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David Bowie is…

Par Ulrich, le 12-01-2013
Musique

De tous les artistes du siècle passé, il y en a un qui me fascinera toujours. Mon panthéon musical personnel est essentiellement consacré au post-punk et au punk et pourtant, au milieu de tout ce petit monde, j’ai toujours réservé une place de choix à David Bowie. D’ailleurs, c’est le seul artiste solo dont j’ai tous les albums, même les plus pourris ; le seul que j’ai vu plusieurs fois en concert en étant certain que quoi qu’il arrive, j’aurai vu et entendu un bon concert. David Bowie est, je crois, pour tous les musiciens de ma génération et notamment pour les groupes du mouvement post-punk, une véritable icône. En Angleterre, on ne peut imaginer l’impact qu’a eu cet artiste sur la population. Plus que les Beatles, plus que les Stones, s’il y en a un qui incarne cette fichue fierté anglaise, c’est bien David Bowie. Même s’il est unanimement respecté, la presse spécialisée n’a pourtant jamais caché, sa déception quand Bowie faisait son David.

Avec raison.

Depuis 50 ans, David Bowie nous a régulièrement bluffé avec ses diverses mutations, qu’elles soient théatrales et/ou musicales. Pop, soul, glam rock, musique électronique, disco, il aura embrassé tous les genres avec cette petite touche en plus qu’on appellera au choix génie, opportunisme, touche à tout. Il est certainement tout ça : un génie touche à tout qui a su, avec opportunisme, être toujours dans l’air du temps. Habitués à ses travestissements, nous avons vécu chacun de ses changements avec plus ou plus moins de plaisir. Sa période faste que furent les années 70 nous donnèrent étrangement suffisamment de matières (et paradoxalement de points de repère) pour accepter que son personnage caméléon souffre parfois de quelques déréglements. Les années 80, Tin Machine, l’album Hours sont autant de sorties de route improbables qu’elles ont été toutes précédées d’albums suffisamment conséquents pour espérer un retour durable du génie.

Mais l’aura de Bowie est telle que nous lui pardonnons avec une certaine indulgence ses errances. D’autres artistes n’ont pas eu le droit à de tels égards. Avons-nous eu tort ? Mais que faire face à un artiste qui avoue lui-même, au point de s’excuser, s’être parfois trompé ? Le respect s’impose de lui-même.

Bowie a toujours maîtrisé aussi les différentes parties de sa carrière. Sauf celle qui l’a obligé à s’arrêter et à prendre soin de sa santé. Un nouveau visage est alors apparu, sûrement à son corps défendant : David Bowie est redevenu David Jones, un simple citoyen, un père de famille s’occupant de sa fille et sa famille, prenant plaisir à soutenir les projets cinématographiques de son réalisateur de fils, Duncan Jones. Ce visage-ci, je, vous, nous avons dû faire avec. Ce silence de 10 ans, entrecoupé de rares apparitions, nous a été imposé, nous plongeant parfois dans une angoisse assez terrible. Nous devions nous contenter des miettes, à savoir apprécier ou pas les rééditions fêtant les anniversaires de ses albums majeurs.

Et puis, il y a eu les Jeux Olympiques de Londres, l’été dernier.

Vous vous n’en êtes peut-être pas aperçus mais, entre tous les artistes qui furent cités, David Bowie eut une place de choix et le seul avec les Beatles à être véritablement présent musicalement lors des cérémonies d’ouverture et de clôture. L’équipe olympique de Grande-Bretagne fit son entrée sur le stade au son de Heroes et lors de la cérémonie de clôture, on repassa en accéléré son incroyable carrière musicale. Et ça eut son effet. Par cet hommage vibrant, les anglais lui envoyèrent une prière muette. Le peuple anglais demandait à son Héros de revenir, l’avenir de la Grande-Bretagne ne pouvait être radieux sans ses stars d’antan et Bowie en fait indéniablement parti.

Il serait certainement présomptueux de penser que Bowie ait été touché par l’hommage unanime que lui rendait la planète sport dans un événement auquel il a refusé de participer. On ne saura jamais les raisons de son retour puisque seule la musique, sa musique, sera son seul et unique porte-voix.

Sa musique. Cette musique. Il y a chez Bowie un romantisme exacerbé lorsqu’il écrit ses propres mémoires d’outre-tombe.

Lundi soir, j’ai vécu presque minute par minute la montée de la rumeur. Une rumeur lancinante, où s’entremêlait l’angoisse et l’attente… Lorsque le bruit s’est répandu comme une traînée de poudre que son site web était hors-service : forcément je m’y suis rendu et forcément l’accès à son site me fut refusé, comme à quelques milliers de personnes… Angoisse, inquiétude, toutes les hypothèses fusèrent dont la pire d’entre toutes. Ce site web HS n’annonçait rien de bon, car annonce il y allait avoir, c’était une quasi-certitude pour tout le monde.

Et puis, voilà, la lumière fut.

Un tout nouveau site fut mis en ligne.

Avec un tout nouveau morceau et l’annonce que l’on connaît tous, maintenant.

Un truc de fou qui a émotionnellement bouleversé la petite planète musicale.

Chose rare sur les réseaux sociaux, j’ai senti, peut-être pour la première fois, une véritable émotion à cette renaissance de David Bowie. Le soulagement se mêlait à une véritable joie sincère.

David Bowie ne s’attendait peut-être pas à l’effet que son retour produirait et ses proches, non plus, au regard du tweet de son fils.  Il ne mesurait peut-être pas combien il avait manqué à beaucoup de personnes, moi y compris. Et même si je fus perplexe à la première écoute, même si je continue à penser que sa vidéo est tarte, j’avoue que cette voix m’a cruellement manqué et qu’au fil des écoutes, les paroles de sa chanson m’ont touché au plus profond. Il sera toujours temps d’analyser ce morceau et le futur album. Certains ont déjà commencé ce travail, mais en relisant leurs quelques lignes, au-delà de leur évidente joie, j’ai ressenti que cet artiste-là n’était décidément pas comme les autres. Quoi qu’on en dise, ce retour force le respect ; quoi qu’il advienne, cet artiste-là a accroché son étoile dans le ciel ; quoi qu’il fasse, elle sera toujours la plus brillante.