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Old Ideas devait à l’origine être le titre du précédent opus de Leonard Cohen : Dear Heather. A l’écoute du nouveau disque du canadien, on se rend compte à quel point ce titre lui sied mieux. Cohen, l’éternel apache de la douceur désespérée, renoue avec tous ses vieux amours. Il quitte les incantations poétique lo-fi de Dear Heather et semble profiter de la tournée gigantesque duquel il sort. Qu’on s’entende bien, Leonard Cohen n’a jamais été un révolutionnaire au sens militant du terme. Son bouleversement global, il l’a façonné à contre-courant de l’énergie contestataire, trimbalant son spleen le long des vallées californiennes ou sur les allées venteuses de Montréal. Old Ideas, par son prisme étendu de séduction, pourrait sonner comme un retour commercial, voire ronronnant. Rattrapé par l’arnaque de son ancienne manager, il avoue plus que de raison combien son retour sur le devant de la scène est motivé par ses problématiques financières. Cet éternel spleenétique n’avouera jamais le plaisir de retrouver les charts et le public ; or, ce bonheur se ressent en tout instant.

Leonard Cohen apparaît comme apaisé, bien plus qu’à l’époque de Ten News Song. Dès Going Home, le viel homme rassure de son timbre, de sa présence toujours rocailleuse. Les titres regorgent de romantisme badin (Crazy to love you) un temps égaré dans les incantations poétiques de ses compositions d’érudit bouddhiste. C’est de là que vient le plaisir si précieux du canadien. On a le sentiment d’avoir un concentré des sept vies de chat de Leonard Cohen : le crooner, le poète, le philosophe, l’amoureux du folk, le gourou de choristes, le symphoniste et surtout le fauché au cœur brisé. Pas la peine de démêler les fils de ces différentes facettes dévoilées au fur et à mesure de sa carrière puisque précisément, Old Ideas les réunit. L’alchimiste travaille en profondeur ses tonalités de baryton-basse magnifiquement mis en avant dans Amen, de loin la plus belle chose entendue depuis la mélancolie crépusculaire de Waiting for the miracle (The Future). Comme un cinéaste jouerait sur les contrechamps et les éclats lumineux pour donner forme à sa scène, Cohen peint son œuvre avec les contrechamps de ses choristes et les éclats des violons. En découle une intensité unique lorsque sobrement, il frémit «  Tell me again when i clean and i’m sober Tell me again when i’ve seen through the horror » et que le « Amen » qui suit prend alors une tournure non plus simplement christique mais panthéiste. Les instrumentations font le reste, pour un morceau de bravoure de sept minutes frissonnantes.

Le lyrisme incantatoire rappelle l’émotion pure de The Recent Song, album mortifère en adieu à sa mère. A la différence notable que le pessimisme cohenien regorge d’énergie vitale. Comment expliquer sinon la légèreté pop de la guitare sur Crazy to Love you ou l’envie irrésistible de dodeliner de la tête sur Banjo ? Cela fait bientôt une décennie que l’on sent une envie de profiter de l’instant présent. Le vers de la pomme provient d’un spécimen judéo-zen. Show Me the place fait plus penser à un instant de Shabbat en pleine transe dans le Nirvana qu’à une bête cantique fermière d’une messe protestante. L’incantation christique est plus franche sur Come Healing : « And let the heavens hear it, The penitential hymn, Come healing of the spirit, Come healing of the limb ». Mais il y a quelque chose du conte que l’on raconte aux grands enfants avant de se coucher. Le clair-obscur des voix ajoute à cet équilibre si fourni, aussi bien invocateur des vieilles merveilles époque The song of Leonard Cohen que de l’écriture ciselée d‘I’m Your Man, qui compensait sa moins belle enveloppe sonore par des paroles au cynisme doucereux.

Et puis, il y a cette fin d’album : doublette magique de Lullaby et Different Sides. Chansons les plus ouvertement pops, elles avertissent qu’il ne faudrait pas abuser de la délicate attention de Cohen. Il n’est pas un homme séculier, il préfère le prêche loin des foules. Sur Lullaby – traduisez littéralement « berceuse »-, il entame une complainte cyclique, harmonica en bouche, sur le thème « sleep baby sleep ». Une façon d’apaiser les cœurs. Les chants légers survolent ce conte du soir tel des marchants de sable. Comme dans une histoire de Tennessee Williams ou dans un film d’Elia Kazan, il nous est promis des lendemains chantants, à l’aube sucrée et l’avenir dégagé. Leonard le séducteur, joue de son hypnotique visage pour mieux charmer. Il prépare sa fuite dans les champs, laissant au chaud sa progéniture se reposer. Il oubliera sur la commode un mot d’au revoir où l’on pourra lire « je reviendrais sûrement un jour te saluer, mais je te confie le mobilier. Tu es l’avenir ». Il est tel le cowboy solitaire reparti du village qu’il vient de sauver. Different Sides raconte avec un entrain ironique cette escapade. « You want to live where the suffering is, I want to get out of town, Come on, baby, give me a kiss Stop writing everything down ». Leonard chique de la paille et rêve déjà de réapparaître là où plus personne ne l’attend. Plus qu’un moine bouddhiste, il est en fait le John Wayne de la musique.

Les dernières paroles de Different Sides sont évocatrices : « I want to leave it alone ». On veut bien te croire Leo, mais on sait tous que tu reviendras. Une dernière fois, comme toujours.

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