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TAMARA DREWE de Stephen Frears

Par Benjamin Fogel, le 04-08-2010
Cinéma et Séries

Tenter de doubler la mise, s’évertuer à retrouver la fraicheur de la décade précédente, tâtonner pour renouer avec la justesse du ton du passé, voilà des velléités qu’on ne pourra sommes toutes pas reprocher à Stephen Frears. Cependant le fossé s’avère grand entre intentions et résultat. Effectivement, en s’attaquant de nouveau à la comédie de mœurs qu‘il avait délaissé depuis maintenant une dizaine d‘année, le réalisateur ne fait que souligner combien la légèreté et l’aisance avec laquelle il pouvait auparavant s’introduire et percer à jour les tenants et les aboutissants de milieux qui n’était initialement pas les siens, étaient fortuites et ponctuelles.

« Tamara Drew » fonctionne sur une idée simple : étudier l’impact sociologique d’un personnage creux sur une communauté de personnages clichesques, soit d’un côté le vilain petit canard du village métamorphosé en égérie londonnienne par la simple force d’une rhinoplastie et de l’autre une communauté d’écrivains tous plus parodiques les uns que les autres. On retrouvera ainsi pêle-mêle au sein de cette galerie d’auteurs horripilants : Nicholas Hardiment, sorte de Marc Levy local bedonnant, qui publie annuellement son polar à succès quelques semaines avant le début de l’été et qui pratique l‘adultère avec la même condescendance qu‘il déploit face à son public ; un universitaire qui laisse filer le temps sur les pages blanches d’une biographie de Thomas Hardy que personne ne lira, et qui est forcément un petit binoclard trapu mal dans sa peau et peu doué avec les femmes ; une féministe revendicative qui n’écrit que des polars lesbiens et enfin une ménagère adepte d’arlequineries et autres romans à l’eau de rose… On espère que Stephen Frears n’espérait pas ici livrer un équivalent dans le monde de la littérature de son cultissime High Fidelity car il n’y a définitivement aucune raison de s’identifier ici au moindre des protagonistes.

Tout le film est ainsi à l’image de l’opposition manichéenne entre Hardiment et McCreavy, le succès puant face à l’intégrité jalouse. Il en découle ainsi des faces à faces très ennuyeux comme rock star efféminée imbue d’elle-même face à fermier viril qui ne sait pas exprimer ses sentiments ; ou encore gamine capricieuse et indécise face à femme au foyer modèle désespérée. Avec un tel patchwork et un scénario dénué d’enjeux, pas étonnant qu’on finisse par se retrouver dans le plus mauvais des épisodes de Desperate Housewives ; d’ailleurs à ce sujet bon nombre de réalisateurs télé filment et cadrent avec plus de passion que ce Stephen Frears fatigué.

Ainsi, la ferme des écrivains devient très vite une extension sérieuse de la ferme des célébrités où la vulgarité et le ridicule auraient été remplacés par l’ennui et un cynisme vieillissant. Si « Tamara Drew » cherche à faire preuve d’humour noir, c’est surtout pour aboutir à des dialogues faussement intelligents (l’un dit que l’écrivain est un voleur et un menteur, l’autre répond par citation que l’écriture n’est que vérité ; et tout le monde se marre parce que le premier s’est vraiment fait casser… hum), et des scènes parfaitement lourdes et racoleuses (la bouteille de champagne jute entre les cuisses de l’écrivain lubrique lorsqu’il aperçoit Tamara Drewe… hum bis).

Vu le carnage humoristique, on peut s’interroger sur ce qui a poussé Stephen Frears à retravailler un matériel de base qui fonctionnait parfaitement dans son coin. Tout ce qui composait le charmant roman graphique de Posy Simmonds est copié/collé à la lettre sans tenir compte des spécificités du support. A titre d’exemple, le découpage par saison ne fait ici qu’alourdir un récit qui n’avait définitivement pas besoin de ça.

Au final, heureusement que les deux chippies permettent de faire avancer un peu l’histoire à coup de sms et de mail (sujet technologique avec lequel personne ne semble ici à l’aise) car sinon « Tamara Drewe » aurait bien eu du mal sur la longueur à justifier les revirements psychologiques de son héroïne. Oui louées soient Jessica Barden et Charlotte Christie qui donnent au film un peu de peps et permettent par la même au spectateur de rester jusqu’au bout.

Note : 3/10