L’Homme qui choisit la douceur de Baptiste Beaulieu : le paradis, c’est les autres
Publié le 1er octobre 2026 aux éditions L'Iconoclaste
Au cœur du huitième roman de Baptiste Beaulieu, Florian, un médecin, parent d’un jeune enfant, qui va rejoindre un groupe de discussion entre médecins centré sur la relation médecin-patient, les difficultés émotionnelles et les dimensions psychologiques de la consultation. Dans ce groupe, Florian va faire la connaissance de Joël, un pédiatre atteint d’un syndrome qui évoque celui de Gilles de La Tourette, de Zeinab qui lutte contre les violences faites au corps des femmes, d’Ariane, une généraliste qui a du mal à trouver sa place dans le groupe, et enfin d’Henri, qui accueille ses quatre confrères dans son cabinet huppé, lui qui est un médecin généraliste, un peu à l’ancienne, et pétri de certitudes. Leurs discussions vont engendrer des chamboulements intimes et professionnels, où il sera question du soin, de la vie et de la mort.
Suite spirituelle d’Où vont les larmes quand elles sèchent (2023), L’Homme qui choisit la douceur forme, avec également, Tous les silences ne font pas le même bruit (2024), une trilogie qui propose une expérience unique, mélange de narration littéraire, de réflexions socio-politiques propres aux essais et de punchlines qu’on jurerait tirées d’un spectacle de stand-up.
Chaque personnage, du plus positif au plus négatif, semble incarner une facette différente de l’auteur, lui aussi médecin généraliste, soulignant la difficulté de traiter tous les patients de manière égale selon son propre état de fatigue et son propre malaise psychologique. Le texte défend l’idée que la manière dont une société traite ses malades est l’un des meilleurs angles pour jauger son bon fonctionnement. Cartographie de l’espèce humaine à travers les patients, il s’agit souvent, pour Florian, plus de soigner les âmes que les corps, soulignant l’importance de prendre en compte la santé mentale des malades.
C’est un roman sur les identités : comment on classe les gens, comment on est défini par son statut, soignant ou patient, et comment trouver un langage commun, un point de rencontre entre ces positions différentes, avec comme ligne directrice la conviction que c’est à celui dont la position est dominante de construire un pont vers l’autre. Recréer ce lien passe par la nécessité d’employer les bons mots pour décrire le réel : ne pas dire « mes patients », expression qui implique une forme de possession, ou ne pas employer des termes glorifiant des comportements toxiques. Tout le travail littéraire passe par cette démarche : quel bon mot pour décrire le monde au plus juste ? « Écouter, ce n’est pas attendre son tour pour parler », explique ainsi Joël.
Comme souvent chez Baptiste Beaulieu, il y a ici un équilibre magnifique, où il s’agit de choisir la douceur tout en restant en colère. Un nouveau texte essentiel pour réapprendre à vivre ensemble.