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AMON TOBIN – Isam

Par Benjamin Fogel, le 23-05-2011
Analyses et critiques
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Format historique de Playlist Society, cette catégorie regroupe les réflexions, personnelles ou analytiques, sur des artistes et des oeuvres qui nous tiennent à coeur. (Voir tous)

Mai 2004, une cinquantaine d’enceintes et un grand drap blanc : le son virevolte d’une enceinte à l’autre, les cœurs tremblent, il n’y a aucun moyen de se dérober. La spatialisation est suffocante comme si le son était devenu vivant et se déplaçait comme un animal, comme si les éléments naturels se matérialisaient dans le champ sonore. Devant nos yeux, la réalité elle-même se modifie peu à peu ; la toile est lacérée et derrière la toile apparait d’autres toiles. Et plus le son frappe, plus il s’anime, plus le décor s’étiole et se délite. Peu à peu les coups de ciseaux de Stéphane Coville révèlent un chemin vers Aphex Twin, et l’œuvre qui nait devant nous se pose comme une réinterprétation de notre espace de vie. 7 ans plus tard, Amon Tobin collabore avec Tessa Farmer pour créer une installation nommée « Isam : Control Over Nature » (du jeudi 26 mai au Dimanche 6 Juin à la Crypt Gallery de Euston à Londres) en forme de pendant physique mais instantané de son nouvel album « Isam ».

Ce n’est pas un hasard si comme Richard D James, le brésilien crée aujourd’hui de plus en plus de ponts avec l’art contemporain. Car non seulement, il s’oriente vers une approche de plus en plus conceptuelle de son travail mais surtout parce qu’à chaque beat, on devine son envie, peut-être inconsciente, de se dresser à la hauteur de Aphex Twin tout en marchant sur ses pas. On y sent la même passion pour la technique et la même envie de travailler au corps chaque son, d’illustrer auditivement des concepts comme la retenue, la chute et l’aspiration. Des orientations auxquelles il faut rajouter un goût certain pour la musique concrète dévoilé il ya 4 ans sur « Foley Room ».

De plus, de la même manière que tournoyait le son en 2004 au Palais de Tokyo, « Isam » se veut avant tout une expérience sonore. Ici le travail minutieux sur le son transforme systèmes son et casques en installation expérimentale. Des titres comme « Goto 10 » donnent l’impression d’entrer en résonance avec le corps au point de le déstabiliser, au point de faire vaciller les appuis. On pense alors de nouveau à ces grandes installations d’art contemporain comme le troublant « Filmachine » de Keiichiro Shibuya et Takashi Ikegami.

Les voix féminines sur « Wooden Toy »  et « Lost & Found »  ne sont que des leurres, une couche sonore supplémentaire qui illustre une fois de plus la démarche : la voix vibre, génère un écho, descend d’un niveau et se volatilise pour finalement réapparaitre à l’autre bout de l’enceinte. Les incursions acoustiques sont elles aussi utilisées comme matière première de la déconstruction (« Mass & Spring ») au point que « Isam » se transforme en un manifeste où l’organique ne sert plus qu’à alimenter une machine, mais une machine qui commence à ressentir des sentiments. « Isam » est un Cylon et on finit par ne plus savoir qui de lui ou de nous est au final le plus humain.

Certes Amon Tobin ne possède pas encore la folie de son homologue anglais ni sa capacité à loger des mélodies dans les endroits les plus abscons, mais il livre avec « Isam » et des titres comme « Journeyman », une œuvre un peu froide, un peu calculée mais terriblement minutieuse où l’on se bat pour retenir entre nos doigts un capricieux spectre sonore. Les titres de l’époque « Out from out where » comme « Searchers » trouvent enfin ici conclusion et sens.

Note : 8/10

>> A lire également, la critique de Ed Loxapac sur Chroniques Electroniques

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