Les Années souterraines de Hugo Lindenberg : le cheminement de la réparation
Publié le 7 janvier 2026 aux éditions Flammarion
Par suite du décès de son père, puis de sa belle-mère, le narrateur, un architecte d’une quarantaine d’année, quitte momentanément sa femme et la Californie pour retourner à Paris afin de vendre l’appartement familial. Sur place, il est confronté à ses souvenirs, à ses traumatismes d’enfance et aux non-dits qui lui ont pourri l’existence. L’histoire semble être connue et s’inscrire dans la lignée des œuvres sur les relations filiales et les traumatismes qu’elles engendrent. Sauf que la fiction s’empare de ce qui aurait pu ressembler à un récit autobiographique pour emboîter souvenirs et scènes contemporaines au sein desquels virevoltent les idées, les indices et les remises en question. Les Années souterraines s’avère un jeu de piste où l’on accompagne le personnage principal dans sa quête psychique.
Psychologue clinicien de formation, Hugo Lindenberg ne se laisse jamais déborder par ses connaissances et par sa pratique. Au contraire, il met celle-ci au service du récit pour déployer une intrigue lancinante, qui se dévoile par petites touches. Rien n’y est donné, rien n’y est acquis, rien n’y est évident. La subtilité du propos n’a d’égal que la beauté de la langue, le roman étant truffé de formulations et de métaphores qui transcendent le fond.
Ce séjour parisien prend peu à peu les atours du rêve et du conte. En quelques jours, le héros se réinvente une famille, et laisse se dessiner la vie qu’il aurait pu avoir s’il n’avait pas été exclu de son environnement natal, tel un cheminement de la réparation au sein d’ « un déjà-là semblable à celui des personnages des rêves, dont on ignore d’où ils viennent et par où ils s’évadent ».
Bien que tout semble être parfaitement pensé, Les Années souterraines ne semble jamais être fabriquées, produisant un effet de réel et de sincérité touchante.