Le Peuple de verre de Catherine Leroux : dans le reflet des mensonges
Publié le 2 janvier 2026 aux éditions de l'Olivier
Dans un futur indéterminé, la crise du logement fait rage au Canada. Les « inlogés » survivent dans la rue. Pour rassurer les citoyens privilégiés qui possèdent encore un domicile, les autorités les déplacent, sans leur consentement, dans des complexes d’hébergement. Sidonie, une journaliste dévoyée, voit sa vie basculer en quelques jours. Il suffit de deux facteurs concomitants pour que tout s’écroule : la perte de son emploi et une rupture amoureuse qui l’oblige à quitter l’appartement conjugal. Sans ressources, Sidonie se retrouve incarcérée dans ce qui ressemble plus à une prison qu’à un centre d’aide aux personnes en difficulté.
Le peuple de verre, c’est un peuple prisonnier d’une matière transparente à travers laquelle il est observé par la société de contrôle. Catherine Leroux propose une Å“uvre d’anticipation ancrée dans le réel, qui extrapole à partir des termes « gentrification », « spéculation immobilière » et « exclusion », pour basculer dans une dystopie où les démunis sont traqués et exclus de l’espace public, comme si la pauvreté était un virus dont il fallait préserver les citoyens. Mais dans le roman, le verre joue aussi le rôle de miroir. Loin d’être manichéen, le récit montre combien Sidonie est le reflet de cette société, elle qui manipule aussi la réalité. Enfin le verre, c’est aussi celui du quatrième mur. Un verre qui se brise pour faire résonner la vie de Catherine Leroux avec celle de son héroïne.
Sous couvert de brûlot politique dénonçant la logique mortifère de l’ultra-capitalisme, Le Peuple de verre est aussi une méta réflexion sur la littérature. Tout au long du roman, Sidonie tient un journal à destination de la psychologue de l’établissement qui accueille, ou plutôt enferme, les sans-abri. Un journal qui semble être le roman. Mais, à l’image de sa protagoniste qui essaye de manipuler l’administration par le biais de sa psy, Catherine Leroux brouille les pistes – et laisse même supposer une potentielle dimension fantastique tant l’établissement ressemble à une structure kafkaïenne, qui se reconfigure la nuit et descend jusque dans les profondeurs. Elle nous rappelle combien tout peut être faux dans un texte. Que le pacte de fiction avec le lecteur est un simulacre. Une promesse qui peut être brisée à tout instant sans que l’on puisse rien trouver à y redire, faisant ainsi du Peuple de verre un grand livre sur les fake news et la manipulation de la pensée.
Pour autant, malgré ces tours de passe-passe, le roman dégage une impression de sincérité. Alors que la tromperie – celle au sein des couples, celle du système, celle de la protagoniste et celle de l’autrice – est au cœur du texte, Catherine Leroux ne triche pas et nous donne toutes les clefs pour comprendre son projet. Au point que la lumière du roman – diffusée par le sens du collectif – ramène de la vérité dans le mensonge.