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REVEILLE – Time and Death

Par Benjamin Fogel, le 11-12-2010
Analyses et critiques
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Format historique de Playlist Society, cette catégorie regroupe les réflexions, personnelles ou analytiques, sur des artistes et des oeuvres qui nous tiennent à coeur. (Voir tous)

Il y a toujours une limite en art à ne pas franchir pour les hyperactifs : celle qui sépare le touche à tout curieux et passionné qui s’engage corps et âme dans chaque nouvelle opportunité créatrice et le butineur compulsif qui multiplie projets et featurings au risque de s’éparpiller et de se perdre. François Virot lui ne se perd pas : il prend des détours, revient sur ses pas, se permet une croche, récupère une amie au coin de La Friche, fait trois tours sur lui-même et repart de plus belle, toujours sûr de son chemin. De sa folk raboteuse réalisée en solo à la folie rigoureuse de Clara Clara, tout n’est chez lui qu’aspérités qui ne cessent de passer au dessus et en dessous de l’abscisse tout en sachant très bien vers où tend l’infini.

François Virot est un homme qui ne laisse pas tomber, un homme qui sait mettre pause et réenclencher la machine au moment opportun. Reveille (qui s’appelait à l’époque Sea Ahoma) est un duo débuté avec Lisa Duroux en 2006 (elle à la batterie, lui à la guitare et à la basse) qui a connu une rupture, le genre de rupture qui arrive trop tôt et dont on ne se relève jamais. La moitié féminine a du quitter la France et pendant son absence mille autres choses se déroulèrent, des choses qui pouvaient laisser supposer que François Virot avait migré dans une nouvelle hyperbole et que les lois mathématiques l’empêcheraient de revenir. Mais voilà c’est un homme qui ne laisse pas tomber.

Quatre ans plus tard, Reveille livre donc son premier album et comme de par hasard « Time and Death » ne dépayse pas, il racle, il bouscule mais ne dépayse pas, parce que si l’approche est différente, plus simple, plus directe, plus abrupte, les intentions mélodiques, cette manière d’être à la fois très pop et très noise (« Hourglass »), ce besoin de toujours rester en équilibre, de donner l’impression que tout pourrait soit se déployer en un formidable refrain pop soit dérailler et se transformer en un magma bruitiste, quelque-chose d’urgent et d’assez grungy (« Commercial Drugs ») sont quant à eux rester intacts. « Time and Death » est définitivement un disque en équilibre, lesté à droite de l’envie de décrocher frontalement les sourires, lesté à gauche d’une âpreté naturelle et indocile. Grand moment du disque, « Mirrors » est une chanson d’influence “post-punk enregistré par Steve Albini” pour un résultat fougueux ayant le sang aussi chaud que Shellac.

Dommage que Reveille n’arrive pas à maintenir la tension tout au long de l’album (« Little Violences » et « I’m Yours »), alors qu’un disque comme « Time and Death » ne peut s’épanouir que dans celle-ci, en étant un hypercut circulaire jamais séquencé par les respirations du boxeur. On en retiendra néanmoins un coup puissant et sec qui confirme que François Virot peut encore lancer une demi-douzaine de groupes avant d’avoir besoin de se servir d’une carte pour s’orienter.

Note : 7/10

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