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Eiao de Marin Ledun

Publié le 09 janvier 2026 aux éditions Au vent des îles

Par Benjamin Fogel, le 24-01-2026
Littérature

Une centaine de pages durant, Eiao raconte le combat de Simone Hauata, la mère de Tepano Morel – le lieutenant de gendarmerie au cœur d’Henua, le précédent roman de Marin Ledun –, contre les essais nucléaires français, dans les années 1970. Compte tenu de son format et de la manière dont il creuse l’histoire d’un personnage précédemment croisé dans sa bibliographie, on pourrait voir dans Eiao un projet secondaire, destiné à reprendre son souffle entre deux textes plus conséquents, voire une somme de passages précédemment coupés au montage, telle une collection de face B. Il n’en est rien. Par son intensité, sa rigueur et sa maîtrise de la langue, Eiao est un grand roman en soi, qui comble un vide autour de la tragédie des essais nucléaires français en Polynésie et contribue à la mémoire de celle-ci.

Un grand roman en soi, qui comble un vide autour de la tragédie des essais nucléaires français en Polynésie

Engagée par une société de manutention spécialisée dans le forage minier, Simone, une jeune femme de 19 ans, va se retrouver au cœur d’une révolution politique contre le mépris de la Métropole, mais aussi d’une révolution culturelle. Car pour défendre ses racines, il faut renouer avec celles-ci dont « le passé reste encore à découvrir », comme l’explique Tahi, l’homme dont va tomber amoureuse Simone.

Un immense respect envers son sujet

« Ils parlent politique, viol colonial, appropriation culturelle et radioactivité. Autant de mots que Simone ignorait avant de rencontrer Tahi. Depuis, elle est insatiable », écrit l’auteur au sujet de son héroïne et de ses nouveaux compagnons. La question du traitement de l’appropriation culturelle est centrale dans le projet. Comme dans Henua, Marin Ledun dénonce celle-ci, en faisant preuve d’un immense respect envers son sujet. On sent derrière chaque ligne le travail, l’implication et le désir de valoriser la culture marquisienne, non pas tel un représentant, mais tel un passeur. Pour preuve, le livre est publié dans la maison d’édition tahitienne, Au vent des îles.

Court, mais d’une densité rare, Eiao soulève des questions d’hier pour alimenter les questionnements post-coloniaux d’aujourd’hui. Marin Ledun à son meilleur.