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Le Visage de la nuit de Cécile Coulon : les deux faces du monstre

Publié le 8 janvier 2026 aux éditions de L'Iconoclaste

Par Benjamin Fogel, le 08-01-2026
Littérature

Alors que la fièvre risque de l’emporter, un enfant échappe de justesse à la mort, sauvé par l’intervention d’un guérisseur aux intentions troubles, racontées dans le précédent roman de Cécile Coulon. Mais ce miracle n’est pas sans conséquence et le garçon en conservera les stigmates toute sa vie. Défiguré et monstrueux, il est recueilli par le prêtre de Fond du Puits, ce hameau glissé entre deux basses collines dont il est originaire. Caché dans l’église, à l’abri du regard des hommes, il consacre ses journées à l’étude, prodiguée par l’homme de foi et par la femme aveugle qui entretient les lieux. Seule salvation et espace de liberté pour lui : la possibilité de sortir la nuit, protégé par l’obscurité, pour parcourir la nature. Escapades pendant lesquelles, il prend l’habitude d’embaumer les animaux morts. Pendant ce temps, une nouvelle famille emménage à Fond du Puits : deux parents, une fille et un garçon dont le visage est si beau qu’il en rend fous celles et ceux qui croisent son regard, telle une réinvention du mythe de la méduse.

La beauté des monstres et les monstres de beauté

Suite directe de La Langue des choses cachées, Le Visage de la nuit étend son formidable univers sombre en s’intéressant, avec pudeur et sensibilité, à la figure du monstre, qu’il s’agisse du garçon le plus laid ou de son antagoniste, le garçon le plus beau. La beauté des monstres et les monstres de beauté y sont les deux faces d’une même pièce, celle de la malédiction des apparences. Une véritable tragédie où une jeune fille se retrouve tiraillée entre un frère trop beau et un être trop laid qui partagent un point commun, l’impossibilité d’être vus par leurs pairs.

Si dans le premier livre, il était question de l’écoute et des non-dits, ce second tome explore la question de l’image, de ce qu’on voit et de ce qu’on ne voit, rappelant combien Cécile Coulon est une autrice sensorielle. Dans les deux cas, il s’agit d’une histoire d’équilibre et de justice rendue. Mais à nouveau rien ne s’avérera juste ici. Réparer le monde implique toujours des conséquences et des sacrifices.

Un extraordinaire conte gothique

Le visage de la nuit, c’est aussi celui des entrailles de la terre et des corps, une autre forme de l’obscurité. Thanatopracteur, le garçon en arrive à la conclusion qu’« il n’y a rien dans l’organisme humain qui ne soit digne d’être exploré. » On peut lire ici un commentaire de l’écrivaine et poétesse sur sa propre pratique, elle qui n’a jamais peur de s’aventurer là où les démons sont tapis dans l’ombre.

Le résultat est un extraordinaire conte gothique, à l’image d’un film de Tim Burton où la féerie et la fantaisie auraient été remplacées par une poésie funeste. Cécile Coulon est en train de bâtir une saga intense et épurée, où chaque mot est à sa place et où chaque personnage devient un archétype mythologique – ces derniers sont toujours décrits par leur statut et pas par un nom. On a déjà hâte de retourner à Fond du Puits.