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REVENGE de Susanne Bier

Sortie le 16 mars 2011 - durée : 01h53 min

Par Thomas Messias, le 15-03-2011
Cinéma et Séries

De Susanne Bier, on ne connaît en France que la carrière post-années 2000. La première décennie de ce siècle aura permis à la cinéaste danoise, dont la filmographie compte une douzaine de films, de faire connaître mondialement sa façon fascinante de réinventer perpétuellement le triangle amoureux. La mort, la distance, la morale : d’Open hearts à After the wedding en passant par Brothers, elle nous aura broyés, lessivés, essorés, bouleversés en décrivant sans pitié les ravages de l’amour et de la convoitise. Le tout avec l’aide précieuse d’Anders Thomas Jensen, plus grand scénariste danois en activité, dont la plume aiguisée a également fait le bonheur de Søren Kragh-Jacobsen (Mifune) ou Lone Scherfig (Wilbur).

Vraisemblablement, Revenge marque pour le tandem Bier/Jensen une nette envie de passer à autre chose, l’escapade américaine de Nos souvenirs brûlés ayant permis de clore une décade passée à disséquer le couple et ses déséquilibres. Si l’on retrouve ici quelques-unes des tendances de la réalisatrice, dont une double narration entre le Danemark et une contrée lointaine, on ne navigue plus en terrain connu. Cette sensation de naviguer à vue dans l’univers d’une artiste que l’on pensait connaître par coeur crée une désorientation assez grisante, même si le film semble tarder à prendre ses marques et à trouver sa ligne directrice. Suivant parallèlement un médecin dévoué, parti faire de l’humanitaire en Afrique, et un petit danois dont la mère vient de décéder, Revenge finit heureusement par ne plus la jouer puzzle, dissipant nos craintes d’assister à une nouvelle mixture indigeste façon Iñárritu, et trouve enfin ses héros : le jeune Christian, perturbé par le deuil, et Elias, le fils du médecin, tête de turc de sa classe en raison d’une dentition peu avantageuse et d’origines suédoises permettant aux Dupont-Lajoie locaux de s’en donner à coeur joie. Le titre “français”, qui n’a rien à voir avec le titre original ou celui choisi pour la sortie américaine, annonce la suite des évènements : en situation d’incompréhension face au monde qui les entoure, incapables de cerner le mode de fonctionnement d’adultes qu’ils estiment trop lâches ou pas assez responsables, Elias et Christian vont décider de mener leur vie comme ils l’entendent et de se faire justice lorsque cela sera nécessaire.

C’est dans cette mise en place que Revenge se fait le plus passionnant, lorsque Susanne Bier filme la montée en tension qui accompagne cette prise de conscience. Hélas, la plume d’Anders Thomas Jensen apparaît bien moins rigoureuse qu’auparavant, et les incohérences psychologiques succèdent aux raccourcis téléphonés. Il faut voir ce que le scénario fait du divorce, de l’Afrique, des tendances suicidaires des jeunes gens. Il mêle des tas de thématiques et les entrecroise maladroitement, comme à la grande époque des soirées télévisées animées par Jean-Luc Delarue. On finit par abandonner tout espoir de saisir réellement les raisons du parallèle entre cette histoire de pré-adolescents en quête d’eux-mêmes et celle du médecin contraint de soigner tous les patients qu’il croise, y compris un bourreau de femme et d’enfants qui sème la terreur dans son pays. Le pont entre les deux histoire est peut-être trop subtil, mais la lourdeur de certaines approches permet sérieusement d’en douter. Mais tout finit par concorder, la réalisation un peu trop léchée comme cette envie apparente de privilégier une approche globale des principaux thèmes abordés : au fond, Revenge est un film américain. Dans le bon sens comme dans le mauvais. Oublié le Danemark rugueux des précédentes Å“uvres de Susanne Bier, désormais, même les sentiments les plus douloureux sont généreusement ripolinés afin de ne froisser personne.

Le doublé Golden Globe / Oscar du meilleur film étranger ne fait que confirmer cette hypothèse : en passant par Hollywood pour un Nos souvenirs brûlés fort honorable mais manquant déjà d’âpreté, Susanne Bier semble avoir perdu un peu de son âme, de son authenticité. Ce cinéma propre, ce n’est pas elle. Cette musique omniprésente non plus. Et que dire de cette conclusion africaine, composée de plans savamment ralentis sur des enfants qui courent… Il y a quelque chose de cassé au royaume du Danemark. On aimerait croire que tout ceci ne résulte que d’une fatigue passagère, mais l’annonce du prochain projet de la réalisatrice (une comédie romantique avec Pierce Brosnan) laisse à penser que la période 2000-2010 risque de rester comme l’incontestable climax de la filmo de cette cinéaste qu’on aura tant aimée.

Note : 5/10.

https://www.youtube.com/watch?v=dmxrNcJnd_c