Critique de
Benjamin Fogel
de Playlist Society

BATHS – Cerulean

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Benjamin Fogel (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
7 /10

Les rouflaquettes épaisses qui entourent le visage, les lunettes qui déforment légèrement le regard, les joues un peu gonflées qui s’accordent avec un corps un peu grassouillet, Will Wiesenfeld aka Baths est un geek de style Elvis, de ceux qui aiment bidouiller la semaine et errer le samedi soir dans des clubs où ils se déhanchent sous les assauts de la musique et du vague à l’âme, de ceux qui finissent toujours par se lier d’amitié avec un type au bar qui leur offre première partie et reconnaissance (Daedelus dans le cas présent, qui présentera également Baths à son futur label Anticon).

De Madlib à Flying Lotus, Los Angeles, dont Will Wiesenfeld est originaire, est devenu un véritable repère pour beatmakers qui aiment souffler le chaud et le froid, la soul et le jazz, une ville où les machines poussent au bout des doigts et où des doigts poussent sur les machines. Mais Baths ne surfe pas sur un courant d’air, il a posé des fondations solides et a su construire son atelier avant l’hiver. S’il passe ses journées à errer dehors, à jouer au phonographe et à voler des sons naturels (« Rain Smell » sent vraiment l’herbe mouillé) qui le rapproche de la pureté de Boards Of Canada (« Rafting Starlit Everglades »), le soir venu, il s’attelle à sa table, prend l’apéro avec guitares et basse qu’il réenregistre et retravaille, avant d’enfin une fois le monde endormi poser sa voix.

Tout au long de « Cerulean » on imagine une version du « Stick To My Side » de Pantha du Prince avec Panda Bear au chant revue et corrigée à travers le spectre de l’abstract hip hop (« Hall »). C’est de ça qu’il sera souvent question ici, de l’abstract hip hop, de Animal Collective mais aussi de Warp, autre label chez qui Baths n’aurait pas déteint. Du coup, on finit toujours par se demander qui a trompé qui pour qu’on se retrouve avec autant d’enfants illégitimes ! Sur « Lovely Bloodflow » on se croit d’abord chez Tv on the Radio avec ce chant psychédéliquement sensuel avant de réaliser que les drilles sont bien ceux d’Aphex Twin. Puis juste après « Maximalist » abuse du glitch à la Prefuse 73 avant de se comporter comme le « Arche-Limb » de Depth Affect ! Ca name-drop de partout ! On ne sait plus qui est le fils de qui, de quoi. L’album devient un jeu de combinaison, Dirty Projectors copule avec Boom Bip, Blockhead prend dans ses bras Yeasayer !

On sent bien que Baths n’est pas un faiseur qui fait mumuse le dimanche avec des boutons, qu’il n’est pas le genre de type qui rajoute trois bling bling sur les vinyles de papa. Non on voit tout de suite en lui le travailleur, celui qui ne quitte jamais sa trousse à outil et qui exploite la moindre de ses émotions. C’est une musique qui a besoin d’être jouée.

Les nombreuses fluctuations dans les circuits électroniques n’y font rien, « Cerulean » s’avère particulièrement organique, au point même de peser parfois. Baths a tellement mis ses trippes dans cet album qu’il en fait souvent un peu trop comme sur « You’re My Excuse to Travel ». Même si l’on reste abasourdi par ses structures complexes et ses développements imprévisibles, on finit à un moment ou à un autre par le trouver trop maniéré (sur « Indoorsy » par exemple) voir ennuyeux par trop plein de perfection (« Departure »).

Mais au final, la plaidoirie possède une rhétorique sans faille – Love this is a dark world and I’ve lost focus, please tell me you need me – à laquelle on a envie d’adhérer (« Plea »), et du coup Anticon a par la même trouvé son Bibio.

Note : 7/10

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la critique de B2B sur Chroniques Electroniques
16 commentaires
  • Julien Lafond-Laumond
    3 septembre 2010
    « « Cerulean » s’avère particulièrement organique, au point même de peser parfois »

    C’est ça. C’est un disque qui m’a complètement enthousiasmé dans sa première moitié mais qui ensuite m’a étouffé. Trop intime, trop sensible, ça a fini par me gêner. Je trouve que Baths s’épanche trop et c’est vraiment sa limite selon moi.

  • OOOOo
    3 septembre 2010
    De l’electro chez Anticon, je vais aller m’écouter ça.

  • Nathan
    3 septembre 2010
    Oui, même avis que Julien. Le son qu’il développe est vraiment bon, presque autant que Boards of Canada, mais l’amas de voix au-dessus est juste insupportable à la longue.

  • Benoit
    3 septembre 2010
    j’ai bien aimé sans que cela ne me scotche pour autant, c’est très bien fait, très agréable et c’est déjà pas mal (7.5 pour moi sur « des chips et du rosé »)

  • Benjamin F
    3 septembre 2010
    @Julien Lafond-Laumond : Ça me rassure qu’on partage ce ressenti parce que j’ai eu du mal à mettre le doigt dessus. Quelque chose me gênait mais c’était difficilement identifiable. Mais oui au fond c’est un problème d’épanchement.

    @OOOOO : Oui même si Anticon s’est toujours acoquiné avec l’electro c’est rare qu’ils aient autant franchi le cap.

  • Benjamin F
    3 septembre 2010
    @Nathan : En revanche, je ne trouve qu’il va pas aussi loin que Boards Of Canada, il n’a pas cette maturité de l’émotion.

    Sinon, il faut effectivement franchir le cap de la voix, son côté un peu trop Animal Collective, et sans être insupportable il s’agit bien d’un ticket d’entrée au disque.

    @Benoit : Tu sais que t’es tellement partout que j’ai mis un peu de temps avant de réaliser que c’était également toi derrière « des chips et du rosé ». Juste pour le fun, on en est à combien de sites/blogs sur lesquels t’écris ? :)

  • Benoit
    3 septembre 2010
    pop revue express, netlabels revue, benzine, hop blog, hop BD, Des chips et du rosé… ça fait que 6 en fait, mais il faudra quand même que je le présente officiellement et expliquant : « mais pourquoi encore blog ??!!! » ;-)

  • Julien Lafond-Laumond
    3 septembre 2010
    Oui je n’y comprends rien Benoit tu es plusieurs personnes à la fois dans ma tête.

  • Benjamin F
    3 septembre 2010
    @Benoit : Il a pas tort Julien, on y comprend vraiment plus rien :) Tu devrais créer « Benoit Corporated » et tout centraliser avec un système holding/filiales/BU.

  • Benoit
    3 septembre 2010
    @Benoit @Julien : mais je ne veux pas devenir une marque déposée, je veux rester un électron libre et continuer à faire pousser et arroser blogs quand bon me semble… et en buvant un petit rosé c’est encore mieux !

  • Catnatt
    3 septembre 2010
    Ben moi le peu que j’ai écouté sur myspace m’a plu.
    Mais il est vrai que le troisieme morceau, avec la voix, c’etait super limite

  • Dom
    3 septembre 2010
    Plutôt pas mal ce qui est dispo sur le myspace. En fait, ce qui me botte le plus c’est le remix « In Ruins », j’adore le mixage et le synthé, ça part dans toutes les directions en restant cohérent.

  • -Twist-
    8 septembre 2010
    Je l’aime bien ce disque moi. Ca a un coté The Avalanches pas dégueu. Et depuis le temps qu’on attend la suite des aventures des australiens, c’est déjà ca. :)

    (Quant à Benoit, ce type n’est pas humain. Ou fonctionnaire. Au choix).

  • Benjamin F
    9 septembre 2010
    @-Twist- : Oui toujours ça de pris :)

    Sinon je m’offusque, mon activité postalo-postale en tant que contractuel m’amène chaque jour à travailler avec des fonctionnaires qui exécutent sans rechigner leur tour de cadran et je ne peux laisser passer l’idée selon laquelle les fonctionnaires auraient plus de temps que les autres pour tenir des blogs ! Je confirme donc que Benoit n’est pas humain ! :)

  • -Twist-
    13 septembre 2010
    Il est nancéens. Tu n’as peut-être pas tort donc. :D

  • [BAs!BAs]
    14 mars 2011
    Anticon ne fait pas dans l’électro ?!
    je trouve assez normale que baths soit devenu anticonien, ils sont de plus en plus barré electro-noise et ce cerulean à un arrière goût de dosh, ou fog, ou subtle, non?

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