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“La crise et moi”, la leçon de scepticisme d’Anne-Sophie Jacques

Par Dominique K, le 08-02-2013
Analyses et critiques
?
Format historique de Playlist Society, cette catégorie regroupe les réflexions, personnelles ou analytiques, sur des artistes et des oeuvres qui nous tiennent à coeur. (Voir tous)

Cinq ans de crise financière et il n’est pas sûr que Madame Michu y ait compris quoi que ce soit à cette crise. Il faut dire que Madame Michu écoute les Cassandre de l’économie d’une oreille très distraite. “Que voulez-vous ma bonne Bernadette ? Nous sommes en crise depuis la fin des années 70, vous pensez bien que je ne fais pas trop attention à la petite dernière. Et puis tous ces experts qui nous expliquent la dette par-ci et la compétitivité par-là, de véritables bonimenteurs de foire ! Il y a encore des cruchons qui y croient à leurs salades. Non, non, moi je vous dis qu’il faut mieux cultiver son jardin et y rester jusqu’à la prochaine tempête.”

C’est ainsi, nombreux sont ceux qui voient passer sous leur nez, d’un oeil torve, des wagons entiers d’explications sur la crise, ânonnés par les mêmes experts interchangeables selon l’humeur des animateurs télé ou radio. Mais le citoyen qui sommeille en vous, en a certainement marre d’entendre les mêmes rengaines débitées à longueur de temps par ceux et celles qui nous disaient déjà il y a cinq ans : “Tout va bien Madame la Marquise !” et n’ont pas vu venir la catastophe. Depuis, nous avons le droit soit à un rétro-pédalage pénible soit à un durcissement du ton, provoquant chez certains économistes vraiment sérieux une même consternation unanime. L’économie en France est un sujet d’experts, reste cantonnée dans un petit milieu qui a oublié d’ouvrir les fenêtres pour aérer les esprits surchauffés par une pensée dominante. Les outils pédagogiques mis à disposition des citoyens pour comprendre le b.a.ba sont peu nombreux et rares sont les économistes qui descendent dans l’agora pour expliquer et faire comprendre de quoi il en retourne exactement.

C’est donc au citoyen de prendre son courage à deux mains pour essayer de démêler les fils de l’écheveau. Anne-Sophie Jacques, l’éconaute du site Arrêt Sur Images, tente depuis quelques années de rendre intelligible ces notions de macro et micro-économie à un public non averti. Dans un langage simple et direct, non dénué d’humour, elle interroge frontalement les dires de certains experts, qui matraquent à longueur de journée leurs vérités. Mûe par ses diverses interrogations, elle a choisi d’approfondir sa réflexion et d’écrire un petit essai d’une centaine de pages “La crise et moi”, sous-titré “Petit manuel de résistance au matraquage médiatico-économique”. En sept chapitres, ses interrogations couvrent les sujets brûlants de l’actualité économique, confrontent les opinions pour toucher du doigt les contradictions, les non-dits et les mensonges par omission de nos chers experts en économie : Si la France faisait défaut, serait-ce si grave que ça ? Qu’en est-il de la régulation des marchés financiers ? Les grecs sont-ils vraiment les affreux fraudeurs qu’on nous dépeint à longueur de journée ? Et les paradis fiscaux ? Le Made in France est-il encore possible ? Autant de questions que nous nous sommes tous posés à un moment donné ces dernières années, sans que nous ayons eu forcément le courage de chercher les réponses.

L’essai d’Anne-Sophie Jacques n’apporte pas de solutions miracles à la crise. D’ailleurs, tel n’a jamais été son propos. Elle nous donne plutôt les moyens de notre propre scepticisme en posant sans tabou des questions essentielles et en initiant le début d’un débat citoyen. En abordant les différents sujets énoncés ci-dessus, elle nous dit en substance que l’économie est l’affaire des citoyens et ne doit plus être l’apanage d’un petit groupe d’individus. Des Economistes Atterrés au magazine d’informations alternatives, comme Alternatives Economiques, il existe suffisamment de sources d’informations pour appréhender et comprendre ce qui nous semble a priori inaccessible. En fait, le message est clair, nous devons reprendre la main sur ces éléments,  fabriquer notre propre culture économique pour être capable un jour de défier un appareil médiatico-économique devenu trop péremptoire et imbu de sa propre puissance.