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Se recentrer sur soi même, abandonner les guitares, demander à ses acolytes de rester dans l’ombre, ne pas appeler à l’aide, ne pas tendre la main, se retrouver seul face à soi même, ne pas pouvoir se reposer, se défausser sur autrui… et regarder la vérité en face. Et alors seulement, répéter en boucle « j’aime douter de mes propres appuis » comme un mantra, comme une confession à la fois personnelle et essentielle. Du hip hop qui doute et qui se remet en cause, voilà ce dont il s’agit depuis maintenant quatre albums avec Psykick Lyrikah.

Après son escapade avec Iris l’année dernière pour un « Les Courants Forts » qu’on peut quasiment considérer comme le cinquième album du groupe, Arm se met à nu et court à travers la nuit. Il sait quelle langue il parle, il connait ses origines, il ne transigera qu’avec lui-même, il ne négociera pas avec le pouvoir. Olivier Mellano et Robert Le Magnifique sont toujours là et font toujours partie intégrante du groupe, c’est juste que pour ce « Derrière-Moi », Arm avait besoin de se prouver qu’il pouvait affronter seul le monde et encaisser les coups sans broncher.

Si son flow dramatique, ses textes d’une tristesse épique et son engagement drastique sont comme toujours au cœur du combat, c’est surtout au niveau des productions que Arm marque son territoire. Tantôt abstrackt, tantôt influencé par le shoegaze et les ambiances brumeuses de Boards Of Canada, toujours dans l’exigence héritée de Abstrackt Keal Agram (dont il est le véritable successeur, bien plus que son camarade Fortune), le français dresse des nappes qui se suffisent à elles-mêmes. La compréhension des textes est ici superfétatoire et l’album fonctionne indépendamment de toute notion de langue. Il est d’ailleurs grisant de constater que les deux interludes (« Melmoth » et « Cachés ») sont deux excellentes compositions largement au niveau des groupes électroniques dont c’est pourtant la spécialité.

Excepté le très fédérateur « De grandes mesures » avec Iris, on vacille devant la noirceur abrasive de ce monument porté à bout de bras par un seul homme ; à chaque titre on peine à réaliser qu’il n’y a qu’une seule silhouette derrière l’image de ce crew virtuel et soudé.

Faire l’expérience de la solitude, d’abord pour se prouver qu’on est à la hauteur, ensuite pour se rappeler combien on aime être avec les autres.

Encore des choix  qui impliqueraient l’azur et le bruit des cassures, je suis le propre opposant à ma candidature…

Note : 7,5/10