poussé par des amis me garantissant que la saison 2 était bien au-dessus de la première. Puisque chaque épisode est vécu comme un calvaire (résoudre le paranormal par le paranormal n’a, à mes yeux, aucun intérêt), je pense arrêter là où j’en suis puisque visiblement, cette série ne pourra jamais me satisfaire.

  • Thomas
    22 juillet 2010
    Autant je te trouvais généreux l’an passé, autant je te trouve un peu dur cette année. La série a malgré tout fait des progrès considérables, notamment dans le jeu d’acteur. Mais bref. Ce n’est pas non plus mémorable, et là-dessus nous sommes bien d’accord.

  • Benjamin F
    23 juillet 2010
    @Dom : Comme je disais à Spiroid, je crois que le mieux est effectivement de faire une pause dans la série et d’attendre de voir si celle-ci arrivera à revenir dans la bataille.

  • Benjamin F
    23 juillet 2010
    @Thomas : Me connaissant, je trouve ça assez logique. Tu sais à quel point j’accorde de l’importance à la fin et du coup j’ai souvent tendance à poser l’équation suivante :

    saison pas terrible + fin géniale > saison pas mal + fin merdique

  • Thomas
    27 juillet 2010
    Je comprends très bien.

    En même temps rares sont les séries à être construites de manière à tendre vers une fin, avec comme unique but et structure narrative la progression vers le final (la dernière saison de Lost est plus l’exception que la règle, et je ne suis pas sûr que dans le fond ce ne soit pas son plus gros défaut… mais on en a déjà discuté ^^). Fringe contient énormément de stand-alone, par exemple, ce qui assez courant dans les séries mainstream (dont la diffusion s’étale sur huit mois et qui a littéralement pour but « d’accompagner la saison du spectateur »). Sa structure narrative est assez faiblarde si on la prend dans sa globalité, avec une narration très distendue, alors qu’à l’inverse il y a de très bons épisodes parfois. Bref ! ça reste un poil sévère. Justifiable, mais sévère quand même ;-)

    (et sinon je suis cependant tout à fait d’accord avec toi sur le final… enfin à ceci près qu’autant l’idée d’avoir comme antagoniste l’autre Walter me plaisant – bien qu’elle fût très prévisible – autant je ne trouvais pas « l’idée de faire connaissance avec le double de chaque personnage [...] palpitante », au contraire je trouvais ça très con, facile, et déjà vu mille fois… ce qui fut d’ailleurs le cas une fois diffusé ^^) (et il faut ajouter à cela que si les ambiguïtés de Peter sont parfaitement rendues lorsqu’il arrive dans ce monde… elles sont bien vites et bien bêtement balayées, alors que ç’aurait pu donner un mini arc narratif passionnant)

  • Benjamin F
    27 juillet 2010
    @Thomas : Oui le problème de base est évidemment que j’attend de Fringe d’être une série « mythologique » alors qu’il s’agit fondamentalement dans ses qualités d’une série stand alone.

    L’idée des doubles, si elle avait été bien exploitée d’un point de vue psychologique/émotionnelle, aurait vraiment été à même de relancer mon intérêt pour la série. Mais là à part Peter qui fait un peu illusion lors des retrouvailles avec sa mère, toute l’arrivée dans l’autre monde est bâclée. Il faut dire que celle-ci intervient beaucoup trop tard ; il aurait fallu se garder au moins 5 épisodes pour développer l’axe. Du coup, on en revient toujours au même problème : à force de vouloir jouer sur les deux tableaux, Fringe va finir par ne jouer sur aucun.

    Dommage parce que la matière est là. Dans un monde idéal, il aurait fallu que la saison 2 ne traite que des personnages de l’autre monde, qu’on prenne le temps de se familiariser avec eux et que les scénaristes jouent de l’effet miroir. Et ce n’est que dans la saison 3 que les deux mondes auraient alors du se rejoindre…

  • Dimitri
    11 septembre 2010
    Je suis d’accord avec toi. Fan de séries je regarde toujours les premiers épisodes. Fringe au fil du temps m’a déçu. L’idée des doubles était super mais elle a été, à mon sens, mal exploitée.

  • Anonymous
    2 octobre 2010
    Salut,

    C’est quoi un/une « stand-alone ».
    J’ai cherché dans le dico et j’ai rien trouvé.

    merci

  • Benjamin F
    2 octobre 2010
    @Anonyme : Il s’agit d’un épisode qui fonctionne par lui même (qui tient tout seul), il n’y a pas besoin d’avoir vu les précédents pour en saisir l’intrigue et il n’est pas indispensable de le voir pour comprendre l’intrigue complète de la série. A titre d’exemple, les Experts ne sont composés que de stand-alone alors que Lost n’en possède aucun…

  • Anonymous
    3 octobre 2010
    Merci Benjamin.

    je vais pas dormir bête cette nuit. loll
    Donc un standalone est comme un petit film ?

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