Critique de
Ed Loxapac
de Chroniques Electroniques

WIL BOLTON – Quarry Bank

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Ed Loxapac (Auteur) Lecteurs (Aucun vote)
8,5 /10

L’hiver dernier, Wil Bolton nous apprenait qu’il n’était pas seulement la moitié fondatrice du label Boltfish (spécialisé dans l’electronica bien organique) où il officie d’ailleurs sous le joli nom exotique de Cheju. Son magnifique album Time Lapse paru sur la souvent excellente maison Hibernate Recordings, avait dévoilé une facette bien différente, plus « musicienne », plus abstraite aussi, lorgnant vers le drone et les compositions électro-acoustiques. Si les productions de Boltfish ont quelque peu perdu en qualité ces derniers temps, Wil a lui poussé ses expérimentations et ses field recordings vers une qualité remarquable. Quarry Bank, dont il est aujourd’hui question, en est le parfait exemple. Il est paru il y a peu, sur le label de Colin HerrickTime Released Sound.

Quarry Bank, bled pas si paumé des West Midlands, est un symbole de l’industrie textile britannique, mais aussi un symbole de la révolution industrielle. En curieux, Wil a même plusieurs fois visité les lieux. On dit que le site a perdu de sa superbe depuis que la bibliothèque de l’usine a fermé et qu’un centre commercial imposant s’est installé non loin de là. C’est avec beaucoup d’affection et de nostalgie que Bolton pose sa guitare et ses machines sur cet album hommage. Un hommage historique et culturel qui peut laisser dubitatifs les français que nous sommes, nous qui avons eu l’intelligence (ironie inside) de complètement désindustrialiser notre beau pays. Notre génération ne fut pas témoin des révolutions qu’ont connu l’Allemagne ou l’Angleterre. Mais l’oeuvre est avant tout un objet d’écoute.

La qualité pure des field recordings est ici remarquable. C’en est presque troublant. Les cordes, graciles et magnétiques, accompagnent les enregistrements des machines à traiter le coton. Les drones sont parfois abruptes , mais dégagent des ondes pénétrantes et vibrantes qui procurent presque des sensations régénérantes (Calico). Mais le plus intéressant réside dans le caractère mélancolique et plein d’affection des textures. Comme si les morceaux venaient dépoussiérer des photos jaunies par le temps, pour redonner vie à des instants passés. C’est sans doute aussi ça, le soundscaping. Cette magie de l’instant ou du paysage, capturée et illustrée en musique. Le titre Jacquard est littéralement à pleurer. Tout à l’air si simple, si essentiel.

On dit que le témoin du passé qui meurt est comparable à une bibliothèque qui brûle. Les anciens le savent, malheureusement mieux que nous. The Long Decline est semblable à une magnifique  fresque. Celle d’un ouvrier vieillissant retiré dans sa chaumière, recouvert d’une couverture pourpre aux motifs champêtres, contemplant ce qui reste de ce qui fut son environnement. Les gouttes perlent contre sa vitre, son sourire se fait plus cynique face aux dérèglements du grand progrès. La théière a sifflé, il est désormais temps de rendre un dernier souffle et de rejoindre la pleine liberté des feuilles mortes éprises d’un dernier voyage. Le temps a passé.

Quarry Bank est une belle oeuvre courte suintant l’humilité. Elle est aussi parfaitement idéale, de par sa facilité d’accès, pour ceux qui souhaiteraient placer un premier pied vers les field recordings. Pressé à un nombre plus que confidentiel (100 exemplaires), cet album est emballé dans un packaging plus qu’attrayant. Le peu d’élus qui auront la chance de l’acquérir ne le regretteront pas. Les nouvelles trajectoires prises par Wil Bolton sont passionnantes. Qu’on se le dise.

4 commentaires
  • Dom Tr
    24 janvier 2012
    Je ne connais pas cet album précisément mais ce Wil Bolton m’éclate. J’ai écouté « Chimes For A Wall Drawing » et un autre dont j’ai oublié le nom l’année passée, de très bons disques dans le genre. Même si le morceau en écoute me laisse un peu dubitatif, l’aspect « field recordings » est un peu relégué au second plan au lieu d’être utilisé comme matière première (sauf en toute fin de morceau).

    Ceci dit, ça me fait penser qu’il y a quelques jours, sur le dernier podcast de Substance-M., j’ai abordé rapidement la musique d’Emmanuel Mieville qui s’adonne aussi à une forme de field recordings plus brut mais loin d’être dénué de charme. Ses morceaux tracent de vraies petites histoires à partir de la matière enregistrée dans différent pays du monde. Des gens qui passent, des bruits de la ville, des oiseaux, un mec qui joue de la musique au coin d’une rue, le bruit du vent… Notamment ce « Four Wanderings In Tropical Lands » sorti l’année dernière, je ne m’en lasse pas.

    Et un beau papier qui retranscrit bien l’apparente mélancolie du disque. :)

  • Benjamin Fogel
    24 janvier 2012
    @Dom Tr : Oui c’est moi qui ait choisi l’illustration sonore parmi ce que j’ai trouvé sur YouTube, mais effectivement ce n’était peut-être pas le meilleur choix. Mais sinon ce disque me passionne également. Il arrive à point alors que je suis arrivé au bout de mon voyage avec le Chris Watson !

  • Dom Tr
    24 janvier 2012
    Chris Watson, il faudra que je prenne le temps d’écouter ses disques un jour mais il y en a tellement pfff… T’étais sur lequel ?

  • Benjamin Fogel
    24 janvier 2012
    @Dom Tr : Le dernier dont B2B a parlé sur Chro Electro ( http://www.chroniqueselectroniques.net/article-chris-watson-el-tren-fantasma-91758753.html )et qui n’est composé que de sons captés à partir d’un train.

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